Les collectionneurs et amateurs d’art moderne et contemporain ont rendez-vous à Paris ce mois-ci. Le 28 juin prochain, la maison ART RESEARCH PARIS (ARP) fera défiler des œuvres de pointures comme Charles Matton, Georges Mathieu ou encore Chiharu Shiota. Zoom sur les lots incontournables d'un catalogue qui nous offre un panorama des styles, des mouvements artistiques et de leurs représentants au fil de l'histoire.
Le théoricien et peintre Georges Mathieu ouvre notre tour d’horizon avec Remords d’innocence, une œuvre où les couleurs et formes abstraites éclatent sur un intense fond rouge. Considéré comme le père de l'abstraction lyrique et de l’art informel après la Seconde Guerre mondiale, Mathieu a livré des œuvres dont les similitudes avec la célèbre technique de dripping de Jackson Pollock ne sont plus à prouver. À la différence près que Mathieu, lui, écrase les couleurs avec ses doigts, marquant la toile de traits et de formes dans des mouvements saccadés, rythmiques et francs qui incarnent le geste créatif dans sa plus grande pureté.

Ce geste vif s’exprime merveilleusement dans l’œuvre Remords d’innocence II : l’explosion de bleu, de jaune et de noir laisse deviner le mouvement ample de l’artiste, qui pourrait sembler hasardeux mais s'avère au contraire d'une justesse impressionnante. Cette œuvre s’inscrit dans l’art de l’après-guerre, où la fonction même de l’art était sans cesse remise en question par des plasticiens audacieux comme Mathieu.

L’abstractionniste Giorgio Griffa sera représenté avec une technique mixte sur toile de 1980. Associé à l’Arte Povera à ses débuts, Griffa a gravité autour de plusieurs mouvements artistiques sans jamais revendiquer une véritable appartenance à l’un d’entre eux. Avec la sobriété pour mot d’ordre, son travail s’oppose à l’industrialisation et à la consommation de masse, dans des toiles en constante évolution parfois traitées à même le sol ou clouées au mur. Comme en témoigne l’œuvre présentée ici, Griffa est un artiste libéré de toute forme de figuration ou de symbolisme, qui en utilisant des formes épurées et élémentaires, inscrit ses œuvres dans une visée expérimentale.
Jusqu'au 27 juin 2022, une exposition au Centre Pompidou présentera un ensemble de dix-huit œuvres de Griffa données à l'institution par l'artiste lui-même. Les œuvres exposées appartiennent à plusieurs cycles de sa carrière, de 1969 à 2020, et permettront au public d'appréhender non seulement l'étendue de son œuvre, mais aussi son rôle majeur dans l’histoire de la peinture italienne du XXe siècle.

State of Being (scissors) est une œuvre tridimensionnelle de l’artiste japonaise Chiharu Shiota, celle qui a fait du fil rouge et noir tant son pinceau que sa marque de fabrique. Ses œuvres, immédiatement reconnaissables, présentent des objets du quotidien entremêlés de fils, restant ainsi figés dans le temps et l’espace. L’œuvre présentée chez ARP est de forme cubique et comporte en son centre une paire de ciseaux flottant dans l’espace, laissant ainsi le spectateur s’imaginer ce qui suivrait si elle s’actionnait. Le fil rouge est un synonyme de destin dans la culture asiatique (il lie deux âmes destinées à se rencontrer) et Shiota l’utilise dans son travail pour contrer l’immuabilité du temps qui passe.
Début 2022, l'artiste a bénéficié d'une exposition au musée Guimet à Paris, sa première exposition solo dans un musée en France. Elle y abordait, toujours à l'aide de ses fils rouges, les rivages de cette nouvelle anxiété liée au confinement et au temps de la Covid.

Enfin, on retrouve une œuvre de Charles Matton, ou plus précisément une « boîte » de Charles Matton. Artiste français touche-à-tout qui a expérimenté avec la réalisation, la photographie, l’illustration, l’écriture et la sculpture, Matton s'est d'abord illustré avec des longs-métrages comme L'Italien des roses (1972) ou Amour est un fleuve en Russie (1976), avant de partir sur une toute autre voie. Ses célèbres « boîtes », des reconstitutions de lieux miniatures, lui permettaient à l'origine de mettre en scène des décors à remodeler indéfiniment dans le but de les peindre, mais elle ont acquis au fil du temps le statut d'œuvres d'art à part entière.
La boîte présentée ici, La chambre de J.M.G Le Clézio à Nice (Avant le départ), date de 1999 et présente un appartement sur le point d'être vidé. Elle symbolise l'instant précédant une énième expédition du célèbre écrivain Le Clézio, connu pour ses voyages aux quatre coins du monde. On y aperçoit deux valises posées par terre, une chaise miniature d'Hans Wegner et des traces sur le mur suggérant que deux affiches ont déjà été retirées, des détails qui témoignent de la précision implacable de l'artiste dans sa capture d'un instant particulier.
La vente sera également ponctuée d’œuvres de Martin Barré, Chéri Samba et Heinrich von Zugel.
Rendez-vous le 28 juin prochain chez ART RESEARCH PARIS pour un voyage à travers l’histoire de l’art moderne et contemporain.



