En regardant ces pistolets évoquant des films de cape et d’épée ou d’aventures de pirates, le passant ne distingue pas toujours si l’arme est authentique ou non. En réalité, ces objets se divisent en trois types : les authentiques (les anciens), les répliques actuelles en parfait état de marche, qui surpassent parfois les pistolets d'origine (elles servent pour le tir), et les pièces de décoration pour touristes et amateurs, qui n’ont pas été fabriquées pour être utilisées. « Je ne m’amuserais jamais à essayer l’une de ces armes de pure décoration », nous confie l'antiquaire Jean Menu, de Saint-Calais (Sarthe). Menu est aussi restaurateur et vendeur d’armes anciennes (pistolets, fusils, épées…), dont certaines remontent au XVIe siècle. Son expertise s'applique aussi bien aux parties métalliques qu'aux parties en bois.
« Je ne vends pas des armes, mais des pages d’histoire », a-t-il déclaré. « C’est l’aspect historique et artistique qui m’attire, dont les gravures sur le métal et la beauté du mécanisme. D’ailleurs, je ne pratique pas le tir avec les armes très anciennes, car elles pourraient s’abîmer. »

L’authenticité des pièces, mais aussi de la crosse en bois, est un élément essentiel dans la détermination du prix d’une arme ancienne de collection. Comme nous l'explique Jean Menu, « un bois entièrement changé fait perdre 50 % de sa valeur à l’arme », tandis qu'une enture dans le bois est « acceptable » (l’enture est le remplacement d’un petit morceau à l’identique et sans aspérité, aussi pratiquée sur l’argenterie).
« Il faut tout démonter. »
Nettoyer une arme ancienne qui a pu séjourner dans l'humidité ou la saleté pendant des décennies est loin d’être simple. Selon l'antiquaire et restaurateur, c'est une opération qui demande beaucoup de patience : « il faut tout démonter », souligne-t-il avec insistance. On ira même jusqu’à enlever les pointes qui tiennent le bois fixé autour du canon. « Les gens veulent des armes en bon état, et moi aussi, donc, je suis contraint de les démonter entièrement », poursuit le spécialiste, pour qui les heures de travail « s’empilent par dizaines ».
Il ne suffit donc pas d'avoir recours à un simple dégrippant et à de l’huile. En témoigne l'exemple édifiant que nous donne le restaurateur : « si je casse une vis lors du démontage, je n’en retrouverai pas une identique. La faire refaire coûterait très cher. Alors, si elle ne veut pas sortir de son trou, je découpe sa tête et la pousse pour l’extraire. Lors du remontage je ferai une microsoudure pour une nouvelle tête de vis ». Un petit chalumeau peut parfois être nécessaire pour dilater certaines parties métalliques, mais sans jamais l’utiliser sur la partie qui fait ressort, car « elle ne reprendrait jamais sa forme d’origine. »

La passion des armes anciennes, c'est avant tout un amour de la belle ouvrage et de l’histoire. Quel délinquant songerait aujourd’hui à attaquer une banque armé d'un pistolet du XVIIIe siècle ? Alors que la loi est encore tolérante dans le domaine, Jean Menu a toujours un petit doute sur le sujet : « en tant qu’antiquaire, je crains toujours des modifications dans la législation : il y en a eu si souvent ces dernières années... ». Cependant, le spécialiste et artisan cultive une passion pour l’ébénisterie, et ne perd jamais de vue que son métier s’intègre aussi dans les antiquités. Tout se tient.
Image d'en-tête : Paire de pistolets Lepage, l’un des noms les plus réputés qui soient dans le domaine, © OVV de Maigret
Article rédigé par Aladin Antiquités, le magazine des chineurs, collectionneurs, amateurs d’art et du patrimoine depuis 1987 !

