C’était très certainement le défilé le plus attendu de la Fashion Week 2018 de Paris. Et pour cause. Après des années passées chez Dior et Chanel, suivie d’une pause passée loin des scènes de la mode qui a duré deux ans, l’influent créateur Hedi Slimane a fait son retour sur les podiums cet automne en reprenant la direction artistique de Céline. À la faveur d’un défilé sensationnel, le créateur semble orchestrer les prémices de la refonte complète d’une marque devenue un symbole du luxe dans le milieu du prêt-à-porter.

Historiquement, l’entreprise a été fondée à Paris par Céline Vipiana et son mari au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Au départ, il s’agissait d’un seul petit magasin de chaussures proposant du sur-mesure aux petits bouts de chou des familles aisées de la capitale. Fort de son succès, la gérante ouvre rapidement trois boutiques supplémentaires et oriente tout doucement sa production et son savoir-faire vers la maroquinerie.

Le début des années 60 est marquée à la fois par de très belles créations, comme sa ligne de mocassins à talon plat – l’Inca et le Byblos, notamment, qui demeurent toujours des articles forts de la marque –, et l’entrée de la griffe dans l’ère de la mode. Avec succès, là encore. À l’époque, Céline fait du rouge sa couleur fétiche, du célèbre sulky américain son premier blason et joue à fond la carte « dandy ». Elle réussit tout ce qu’elle lance, du parfum aux accessoires (bijoux, bracelets, foulards).

En 1967, c’est le grand saut : elle organise sa première collection de prêt-à-porter. Jupes-culottes, gilets en peau, blue jean et chemisiers en maille : tout est pensé pour s’adapter aux modes de vie des femmes actives. Le tournant s’avère fort bien négocié : au début des années 70, la marque ouvre des boutiques dans toute l’Europe, ainsi qu’en Asie et en Amérique du Nord. C’est d’ailleurs à cette période que Céline Vipiana a l’idée de reprendre le motif de la chaîne qui entour l’Arc-de-Triomphe pour créer le fameux collier-chaîne – formant deux initiales « C » entrelacées –, qui deviendra pendant deux décennies le blason de la marque.

Sur un rythme expansif, la marque traverse les années 1970 et 1980 sans le moindre remous, continuant d’asseoir son style élégant et décontracté de par le monde et ce, grâce au travail réalisé dans ses ateliers de développement et son usine de fabrication basée à Florence – en Italie –, où l’on entretient une expertise incomparable en matière de travail sur les cuirs et les matières nobles.
En 1987, deux ans après l’entrée au capital de Bernard Arnault, celle-ci compte 85 points de vente répartis sur quatre continents. L’expansion étant arrivée à son terme, les années 1990 vont être celles de l’enracinement avec son entrée dans le groupe LVMH et l’installation de son siège social rue Vivienne à Paris, dans un hôtel particulier inscrit au titre des monuments historiques. Côté artistique, c’est un peu plus mouvant avec la succession de trois designers à sa direction entre 1997 et 2008 (l’Américain Michael Kors, l’Italien Roberto Menichetti et la Croate Ivana Omazic).

Avec l’arrivée en 2008 de l’Anglaise Phoebe Philo, la griffe a trouvé un nouvel élan, devenant sous son impulsion, le synonyme d’un luxe minimaliste, le symbole d’une féminité avant-gardiste, fonctionnelle et accessible au plus grand nombre. Un succès clairement dû à la qualité de sa gamme de produits de maroquinerie – certains sacs à mains minimalistes comme le Luggage, le Trotteur ou encore le Médecin) ont fait un tabac à leur sortie –, et à l’originalité de ses campagnes publicitaires qui s’amusent à prendre le contre-pied parfait des codes actuels de la mode – on pense par exemple à la campagne faite autour de la romancière américaine Joan Didion, son égérie en 2015.

Malgré tout ses atouts, auxquels viennent s’ajouter une distribution fort bien pensée (141 points de vente dans le monde à ce jour) et une bonne santé économique – l’entreprise pèse près d’un milliard d’euros de chiffres d’affaires –, Céline restait jusqu’ici une signature discrète à l’échelle du groupe LVMH qui gère des immenses marques comme Louis Vuitton et Christian Dior.
Avec le retour à sa tête d’Hedi Slimane, dont on dit que tout ce qu’il touche se transforme en or, les choses pourraient prendre une nouvelle tournure dans les années qui viennent, d’autant qu’il entend élargir le périmètre d’activité au marché du parfum et de la mode masculine, sa grande spécialité lorsqu’il dirigeait Dior à la fin des années 90. Une (belle) affaire à suivre…
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