L’engouement du public pour le chef de guerre ne tarit pas, comme le prouve la récente vente de son trône impérial chez Osenat, pour 500 000 euros, ou le record décroché en mai 2018 chez Christie’s pour son service en porcelaine de Sèvres personnel, adjugé à 1,6 millions d’euros lors de la vente Rockefeller.
Cette fois-ci, c’est une paire de bottes de taille 40, portées par l’empereur sur l’île anglaise de Sainte-Hélène, qui seront présentées à la vente le 29 novembre prochain par la maison Binoche et Giquello à Drouot. Les bottes avaient été prêtées par le général Bertrand, un compagnon de Napoléon sur l’île, au sculpteur Carlo Marochetti, qui travaillait sur une sculpture équestre de Bonaparte. Remises au baron Marochetti, le fils du sculpteur, les bottes ont ensuite été offertes au sénateur Paul Le Roux, et conservées dans la famille de ce dernier depuis.

Les bottes ont une forme « à l’écuyère », avec une partie antérieure recouvrant le genou et une découpe arrondie à l’arrière. Ce type de bottes a été utilisé dans la cavalerie du début à la fin du XIXe siècle. « Quand vous pensez à Napoléon, vous pensez à son petit chapeau, à sa redingote et à ses bottes aussi, ça fait partie de l’image historique, presque d’Épinal, de l’empereur Napoléon Ier », a déclaré Arnaud de Gouvion Saint-Cyr, assistant de l’expert chez Drouot, à l’AFP.
Si les bottes sont estimées entre 50 000 et 80 000 euros, les souvenirs Napoléoniens réservent parfois « des surprises », affirme Arnaud de Gouvion Saint-Cyr. « C’est très dur à quantifier, c’est vraiment la cote d’amour des collectionneurs qui permet de faire le prix. On a déjà vu des prix assez exceptionnels sur des objets personnels de Napoléon ». En témoigne la vente de son sabre porté lors de la bataille de Marengo le 14 juin 1800, vendu pour 4,8 millions d’euros en 2007, ou de son bicorne en feutre noir, l’un de ses 19 couvre-chefs authentifiés, adjugé à 1,8 million d’euros en 2014.

Napoléon Ier, qui chaussait l’équivalent de l’actuel 40 pour 1,69 mètre, était un grand consommateur de bottes. Il les commandait pour 80 francs la paire à son bottier Jacques, installé rue de Montmartre à Paris. La paire qui sera présentée aux enchères fin novembre est dans un excellent état de conservation, car elle fait partie de la dernière partie de sa vie, une période moins agitée, bien loin des champs de bataille. Le modèle de ces bottes a l’écuyère a été représenté à de nombreuses reprises par les peintres Paul Delaroche, notamment dans Napoléon à Fontainebleau, 1840, et Horace Vernet, dans La Bataille d’Iéna, 4 octobre 1806.

Avant sa mort en 1821, Napoléon avait remis ses effets personnels à ses quatre compagnons d’exil pour qu’ils les transmettent à son fils, mais le général Bertrand est décédé avant d'avoir pu récupérer les bottes prêtées au sculpteur Marochetti.
Encore aujourd’hui, Napoléon est considéré comme une personnalité extrêmement moderne, qui attire aussi les jeunes générations. Sa vie est symbolique, son ascension et son règne sont spectaculaires, et le récit de sa chute et de son exil ajoute à la légende.
La paire de bottes sera exposée avant la vacation les 28 et 29 novembre, à l’hôtel des ventes parisien.
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