Le professeur, historien de l’art et critique italien Valentino Martinelli (décédé il y a maintenant 20 ans), se souvenait avec émotion du jour de sa première « conquête », faite avec passion et crainte. Du désir de « conquérir » le travail d'un artiste qui résonne en nous, un désir menant à un « sacrifice » financier et pour lequel une petite somme d’argent est versée pour la toute première fois. Mais c’est précisément ce sacrifice qui permet au collectionneur de s’entourer d’une œuvre qui a du sens, de l’admirer au quotidien, de l'imprégner dans sa vie.

Dès ses débuts de collectionneur, Valentino Martinelli à exploré différents domaines, parallèlement à sa passion pour la sculpture baroque, à laquelle il s'est consacré tout au long de sa vie. Martinelli s’est illustré dès les années 1950 comme un militant, un critique de la création contemporaine avec un goût prononcé pour l'école romaine et les figures de Mafai, Scipione, ou encore Antonietta Raphael.

En 1997, par legs testamentaire, Martinelli a fait don de sa collection à la municipalité de Pérouse, qui comprenait de nombreuses œuvres créées par des artistes baroques romains tels que Gian Lorenzo Bernini, Claude Mellan, Johann Paul Schor et Mattia Preti, Carlo Maratta ou Domenico Guidi. D’abord exposée au musée du Palazzo della Penna, la collection a été transférée en 2015 à la Galerie nationale de l'Ombrie, où soixante-dix œuvres sont actuellement exposées.

Au sein de la collection composée de 112 peintures, sculptures, dessins et médailles, les œuvres de Gian Lorenzo Bernini se distinguent, comme sa sculpture en terre cuite représentant le « Cristo ligato », ou le croquis préparatoire d'un monument de Louis XIV à cheval. D’autres grands noms comme Mochi, que Martinelli a étudié depuis sa thèse de fin d'études, Mattia Preti et Alessandro Algardi sont d’autres exemples de figures de la Rome baroque que Martinelli a chéries au cours de sa brillante carrière universitaire et professionnelle.

« Jamais il n’a acquis d'œuvres et d'objets pour satisfaire une simple envie d’accumuler ou d’acheter (pour ne pas dire de « meubler »), il a fait des choix et qui correspondaient parfaitement avec ses intérêts et ses recherches », souligne Francesco Federico Mancini dans l’introduction du catalogue de la Collection Perugia.

Martinelli était en marge des historiens de l’art italiens de la première moitié du XXe siècle : dès sa thèse, il s’est tourné vers l'art baroque, longtemps interdit par l'académie italienne suite à une critique négative donnée par le philosophe et écrivain Benedetto Croce. L’art baroque a souffert d’une perte d’intérêt considérable auprès des historiens et étudiants de l’époque, à l’exception de Martinelli. Ses recherches et ses analyses sur la production baroque, et plus particulièrement sur la création sculpturale romaine entre le XVIIe et le début du XVIIIe siècle, ont donné un nouveau souffle à une importante partie de l’histoire de l’art italien, et ravivé l’intérêt des universitaires.

Les œuvres qui seront dispersées chez Finarte le 25 novembre sont autant de preuves du parcours hors-normes de Martinelli. La sculpture toscane de la Vierge à l’enfant du XVIe siècle, par exemple, fait référence à ses études sur l’art de la Renaissance au cours des années 1950 et 1960. Le bas-relief exécuté dans le style du sculpteur Desiderio da Settignano (attribué à Alceo Dossena), ainsi que les figures baroques en terre cuite et les nombreuses copies de peintures célèbres, comme la copie de La Diseuse de bonne aventure du Caravage, témoignent des choix judicieux d’un grand collectionneur qui seront, par le biais de cette vacation, transmis à de nouveaux passionnés.
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