Tajan entre post-war, contemporain, et urbain

Une remarquable sélection de 80 œuvres d’art investira l’Espace Tajan le 28 mai prochain à 19h. Les experts de la maison parisienne ont concocté un catalogue de la plus haute qualité, entre post-war, art contemporain et art urbain. Tour d’horizon. 

Tajan entre post-war, contemporain, et urbain

L’exploration du cube

Présentées pour la première fois à la John Daniels Gallery en 1965, les structures géométriques de l’artiste américain conceptuel Sol LeWitt figurent aujourd’hui dans les plus grandes collections muséales, comme entre autres, le MoMA, la Tate Modern, ou le Centre Pompidou. 

Le cube a inspiré LeWitt tout au long de sa carrière. L’artiste l’utilise comme unité, l’érige en véritable outil. Son cheminement artistique repose sur l’élaboration de réseaux de volumes en série, avec lesquels il joue et explore les potentiels de combinaisons. 

Sol LeWitt, Low in the Center, 1996, image © Tajan
Sol LeWitt, Low in the Center, 1996, image © Tajan

LeWitt a redéfini notre rapport à la sculpture (il préférera d’ailleurs parler de « structure »), en générant une nouvelle forme de perception spatiale et mentale de l’œuvre. La sérialité du cube, comme dans l’œuvre Low in the Center, confronte le spectateur aux « concepts d’ordre et de désordre, de bi- et de tridimensionnalité, de finitude et d’infinitude […] ». Cette sculpture de 1996 reprend les préceptes chers à l’artiste, et décline le motif d’un cube blanc évidé, répété sur 23 rangées verticales et 12 rangées horizontales, dans un rapport de vide /plein contradictoire. 

Sol LeWitt, Low in the Center, 1996, image © Tajan
Sol LeWitt, Low in the Center, 1996, image © Tajan

Comme il l’a déclaré dans son manifeste de 1967 (Paragraphs on Conceptual Art), « lorsqu'un artiste recourt à une méthode modulaire multiple, il choisit habituellement une forme simple et disponible. Choisir des formes de base complexes ne peut que nuire à l'unité de l'ensemble. Recourir à la répétition d'une forme simple, c'est réduire le champ d'intervention et mettre l'accent sur la disposition de la forme. L'arrangement devient la fin et la forme devient le moyen ».

 Le « sensurréalisme » de Rama 

Les œuvres érotiques et viscérales de la peintre italienne Carol Rama ont atteint la reconnaissance à partir des années 2000, bien que le début de sa production date des années 1930, et qu’elle se soit étendue sur sept décennies. 

L’œuvre de Rama a été exclue de l’histoire très tôt, dès 1945, pour son esthétique crue et chargée d’érotisme. Tenue à la Galerie Faber à Turin, sa première exposition est fermée par le gouvernement fasciste, qui fait retirer les 27 aquarelles présentées, des représentations d’art brut figuratives d’hommes et de femmes nus dans des poses sexuellement explicites. 

Carol Rama, Numeri onde, 1983, image © TajanCarol Rama, Numeri onde, 1983, image © Tajan

Les images de Rama sont empreintes d’une certaine délicatesse et d’une affection poignante, elles ont été conçues selon une perspective clairement sexuelle et entièrement féminine. En dépit de la censure qui affecte son œuvre, Rama continue de créer, mais délaisse la figuration au profit de l’abstraction, un courant en plein essor dans les métropoles italiennes de l’époque. Comme en témoigne le corpus d’œuvres qui sera présenté chez Tajan, Rama danse à la frontière de l’abstrait et du figuratif, conférant à ses corps force et vulnérabilité, assemblant et façonnant soigneusement chacun des matériaux qu’elle choisit.

Carol Rama, Spazio anche più che tempo, 1970, image © Tajan
Carol Rama, Spazio anche più che tempo, 1970, image © Tajan

Comme l’a un jour écrit Paul B. Preciado, le commissaire de l’exposition qui lui a été consacrée au MACBA en 2014, Rama « est une contemporaine invisible. Son œuvre module et modifie ce que nous connaissons de l’avant-garde. Carol Rama invente le sensurréalisme, l’art viscéral-concret, le porno-brut, l’abstraction organique… et encore, et encore. Cependant, le nom de Carol Rama n’apparaît dans aucune histoire ». 

Escarpins Pop

Après un séjour de deux ans aux États-Unis, l’artiste britannique Allen Jones a considérablement élargi ses frontières créatives, confirmant son rôle primordial au sein du Pop Art anglais. L’œuvre One Step Back a été réalisée en 1966, à son retour des USA, et s’inscrit dans une brève série de toiles carrées d’environ un mètre, agrémentées d’une tablette en partie inférieure. 

Cette série inaugure la thématique des jambes et des pieds chaussés d’escarpins, dont le modelé marqué tire son inspiration des illustrations de la marque américaine Frederick’s of Hollywood, connue pour ses lignes de sous-vêtements et de chaussures vulgaires et sexuelles.

Allen Jones, One Step Back, 1966, image © Tajan
Allen Jones, One Step Back, 1966, image © Tajan

One Step Back, avec ses couleurs acidulées sur fond bleu ciel, présente une paire de jambes de femme en talons aiguilles figées sur un damier. La plupart des titres des œuvres de la série proviennent des noms de chaussures vues dans les brochures de vente par correspondance éditées par la marque. 

Les sculptures du « Korova Milkbar » dans le célèbre film Orange mécanique sont basées sur le travail de Jones, qui a autorisé Stanley Kubrick à s'inspirer librement de ses réalisations de sculptures érotiques.

« Shadowman »

C’est le surnom octroyé à l’artiste Richard Hambleton pour ses célèbres silhouettes sombres, qui depuis ses premières œuvres des années 1980, produisent toujours le même effet dramatique, spectral et menaçant. L’œuvre Standing Shadow, de 2013, comporte une silhouette qui semble exploser par un jeu de projections de peinture.

Richard Hambleton, Standing Shadow, 2013, image © Tajan
Richard Hambleton, Standing Shadow, 2013, image © Tajan

Le graffeur canadien s’est fait connaître grâce à sa Mass Murder Series (qui simule des scènes de crimes dans les rues de New-York), puis a évolué vers le motif des silhouettes noires, qui recouvrent des centaines d’immeubles du Lower Manhattan. Après un temps d’absence, ses « Shadowmen » ont refait surface au début des années 2000, souvent vêtus de costumes, comme dans Standing Shadow

Blek le Rat, Invader et Shepard Fairey, les artistes urbains les plus en vogue et les plus cotés du moment, seront également représentés lors de la vente. 

Le prestigieux catalogue comprendra des chefs-d’œuvre de Louise Nevelson, Wifredo Lam, Per Kirkeby, ou encore Zao Wou-Ki, et peut être consulté dès maintenant sur Barnebys !