Artemisia Gentileschi, « Lucrezia » (Lucrèce), huile sur toile, estimé entre 500 et 700 000 euros, image ©Dorotheum Artemisia Gentileschi, « Lucrezia » (Lucrèce), huile sur toile, estimé entre 500 et 700 000 euros, image ©Dorotheum

Après des siècles de domination masculine (que l’on parle d’artistes ou d’acheteurs), le monde des enchères se réveille doucement et découvre les talentueuses artistes du passé dont la juste reconnaissance est, pour beaucoup, encore à établir.

Le marché de l’art et des enchères se décide enfin à dépoussiérer l'œuvre d’une artiste que l'on compte aujourd'hui parmi les peintres baroques les plus importants du XIXe siècle. Artemisia Gentileschi n'a pas seulement fait preuve d’un talent hors pair, marqué par l’influence du Caravage et d’une utilisation judicieuse de la lumière, mais aussi d’un esprit féministe ante-littéraire.

Artemisia Gentileschi, « Salomé à la tête de saint Jean-Baptiste », vers 1610-1615, image via Wikimedia Commons Artemisia Gentileschi, « Salomé à la tête de saint Jean-Baptiste », vers 1610-1615, image via Wikimedia Commons

À une époque où les femmes étaient dépeintes comme des personnages fragiles et que les artistes du « sexe faible » se comptaient sur les doigts d'une main, Gentileschi a réussi à se distinguer grâce à des peintures illustrant des personnalités fortes, sûres et indépendantes : un parti pris de plus en plus apprécié de nos jours, alors que l’attention du public se tourne vers les figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’art. Cette « tendance » a quelque peu contribué à la redécouverte de Gentilseschi par les critiques.

La réévaluation bien méritée de l’œuvre de la peintre a déjà conduit à des résultats de ventes concluants : en décembre dernier, son autoportrait, qui laisse deviner au procès de viol marquant ses jeunes années, s’est vendu aux enchères pour 2,3 millions de livres à Paris, établissant le record personnel de l'artiste. En juillet dernier, la National Gallery de Londres entre en contact avec le nouveau propriétaire de la toile, avant de lui racheter pour 3,6 millions de livres. Une acquisition qui vise à rétablir l’affligeant manque d’œuvres de femmes artistes au sein de la collection du musée (moins de 1 % pour 2 300 pièces).

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Artemisia Gentileschi, « Sainte-Catherine d'Alexandrie », vers 1615, toile acquise par la National Gallery en juillet 2018 Artemisia Gentileschi, « Sainte-Catherine d'Alexandrie », vers 1615, toile acquise par la National Gallery en juillet 2018

Gentileschi a la particularité d'être la première femme de l'histoire à avoir franchi les portes de l'Académie du dessin de Florence, qu’elle a fréquenté après plusieurs années de formation dans l'atelier de son père. En 2016, le Musée de Rome lui consacre une exposition, « Artemisia Gentileschi et son époque », et y dévoile une exceptionnelle peinture représentant Lucrèce, encore inconnue du public.

Il y a quelques jours, la maison de ventes Dorotheum a annoncé la présence de l’œuvre « Lucrezia » dans le catalogue de leur prochaine vacation, prévue du 23 au 25 Octobre 2018. Avec une estimation fixée entre 500 000 et 700 000 livres, les experts ont peu de doutes quant aux performances de l’œuvre face aux collectionneurs, qui pourraient même largement dépasser le prix de départ.

Artemisia Gentileschi, une autre représentation de la figure mythologique Lucrèce, 1620 - 1621, image via Wikipedia Artemisia Gentileschi, une autre représentation de la figure mythologique Lucrèce, qui se donne la mort 1620 - 1621, image via Wikipedia

La peinture, conservée dans la collection privée d'une famille aristocratique depuis le XIXe siècle, représente l'aristocrate romaine Lucrèce : un symbole mythologique de la lutte contre la tyrannie, mais aussi une référence claire à la vie difficile d’Artemisia Gentileschi, qui a courageusement dénoncé les actes de son violeur et fait face aux conséquences de son choix difficile.

La vente aux enchères d'octobre sera une occasion unique pour les collectionneurs privés et les musées internationaux : vous trouverez ici toutes les informations sur la vente de Dorotheum.

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