La Villa Gaeta a une histoire vieille de quatre siècles, écrite par les familles qui y vivaient au XVIIe siècle, peu après son édification. Il semblerait que la propriété ait été transmise de génération en génération par les membres féminins des familles. Il ne reste aujourd’hui que peu de pièces du bâtiment d'origine, et notamment le rez-de-chaussée, où se trouvent la cuisine et les caves de la famille Peri de Montevarchi, en témoignent les armoiries en pierre visibles sur la porte des caves actuelles.

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Mais ce sont surtout les fresques qui racontent l’histoire de la Villa Gaeta : un siècle après sa construction, le bâtiment est agrandi par la famille du juge Agnolesi, qui vient d’en prendre possession. C'est à cette période que l'Oratoire de Santa Maria della Purità, de style Louis XVI, y est ajouté, tandis qu'au milieu du XIXe siècle, la villa est surélevée, et les intérieurs re-décorés selon le courant phare de période, l'éclectisme victorien.

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Entre les mains de l'avocat Giuseppe Gaeta, la villa va connaître un changement majeur qui a contribué (et contribue toujours) à son « image de marque » : le parc. Grâce à ce féru de botanique, l'espace vert qui entoure la villa accueille environ 160 espèces de conifères, dont la plupart ont été importées d'Amérique du Nord, comme les séquoias et le sapin de Douglas, visibles pour la première fois en Italie grâce à l’initiative de Gaeta. 

Ce jardin, soigné avec passion par l'avocat, est aujourd'hui connu comme le Pinetum de Moncioni, un parc d'environ trois hectares situé sur la colline qui sépare la province d'Arezzo de celle de Sienne. L'arboretum est un espace naturel protégé et un site d'intérêt touristique. 

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Grâce au propriétaire actuel, le designer et architecte d’intérieur Bruno Boretti, le parc s’est muté en un espace d’exposition public remarquable. Pinetum est, sans grand hasard, le titre de la Biennale dédiée à l'art et au design créée par Boretti. Chaque année, plusieurs artistes émergents sont sélectionnés pour participer à une résidence d’artiste au sein du parc, où ils travaillent sur la création d’une œuvre permanente. Les travaux qui en résultent ont, d’année en année, transformé l’esthétique du parc et lui confèrent une dimension muséale. 

Nous nous sommes entretenus avec Bruno Boretti, qui est non seulement le propriétaire de la Villa Gaeta, mais également le célèbre designer responsable du projet de restauration et de rénovation de son intérieur.

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 Bruno, parlez-nous de votre première rencontre avec la Villa Gaeta ?

En réalité, c’est plutôt elle qui m’a choisi, et non l’inverse. Avant de déménager à la Villa Gaeta, je vivais dans une ferme que j'avais également rénovée. J'ai vu beaucoup de maisons, croyez-moi, mais les photos de cette villa m'ont attiré d'une manière inexplicable, il y avait quelque chose de différent des autres. En fait, quand je suis arrivé, j’ai fait un énorme bond dans le passé, je suis redevenu enfant, j’ai retrouvé les sentiments et les senteurs de la maison de ma très chère amie, Maria Luisa, la petite-fille de la marquise Guasconi Viviani della Robbia. C’est à ce moment-là que j'ai compris que c'était le bon endroit. 

Mais c’est tout de même « Villa Gaeta » qui est resté...

Oui, parce que je suis le premier « étranger » à la famille qui habite ici. Les derniers propriétaires étaient des moines, car Marianna Gaeta, fille de l'avocat Gaeta, en avait épousé un. Pendant plus de 100 ans, la propriété a porté le nom de « Villa Monaci ». Quand je l'ai reprise, j'ai voulu la baptiser « Luisa », mais j'ai préféré rester sur « Gaeta ». 

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Comment définiriez-vous le style de la villa ?

Ma maison reflète mon histoire, mon parcours professionnel et mon parcours de formation, allant de mes premières découvertes d’enfance, aux antiquités lors de mes études, en passant par mes années de recherche, où j’essayais de dénicher des objets rares et des belles pièces de design. J'aime beaucoup de choses différentes ! Les années 50, 30, 70, toutes les périodes ont dégagé quelque chose de beau ... D'un autre point de vue, j'avoue que le style de la villa est différent de ce que j'ai toujours conçu professionnellement : je fais des choses très contemporaines, et bien que l’on retrouve mon style ici, d'habitude je suis plus minimaliste, j'utilise des lignes plus épurées. Vous pensez bien, la première maison que j’ai conçue en 1982 était un projet qui a débuté quatre ans auparavant, en 1978, et le titre était « Less is More » !

Pouvez-vous nous parler de votre collection de Vetri di Empoli ?

Alors, j'ai toujours été attiré par le verre. Dans les années 70, et au début des années 80, j'avais une très belle collection de verre de Murano de plus de 30 pièces. Mais au bout d’un moment, les collections m’étouffent et je commence à utiliser les pièces pour les projets de mes clients. Si je tombe sur des belles pièces, je les prends pour moi, je les utilise pendant un moment puis je les vends... Par exemple, j'ai vendu ma collection de Murano et avec l'argent j'ai pu acquérir mon premier hectare de terre dans le Chianti, vignoble compris !

