Élisabeth-Louise Vigée-Le Brun (1755-1842)

La peintre parisienne Élisabeth-Louise Vigée-Le Brun est une grande portraitiste de son temps, elle a réalisé plus de 660 portraits de personnes influentes européennes. Son talent a été reconnu dès son jeune âge, si bien qu’en 1776, lorsqu’elle se marie au marchand d’art Jean-Baptiste Lebrun, elle est déjà membre de l’Académie de Saint-Luc et connaît un certain succès.
Jean-Baptiste Le Brun s’est attelé à promouvoir de son mieux le talent de son épouse. Les membres de l’aristocratie française se laissaient volontiers tirer le portrait par la jeune femme, et les efforts du couple ont été récompensés en 1778, lorsqu’Élisabeth-Louise est devenue la première artiste autorisée à peindre la reine Marie-Antoinette. Suite à cette commande historique, une relation professionnelle durable s'est développée entre les deux femmes, ainsi qu’une belle amitié.

Vigée-Le Brun était aussi une mère dévouée et prenait régulièrement sa fille Julie pour modèle : elle a même réalisé deux autoportraits d’elle et de son enfant dans une tendre accolade, illustrant la relation mère-fille.
Ses rapports avec la famille royale se sont détériorés à l’approche de la révolution française, alors qu'elle est accusée d’entretenir une relation extra-conjugale avec le ministre des Finances, Calonne. Après l’éclatement de la révolution, les diffamations et menaces à l’encontre de l’artiste se sont poursuivies, la poussant à quitter Paris avec Julie.
Son odyssée à travers l’Europe a duré 12 ans, pendant lesquels elle a connu un franc succès en tant que « poète-portraitiste ». Ce n’est qu’en 1809 que Vigée-Le Brun a regagné son pays natal et à défaut de se reconstruire en tant que peintre, a publié ses mémoires en 1829 et 1835.
Berthe Morisot (1841-1895)

Issue de la classe aisée du XIXe siècle, Berthe Morisot avait tout pour devenir un personnage de roman à l’eau de rose, une gravure de mode joliment surannée. Mais son talent ne pouvait être réprimé. Berthe et sa sœur Edma ont reçu des cours de dessin dès leur enfance, un passe-temps jugé approprié pour des jeunes filles de bonne famille. Dès 1864, grâce à leur professeur Jean-Baptiste Camille Corot, les deux cadettes de la famille Morisot possédaient quelques toiles exposées au Salon de Paris.
Madame Morisot n’a pas seulement soutenu le parcours de ses filles, elle a également ouvert un salon dans sa propre maison pour y accueillir les personnes influentes de la scène artistique parisienne. À la fin des années 1860, les œuvres des frères Edouard et Eugène Manet y étaient également présentées.

Edma a abandonné toute ambition artistique après son mariage en 1869, laissant Berthe poursuivre sa carrière seule sous la pression de son entourage. Pour une jeune femme de son âge et de sa classe sociale, il était à peine toléré de ne pas être mariée.
Edma est néanmoins restée la personne la plus importante aux yeux de Berthe et c’est en réalisant Le berceau en 1873 que son style s'est développé davantage. Le berceau est un portrait de sa sœur et de sa nièce Blanche, le premier d’une longue série sur le thème mère-fille.
Berthe Morisot a épousé Eugène Manet en 1874 et a donné naissance à leur fille unique, Julie, en 1878. Eugène a mis sa carrière de côté pour soutenir celle de sa talentueuse femme et a même envisagé de défier un critique d’art qui avait publié une colonne quelque peu indélicate sur l’œuvre de Berthe.
Mary Cassatt (1844-1926)

Mary Cassatt est née en Pennsylvanie, dans une famille de banquiers aisés. Un voyage en Europe lui a fait découvrir les grands maîtres de l'art Baroque comme Rubens ou Velasquez et lui a insufflé l’envie de devenir peintre. À son retour aux États-Unis, ses ambitions artistiques se heurtent aux valeurs de sa famille.
Malgré les réticences de son entourage, elle a étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie à Philadelphie et à force de persuasion, a reçu l’accord de son père pour aller à Paris avec sa mère. Là-bas, les mœurs étaient bien plus strictes et conservatrices pour les femmes : elle étaient exclues des institutions et des académies et devaient par conséquent se tourner vers des écoles privées ou des cours particuliers.
Son père ne soutenant pas sa carrière (il payait le loyer mais refusait de contribuer aux matériaux et outils de peinture), Cassatt a dû commencer à vendre ses tableaux.

