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Vous êtes aujourd'hui commissaire-priseur sans étude et vous participez à une émission de télévision diffusée sur une chaîne nationale. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Après avoir obtenu mon diplôme, j'ai fait ma première année de stage chez Tajan à Paris en 2005. Mais le système ne me convenait pas, je suis donc parti en province chez Maître Rouillac. J'ai appris énormément de choses et j'ai essayé d'en tirer le meilleur.

Ensuite, au moment où tout allait bien, j'ai voulu changer de métier ! Je voulais rester dans le marché de l'art, mais arrêter la profession de commissaire-priseur. Finalement, j'ai intégré l'étude de Bordeaux Jean Dit Cazaux et Associés, mais ca n'était pas assez dynamique pour moi...C'est à ce moment là que j'ai reçu un coup de téléphone d'un producteur me proposant une aventure incroyable: adapter sur M6 l'émission de télévision britannique "Cash in the attic". J'ai tout de suite adhéré à l'idée.

Quand j'étais élève à l'Ecole du Louvre, des nocturnes étaient organisées pendant lesquelles on investissait un musée pour en présenter les œuvres à un public. Je n'en ai pas manquée une seule car j'adorais présenter les œuvres à une audience– souvent étrangère. J'ai donc vu en cette émission de télévision une tribune pour partager ma passion pour l'histoire de l'art.

Quels retours avez-vous eu du public après les débuts de « Un trésor dans votre maison » ?

Les retours du grand public ont été tout de suite assez bons. En revanche, les retours des professionnels du milieu n'ont pas été très positifs. Ils pensaient que l'émission donnait une image "bas de gamme" de la profession car on mettait en vente des objets peu chers et parfois inintéressants. Puis, l'émission a évolué dès la deuxième saison et les objets ont tout de suite été de meilleure qualité. Aujourd'hui, "Un trésor dans votre maison" réunit en moyenne 2 millions de téléspectateurs !

Image via M6.fr Jérome Anthony et Emmanuel Layan animent ensemble l'émission
Image via M6.fr

Qui sont les téléspectateurs de l'émission ?

C'est un panel très large et varié. M6 est une chaîne jeune, donc ce sont en majorité de jeunes gens. Pour la ménagère de moins de 50 ans, on tourne autour de 16% de parts de marché. Mais il y a aussi des personnes âgées qui ne regardent jamais M6 mais qui regardent la chaîne uniquement pour ce programme !

On fait découvrir au grand public le milieu des enchères et les professions du marché de l'art. Parmi tous les jeunes qui regardent l'émission, je suis persuadé que certains d'entre eux iront plus tard en salles des ventes.

Emmanuel Layan en tournage Image via M6.fr Emmanuel Layan en tournage
Image via M6.fr

Quels conseils donneriez-vous aux acteurs du marché de l'art pour attirer une clientèle plus jeune ?

Je pense que cela passe beaucoup par le langage. Le langage des ventes aux enchères n'est pas un langage commun. Quand je travaillais pour l'étude de Bordeaux, je m'occupais de la publicité et j'étais toujours très attentif à adapter mon langage pour être le plus concret possible.

Ensuite, il y a évidemment la question des modes de communication. Internet est un outil extraordinaire pour les ventes aux enchères. Il faudrait maintenant développer la vidéo qui est encore sous-estimée. Je pense que l'on peut faire des choses simples et efficaces avec un budget raisonnable, comme par exemple des focus vidéo sur les beaux lots d'une vente.

Vous êtes commissaire-priseur diplômé depuis 2007. Comment le marché de l'art a-t-il évolué depuis vos débuts ?

Internet a été présent dès mes débuts. Chez Tajan par exemple, ils utilisaient beaucoup la publicité en ligne. Ensuite chez Maître Rouillac, ils avaient une bonne connaissance des médiums de communication, du rôle des journalistes et des communiqués de presse. Ils avaient bien compris l'importance d'apporter l'information et de faire leur propre publicité. A Bordeaux en revanche, j'ai été déçu de l'utilisation d'internet. Je me suis battu pour intégrer les photos des lots sur Interenchères et très rapidement, ça a porté ses fruits. C'était incroyable de voir qu'avec une bonne description, quelques mots clés efficaces et une image pour illustrer le lot, des acheteurs du monde entier étaient intéressés !

Comment expliquez-vous alors la frilosité de certains commissaires-priseurs à prendre le pli du digital ?

Je pense que cela est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, c'est une question de génération. Ensuite, il y a une méconnaissance des commissaires-priseurs qui n'ont pas l'occasion d'utiliser internet au quotidien. Pour nous, c'est quotidien et indispensable. Du coup, parfois on ne se comprend pas !

Mais d'après moi, le mouvement internet est lancé et irréversible. Pour rester dans la course, il faudra bien s'y adapter.

Dans votre métier, quelle est votre utilisation d'internet ?

J'utilise internet à 100%. J'ai un site internet d'estimation par lequel les clients m'envoient des objets et je leur donne des conseils de vente.

Que ce soit pour mes mails, pour faire des recherches, pour les réseaux sociaux, je passe beaucoup de temps sur mon téléphone. Mais j'essaye de plus en plus d'utiliser mon ordinateur car j'ai mal aux pouces à force d'utiliser mon téléphone !

Quel est votre domaine de spécialisation ?

Je suis généraliste. J'ai une formation de commissaire-priseur de province. J'aime jeter un premier coup d'œil sur le flot d'objets qu'on rencontre. Ce que j'aime par dessus tout, c'est redécouvrir un objet qui a été oublié et lui redonner une identité. Cet aspect « chasse au trésor » me plaît énormément. L'objet a toute mon attention, en revanche la mise à prix et la négociation autour des commissions de vente m'intéresse beaucoup moins.

Que pensez-vous d'un moteur de recherches comme Barnebys ?

J'utilise Barnebys comme un utilisateur lambda. Je consulte le site et je reçois la newsletter qui m'informe des évènements marquants du marché de l'art. Il se passe tellement de choses que c'est très agréable d'avoir un point de vue objectif sur le marché.

Avez-vous un "objet coup de cœur" qui vous a particulièrement marqué lors d'une émission ?

Je me souviens bien d'un bureau de Borsani en acajou édité par Tecno dans les années 1970. J'ai aimé le bel équilibre qu'il y avait entre la fantaisie et le fonctionnalisme de ce meuble de forme boomerang. Les propriétaires l'avaient complètement mis de côté ! On a redonné une identité à ce superbe bureau et on l'a très bien vendu. J'aime beaucoup ce mobilier italien des années 1970 : les matières sont belles, les modèles sont inventifs tout en restant élégants.

Retrouvez Emmanuel Layan dans l'émission "Un Trésor dans votre maison" sur M6 tous les samedis à 18h30.

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