Pour comprendre l’importance du jade dans la société chinoise, il faut remonter le temps. Et pas qu’un peu. En effet, les premiers objets composés de jade sont apparus il y a 7 000 ans environ, dans le nord-est du pays. Il s’agissait alors de vaisseaux sacrificiels qui portaient bonheur, selon une croyance populaire qui n’a eu de cesse de se renforcer, notamment à partir du cinquième siècle avant J.C., lorsque le grand penseur Confucius, en plus de l’associer à bon nombre de vertus (la beauté, la douceur, la bienveillance, etc.), estima cette pierre comme l’un des piliers de la civilisation chinoise.
Devenu par la suite un symbole de pureté, de pouvoir mais aussi un élixir de jouvence et de sensualité, le jade a intimement lié son histoire à celles des populations Maya, Aztèque, Maori et bien évidemment, chinoise, comme en atteste sa présence sur le pendentif qu’il est de coutume de mettre autour du cou des défunts, dans le but de les purifier avant d’accéder au royaume des immortels.

Bien d’autres exemples témoignent de l’attachement populaire des habitants de l’empire du Milieu à cette pierre à l’aura si mystérieuse. On raconte, par exemple, que 2 498 morceaux de jade ont été découverts sur le costume d’or que portait dans son tombeau le dirigeant Zhongshan (IIesiècle avant J.C.).
Ailleurs dans le monde et de tous temps, le jade a souvent été la cause de tensions et a obsédé bien des puissants, et pas seulement dans les rangs des dynasties impériales. Par exemple, de l’autre côté de l’océan pacifique, sa conquête a failli causé la perte de personnalités éminentes, comme Alfred Nobel. Un pouvoir d’attraction qui ne s’est jamais interrompu, comme le montre, de nos jours, sa présence honorifique sur les médailles des vainqueurs des grandes compétitions chinoises, ou lors des Jeux Olympiques de Pékin (2008).

Mais au fait, pourquoi cette pierre met-elle autant les pupilles du luxe en émoi ? Qu’est-ce qui le caractérise, exactement ? Pour commencer, le jade n’est pas systématiquement vert, contrairement à ce que l’on croit. Regroupant deux minéraux distincts – nommés la néphrite et la jadéite en termes scientifique –, sa couleur peut varier du blanc crémeux au noir intense, en passant par le rose et le mauve, en fonction du sel qui la compose. Froid au toucher et pas vraiment transparent, le jade est surtout remarquable de par sa résistance, ce qui explique pourquoi on en faisait des haches, jadis, et pourquoi les artisans se sont toujours arrachés les cheveux au moment de dégrossir ce matériau dont seule la sculpture permet d’en révéler la beauté.
Actuellement, ses principaux gisements dans le monde se situent dans le nord du Myanmar – c’est notamment là qu’est produit le jade impérial d’un magnifique vert émeraude – et dans la province chinoise du Xinjiang, où les veines d’ambre, pourtant exploitées depuis la très haute antiquité, continuent d’offrir de somptueuses néphrites. Le Guatemala, le Canada, la Californie ou encore la Nouvelle-Zélande et le Brésil ont également des sites d’extractions, lesquels sont finalement assez rares à l’échelle du monde.

Vénéré depuis la nuit des temps, utilisé comme pierre sacrée, mais aussi pour orner des objets de culte et sublimer des bijoux, le jade est devenu l’affaire des grands créateurs, comme Cartier, la maison française de joaillerie, qui créa des parures, des broches et des célèbres colliers en pierre de jade, comme celui commandé par la riche américaine Barbara Hutton, qui était composé de 29 boules de jadéite impériale serti de diamants, de platine d’or et de rubis.Un exemple parmi tant d’autres qui titille forcément l’intérêt des grands collectionneurs, lesquels jouent toujours des coudes pour s’offrir des pièces composées de jade impérial, actuellement estimé comme l’un des gemmes le plus cher du monde.
Pour se faire une idée plus précise du phénomène, il faut savoir qu’en 1999 à Hong-Kong, Christie’s, la société de ventes aux enchères, a vendu par exemple un bracelet en jade pour environ 2,5 millions de dollars US. Quatre ans plus tard, en 2013, une statuette chinoise en jade céladon pâle sculpté, datant vraisemblablement du XVIIIe siècle, a été facturée 1,5 million d’euros à Londres. Une belle somme pourtant dépassée la même année par la vente d’un cachet impérial en jade d’époque Quianlong (1736-1795), adjugé à 3,4 millions de dollars US, sous le marteau de Sotheby’s, à New-York.

Quatre fois moins toutefois que le record détenu par un sceau en jade blanc ayant également appartenu au même Quianlong, qui s’est envolé à 12,2 millions de dollars US en 2010 à Hong-Kong. Des sommes colossales qui illustrent le proverbe « tout ce qui est rare est cher » mais éloignent pour de bon le jade véritable de ses racines de toujours, à savoir le peuple chinois.
