Mais le pape du Pop Art n’a de cesse, plus de trente ans après sa mort (le 22 février 1987), de fasciner les créateurs et les intellectuels, bien obligés de reconnaître qu’il y a eu un « avant Warhol », et que « l’après Warhol » ressemble au déluge. Un déluge difficile à canaliser. Reflet d’une époque cynique et décomplexée, l’œuvre d’Andy, qui se confond avec sa vie de dandy artynew-yorkais, a aussi contribué à sensibiliser le grand-public (auprès duquel il demeure une icône des sixties) au détournement des images, c’est-à-dire la sauce à laquelle les spectateurs allaient être mangés. Qu’il en fût le prophète dénonciateur ou se complaisant dans cette « soupe », les thèses nourrissant le débat sont nombreuses.

Mauvaise mine

L’enfance d’Andy Warhol, Andrew Warhola Junior pour l’état civil, c’est Pittsburg, ses mines à ciel ouvert où son père, Andrew Warhola Senior, émigré slovaque, travaille depuis 1914, peinant à joindre les deux bouts et à nourrir sa famille de quatre enfants (la mère, Julia, ne le rejoindra aux États-Unis qu’en 1921). Dans cet environnement industriel et misérable, Andy, né le 6 août 1928, tombe souvent malade, et la Grande Dépression qui se profile ne va rien arranger... A neuf ans, il contracte la chorée de Sydenham, une maladie infectieuse affectant le système nerveux qui le contraint à de longs alitements et à une scolarité cahotante.

Andy Warhol jeune, image via Artnet Andy Warhol jeune, image via Artnet

De son propre aveu, cette période, au cours de laquelle il commence à dessiner, collectionner les photos de stars de cinéma et écouter la radio aux côtés de sa mère pétrie de religiosité orthodoxe et d’imagerie byzantine (elle n’apprendra jamais l’anglais), a défini ses goûts et influencé son art. Andrew Warhola Senior meurt en 1942 et, deux ans plus tard, Andy intègre le Carnegie Institute of Technology de Pittsburg, dont il sortira cinq ans plus tard avec le titre de bachelor of fine arts, et une légère préférence pour le dessin tamponné.

Enfant de la pub

Il s’installe alors à New-York où il collabore en tant que dessinateur publicitaire avec les magazines Glamour, Vogue, Harper’s Bazaar ou The New Yorker, rongeant son frein d’artiste en décorant les vitrines des grands magasins et exposant ses dessins dans les restaurants fréquentés par les vedettes de l’époque.

Self-Portrait, 1986. Vendu chez Christie's en 2011 pour 27 522 500 USD, image ©Christie's Self-Portrait, 1986. Vendu chez Christie's en 2011 pour 27 522 500 USD, image ©Christie's

Sa première exposition dans une galerie new-yorkaise intervient dès 1952, alors qu’il touche déjà un peu à tout : il crée notamment les costumes d’une compagnie de théâtre (sa perruque blonde viendrait de cette expérience), des cartes de Noël pour des boutiques branchées et perfectionne ses dessins publicitaires, qui lui vaudront de nombreux prix. Son sens des affaires s’aiguise à proportion ; Warhol parle sans ambages d’« art commercial » à propos de son travail et ne boude pas ses rentrées d’argent, tant le dollar a pu manquer à la maison de Pittsburg.

Folles années 1960

Publiciste mondain, Andy entre de plain-pied dans l’art contemporain au cours des années 1960, mû par son insatiable curiosité, à l’égard notamment de l’avant-garde européenne (Klein, Tinguely, Niki de Saint Phalle…,)et sa capacité à s’emparer de tous les supports et de toutes les techniques (comics, peinture, sérigraphie, photo, cinéma…). Par son art du happeninget de la mise en scène, c’est lui qui, bientôt, va créer les tendances, au point de devenir la référence du Pop art, pourtant né sur le Vieux Continent, aux côtés de ses compatriotes Roy Lichtenstein, Jasper Johns et James Rosenquist.

Triple Elvis, vendu chez Christies en novembre 2014 pour 81 925 000 USD, image ©Christie's Triple Elvis, vendu chez Christies en novembre 2014 pour 81 925 000 USD, image ©Christie's

À partir de 1963, il développe la technique à partir de laquelle il produit ses œuvres les plus célèbres, imprimant en sérigraphie sur la toile des photos de célébritês converties en noir et blanc (Mao, Marylin, lui-même…), ou les images de produits de consommation courante (bouteilles de Coca-Cola, soupes Campbell’s, dollar…), avant de les saturer de grands aplats de couleurs. La trame obtenue et la multiplication des mêmes motifs sur la toile renvoient le sujet traité à la notion de cliché dans toute ses acceptions, brouillant les frontières entre l’art élitiste et la culture populaire, dénonçant au passage la société de consommation de masse et la standardisation. Réalisé au début des années 1960, le premier autoportrait connu d’Andy Warhol a été vendu par Christie’s à New-York 38,44 millions de dollars en 2011…

Autoportrait, fun des premiers, vendu chez Christies en mai 2011 pour 38 442 500 USD, image ©Christie's Autoportrait, fun des premiers, vendu chez Christies en mai 2011 pour 38 442 500 USD, image ©Christie's

`L’usine

Assisté par de nombreux collaborateurs, chargés notamment de reproduire ses créations, il investit au milieu des années 1960 un local industriel sur la 47e Rue, qu’il baptise la Factory (l’usine) et qui deviendra un haut lieu de la vie underground new-yorkaise. Il y réalise plusieurs films expérimentaux et y enregistre les premiers morceaux du groupe The Velvet Underground, dont il va activement accompagner le décollage, au point d’annoncer qu’il renonce à l’art pictural…

Andy Warhol and The Velvet Underground, image via denik.cz Andy Warhol and The Velvet Underground, image via denik.cz

Mais il revient à la peinture dès le début des années 1970, à travers de nouvelles séries de portraits ou des créations dites rétrospectives, honorant de nombreuses commandes pour des célébrités ou de riches collectionneurs, tant aux États-Unis qu’en Europe.

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Andy Warhol in The Factory, 1964, image via Phaidon Andy Warhol in The Factory, 1964, image via Phaidon

Son œuvre protéiforme et inclassable compte plusieurs dizaines de milliers d’occurrences, et le musée de Pittsburg en expose à lui seul plus de 10 000 (peintures, films, photos, créations sur papier…). À l’initiative de la famille, un musée Warhol a également ouvert ses portes à Medzilaborce, en Slovaquie, au début des années 1990.

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