På skrivbordet ses vaserna signerade Enzo Mari. I bokhyllan bakom står en del av Brunos glassamling. © Francesca Anichini. På skrivbordet ses vaserna signerade Enzo Mari. I bokhyllan bakom står en del av Brunos glassamling. © Francesca Anichini.

Le verre d'Empoli m'a toujours fasciné, car il me rappelle les cuisines des années 50. Vivant près d'Empoli, j'ai commencé à chercher ici et là et j’en ai trouvé beaucoup. Pour tout vous dire, j'ai acheté une pièce hier encore ! L'année dernière, en meublant une villa à Forte dei Marmi, j'en ai utilisé cinquante, sans même l’avoir remarqué !

La villa est remplie de design et d’œuvres d'art, où préférez-vous acheter vos œuvres ?

Les œuvres, les peintures, je les ai toujours achetées sur un coup de cœur, sont des choses que je trouve sur les marchés, comme au marché d’antiquités d'Arezzo. J'aime beaucoup découvrir des choses que les autres n’aiment plus : non seulement pour l’exclusivité, mais aussi pour des questions économiques. Les gens jettent tellement de choses, mais si vous avez un œil avisé, vous pouvez les transformer du tout au tout. J'ai récemment acheté une belle table de Carlo Scarpa sur un marché aux puces, probablement laissé par des héritiers du propriétaire qui n'avaient aucune idée de ce dont ils se débarrassaient !

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Les murs bleus sont aujourd’hui caractéristiques de la villa. Comment avez-vous choisi la couleur ?

Le choix du bleu était difficile. Lors de la rénovation, j'ai laissé le plafond d'origine, mais il n'y avait rien sur les murs, donc j’ai cherché une couleur qui se rapprochait du bleu du plafond. Lors de la restauration du musée Bardini à Florence, ils ont trouvé un bleu similaire sous le plâtre. En fait, la couleur s'appelle « Blu Bardini », du célèbre antiquaire qui l'avait copié des Russes à Saint-Pétersbourg. Ce bleu a toujours été une couleur à l’aspect précieux, car il a été conçu avec du lapis-lazuli. Ce n'est pas pour rien que le manteau de la Vierge dans les peintures anciennes est souvent bleu.

Comment le projet de restauration de la villa est-il né ?

En réalité, c’était un projet de recherches historiques, visant à découvrir ce qui se cachait sous les restaurations au cours de l'après-guerre. Les murs étaient tous recouverts, mais les fresques des quatre saisons ont été retrouvées dans le salon, même s'il ne reste que l'automne et l'hiver, certains murs ayant été détruits au XIXe siècle. C'est la maison qui m'a guidé dans le projet, car au départ, j'avais une approche complètement différente, je voulais tout blanchir ! L'intérieur est en constante évolution, je vais certainement faire quelques interventions sur les meubles, car pour l'instant, la table à manger est la seule pièce de mobilier que j’ai conçue.

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Quelles sont les pièces emblématiques auxquelles vous êtes le plus attaché ?

Les vases Enzo Mari que j’ai sur mon bureau. Mari était pour moi, involontairement, un mentor, pour ses idéaux selon lesquels la forme cumule les concepts utilitaires et esthétiques.

Ce qui ressort est un contraste, très étudié, entre intérieurs antiques et mobilier industriel.

Les contrastes sont beaux ! C’est un chevauchement des âges, un mélange qui donne de la chaleur. Vivre dans une maison du XVIIIe qui a gardé des décors du XVIIIe, c’est comme vivre dans le passé, nous sommes presque en 2020 ! J'aime le changement. Parfois je retourne dans des maisons que j’ai conçues après des années, et je vois que tout est resté exactement tel que je l’avais laissé. Je trouverais absurde de faire la même chose ici !

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Les œuvres d'art sont nombreuses, dans la maison comme dans le jardin. Sont-elles toutes issues du projet « Pinetum » ?

Oui, nous sommes dans la septième année de la biennale « Pinetum » ! Nous avons reçu des designers importants, et même si j'aime bien commencer les choses tranquillement, je recherche toujours la qualité. Par exemple, Vittorio Venezia a créé les lampes pour la chapelle et les a ensuite présentées au Salone del Mobile. Les bustes placés à l’intérieur sont de Roberto Dragoni, un artiste qui a participé à la première édition de « Pinetum », et représentent idéalement les anciens propriétaires. 

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La Villa Gaeta est également un lieu qui accueille des événements, des ateliers et des conférences. Les chambres de la résidence sont réservées aux invités, qui peuvent séjourner parmi les magnifiques fresques et profiter du jardin. La Villa a trois résidences différentes : la bibliothèque, la chambre empire, la chambre 900 avec salon.

Villa Gaeta

Via di Ucerano, 50
Località Moncioni 52025 
Montevarchi (AR)

www.villagaeta.net
T: +39 328 9745117
E: brubore@gmail.com

Bruno Boretti Architetture
www.brunoboretti.com

Toutes les photographies de cet article sont la propriété de Francesca Anichini
www.francescaanichini.com