Sa carrière a décollé au Salon de Paris de 1868, où l'une de ses œuvres était exposée. En 1870, elle a rejoint le mouvement impressionniste, dont les membres tentaient de se détacher de la peinture classique, n'arrangeant en rien leur situation financière. Même lorsque le reste de sa famille déménage à Paris en 1877, l’accord passé avec son père ne change pas le moins du monde : elle ressent plus que jamais la pression de réussir.
À l’opposé de son amie et collègue Berthe Morisot, Mary Cassatt ne s'est jamais mariée. Pour elle, conjuguer une vie maritale et une vie d’artiste sonnait faux. Elle a intégré ses vue féministes et sa situation de femme indépendante dans son travail mais paradoxalement, s'est illustrée pour ses portraits touchants de femmes en compagnie de leur enfant, produits en grand nombre.
Paula Modersohn-Becker (1876-1907)

Paula Modersohn-Becker a grandi au sein d'une famille libérale cosmopolite peu fortunée, mais où les talents musicaux et artistiques de ses plus jeunes membres étaient fortement encouragés.
Elle a assisté à un séminaire de professorat de 1893 à 1895 : le métier de professeure ou de gouvernante était à l’époque une perspective d’avenir à laquelle les jeunes femmes de classe moyenne pouvaient aspirer sans rencontrer trop d'obstacles.
Loin d‘avoir abandonné l’idée d’une carrière d’artiste, Modersohn-Becker a suivit un cursus à l’Académie Associative pour Femmes Artistes de Berlin de 1896 à 1897, les femmes n’étant pas encore autorisées à fréquenter une académie d’art en Allemagne.
En 1890, Paula déménage à Worpswede, où elle s’exerce à peindre la population rurale et les paysages qui l’inspirent. Pour parfaire son éducation artistique, elle voyage à Paris très régulièrement, même après son union en 1901 avec le peintre Otto Modersohn, également résident de Worpswede. Pauvrement préparée au rôle d’épouse, ses parents l’enrôlent dans un cours de cuisine, que Paula abandonne prématurément.

Otto a pleinement soutenu le travail de sa femme, mais la peintre était dans une impasse : bien qu'elle souhaitait se consacrer entièrement à son art, elle éprouvait de plus en plus le besoin de devenir mère. Deux choses qui, selon elle, étaient difficiles à concilier.
En 1906, elle quitte Otto et la ville de Worpswede pour rejoindre Paris. Elle envisage le divorce mais se ravise. Otto va la retrouver, et la nouvelle de la grossesse de Paula redonne un nouveau souffle à leur vie maritale. Son désir enfoui s’était manifesté à plusieurs reprises dans ses œuvres, par le biais de portraits d'enfants et de mères aimantes. Elle s'est également représentée enceinte à demi-nue, devenant l'une des premières artistes à oser la nudité dans un autoportrait. Paula est décédée trois semaines après la naissance sa fille Tille, suite à des complications à l’accouchement.
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Käthe Kollwitz (1867-1945)

La critique sociale, la douleur et l’amertume causées pas la guerre sont les trois thèmes majeurs présents dans l’œuvre de la designer et sculptrice russe Käthe Kollwitz. Empreintes d'un langage plastique très personnel, ses œuvres délivrent des messages complexes et succincts qui résonnent encore aujourd’hui.
Kollwitz a épousé le docteur Karl Kollwitz en 1881, un homme à l’esprit libéral exerçant à Berlin. Elle s'est d'abord consacrée à la production de dessins satiriques et de gravures, inspirés de la classe travailleuse. Son travail était très apprécié, même auprès des autorités de l’Empire, mais l'artiste a toujours refusé d’en tirer profit et ignorait les récompenses qui lui étaient attribuées.

À partir de 1914, après la mort de son fils Peter, tombé au front, son travail s'est tourné vers des thèmes plus intimes. Elle a déversé son chagrin dans la sculpture Mourning parents, sur laquelle elle a travaillé pendant près de 18 ans. L’image de mères tenant leurs enfants morts dans leurs bras est revenu régulièrement dans son œuvre.
La république de Weimar lui a offert une grande reconnaissance et en 1919, elle est devenue la première femme membre de l’Académie des Arts et du Professorat Prusse. Kollwitz a déménagé dans la ville saxonne de Moritzburg au cours de la Seconde Guerre mondiale, où elle est décédée en 1945, peu de temps avant la fin du conflit.
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