Dans l‘histoire de ce portrait monumental, la royauté française est désormais hors jeu. Trônant sur son cheval blanc avec ses insignes et son épée nacrée, ce personnage ne serait donc pas, comme les historiens le suggéraient depuis si longtemps, Louis de France, fils du roi soleil et de Marie-Thérèse d’Autiche, mais un maire de Londres de la fin du XVIIe siècle.
Pourquoi une telle erreur ? Et bien, peut-être parce que la période baroque britannique fait partie des plus méconnues et des plus négligées de l’histoire de l’art du pays, comme l’ont affirmé les conservateurs de la Tate Britain. Le musée londonien vient d’ouvrir les portes de sa nouvelle exposition sur le sujet, prenant pour pièce maîtresse ledit portrait.

Conservé dans un couloir discret jusqu’aux recherches précédant l’exposition, le portrait a révélé bien plus de surprises que prévu. Comme l’a confié Tabitha Barber, conservatrice de l'art britannique 1550-1750, au journal The Guardian, le tableau avait été acheté par la Banque de France dans les années 1920 en raison de sa prétendue relation avec la cour royale.
Je travaille sur cette période depuis Dieu sait combien de décennies et j’arrive encore à être surprise.
Cependant, pour Barber, il ne fait plus aucun doute que ce personnage était un maire de Londres, et ce ne sont pas les indices qui manquaient : l’épée nacrée, toujours utilisée aujourd'hui ; l’arrière-plan comprenant le Temple Bar et le dôme de la cathédrale Saint-Paul de Londres ; et enfin les armoiries sur la parure du cheval.
« De toutes les périodes de l'histoire de l'art, c'est celle que les gens trouvent la plus difficile », a déclaré la conservatrice. « Principalement parce qu’il n’y a pas beaucoup de noms britanniques auxquels se rattacher. Je pense qu'il y a encore beaucoup à en tirer. Je travaille sur cette période depuis Dieu sait combien de décennies et j’arrive encore à être surprise. »

Le portrait est signée par John Closterman, un peintre westphalien de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle qui peignait principalement des nobles européens et leurs familles. Pendant de nombreuses années, John Closterman et son frère John Baptist Closterman, également artiste, ont été confondus dans les écrits, rendant leur identification et la claire reconnaissance de leurs œuvres respectives difficiles.
Outre le tableau de Closterman, cette ambitieuse exposition a réservé d’autres surprises à l’équipe du musée, comme The Whig Junto (1710) de John James Baker, exposé pour la toute première fois. Passée inaperçu sous la crasse dans une maison de campagne pendant bien longtemps, l’œuvre s’est révélée être le seul portrait de groupe connu d'une petite clique de politiciens du parti whig.

« Ils ont l'air d'être des experts, assis en cercle en train de consulter des médailles et des gravures anciennes, mais je pense que l’œuvre cache un message politique lié à la guerre ... comme l’idée continuer la guerre avec la France. »
L’exposition « British Baroque : Power and Illusion » est ouverte à la Tate Britain du 4 février au 19 avril 2020.
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