Mardi matin, 10h30, pas un nuage dans le ciel. Un jour comme celui-ci, c'est certain, inutile de réserver son billet en ligne pour l'exposition Warhol Unlimited. Quelle erreur! Une queue s'est déjà gentiment formée devant les portes du Musée d'Art Moderne de la ville de Paris. Cela augmente probablement de façon inconsciente les attentes que l'on a de cette exposition 'blockbuster'.

Une fois dans l'entre du modernisme, on se laisse porter par une première salle que l'ont peut qualifier de...sans surprise. On est accueillis par les Campbell's Soups Cans (1962) et l'un des Self-Portrait (1966) mondialement connus.

The Museum of Modern Art, New York. The Museum of Modern Art, New York.

La deuxième salle en revanche nous transporte au coeur de la passion de Warhol pour le cinéma. On se plaît à contempler ses célèbres 'Screen-tests' au gré desquels défilent, en silence et en plans fixes, les visiteurs de sa Factory new-yorkaise. Marcel Duchamp, Salvador Dali, Nikki de Saint Phalle ou encore Lou Reed se mettent à nus devant le spectateur.

Warhol décrivait ainsi ce projet: "J'ai fait ça parce que généralement les gens ne vont au cinéma que pour voir la star...alors voilà l'opportunité de ne regarder que la star pendant aussi longtemps que vous voulez, peu importe ce qu'elle fait, et de la dévorer à loisir."

Viennent le tour des peintures. La série des Cow, vache bovine censée imiter la passivité du spectateur, perturbe. Mise en scène aux côtés de la série macabre Electric Chair, on cherche mais on peine à comprendre le véritable lien entre les deux.

Photo Time Out Photo Time Out

Quelques sculptures en bois plus tard -répliques célèbres de paquet d'emballages-, on en vient au Warhol 'politique', si tant est qu'il n'ait jamais existé.

Les séries de Jackie Kennedy et de Mao, un peu perdues au milieu de la celle des Flowers (1964), sont présentées maladroitement. En présentant certaines toiles de biais ou en les accrochant à plusieurs mètres de hauteur, on perd l'impression de répétition qui donne toute la force au travail de Warhol.

Photo: Thomas Samson AFP Photo: Thomas Samson AFP

La salle suivante est à pleurer de déception. Visant à présenter Andy Warhol comme le "Pape du Pop", elle revient sur ses années de producteur du groupe des Velvet Underground. Musique en fond, images floues de concerts, affiches décolorées...le tout est connu et décousu.

La suite de l'exposition ne nous revigore que moyennement. Quelques coussins argentés remplis d'hélium et une projection du film Empire nous intriguent mais nous laissent sur notre faim.

Image: Barnebys Image: Barnebys

Il faut finalement attendre la dernière salle de l'exposition pour en prendre plein la vue. La série des Shadows (1978-79) est un cycle de 102 oeuvres juxtaposées telles une immense pellicule. Impressionnantes peintures sérigraphiées sans commencement ni fin, elles sont collées bord à bord de sorte qu'il est impossible de voir l'oeuvre dans son entièreté.

Image: Barnebys Image: Barnebys

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Ici, le procédé de répétition fonctionne et donne à Warhol toute la puissance de son oeuvre. On se sent comme écrasés par la force de cette juxtaposition où les couleurs se mêlent à merveille. La liberté autour de l'interprétation du motif (pénis en érection pour certains, flamme pour d'autres) entourent l'œuvre de questions.

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On ne peut alors que regretter que le reste de la rétrospective paraisse si léger au regard de cette dernière salle, qui, il faut l'avouer, vaut le détour à elle seule.

'Warhol Unlimited' au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Jusqu'au 7 février 2016. 

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