Peint en 1937 par le maître surréaliste, René Magritte, Le principe du plaisir est un portrait d’Edward James, un poète britannique et fervent représentant du mouvement artistique. Comme les autres surréalistes, James rejetait la domination de la rationalité bourgeoise, il a d’ailleurs sponsorisé Salvador Dalí pendant une année entière, en 1938, et soutien sa pratique pendant plus de deux ans. Dalí présente Magritte à James en 1937, et ce dernier lui propose immédiatement de séjourner dans sa résidence londonienne pour y peindre.

René Magritte, « Portrait manqué de Paul Éluard », 1936, image ©Sotheby's René Magritte, « Portrait manqué de Paul Éluard », 1936, image ©Sotheby's

L’exceptionnel portrait est une commande privée de James lui-même, que Magritte réalise d’après une photographie prise par son contemporain Man Ray. L’idée du portrait avait déjà traversé l’esprit du peintre, qui avait réalisé en 1936, une encre sur papier similaire au tableau, dans un livre à l’honneur du poète Paul Éluard. Après plusieurs mois passés dans sa demeure, Magritte propose à James l’idée du portrait dans une lettre : « J’ai réalisé le portrait d’un homme avec une lumière à la place du visage… Je le considère comme une étude préliminaire, l’œuvre que j’imagine vraiment doit encore être peinte, mais si elle vous était destinée, ne pensez-vous pas que vous pourriez vous y reconnaître ? Si l’idée vous intéresse, tout ce que vous avez à faire est de vous faire photographier assis à une table et avec sorte de pierre posée à votre gauche non loin votre bras. »

Man Ray, « Edward James », 1937, image via Sotheby's Man Ray, « Edward James », 1937, image via Sotheby's

Les enchères ont explosé l’estimation de la toile (fixée à 20 millions de dollars) pour atteindre 26,8 millions de dollars (23,9 millions d’euros) et décrocher un nouveau record d’artiste. La bataille a impliqué, selon la maison de ventes, sept enchérisseurs, un nombre plutôt inhabituel.

Mais cette victoire n’est qu’une maigre consolation face à une vente comptant 16 lots invendus, dont l’œuvre phare Pre-War Pageant de Marsden Hartley, présentée comme « l’une des toiles les plus importantes de l’Art moderne américain à être présentée aux enchères », estimée à 30 millions de dollars. La toile n’a pourtant pas atteint son prix de réserve et reste entre les mains de la maison de ventes, en altérant considérablement les résultats anticipés. Sotheby’s New-York enregistre tout de même une augmentation de 20 % par rapport à 2017, avec un chiffre total de 315,4 millions de dollars.

Marsden Hartley's, « Pre-War Pageant », 1913, image ©Sotheby's Marsden Hartley's, « Pre-War Pageant », 1913, image ©Sotheby's

Christie’s quant à elle, rate l’estimation de sa vente du 11 novembre avec 279.2 millions de dollars et un pourcentage de vente de seulement 85 %, contre des attentes fixées à 304,7 millions. Coin de jardin avec papillons, de Van Gogh, reste sur le carreau, tout comme Femme au béret orange et au col de fourrure de Picasso. Parmi les 15 œuvres de Picasso proposées à la vente, 2 sont restées sans acheteur, et l’œuvre star promue par la maison de ventes en première page de leur catalogue, La Lampe, est soldée tout juste au-dessus de son estimation.

Vincent Van Gogh, « Coin de jardin avec papillons », image ©Christie's Vincent Van Gogh, « Coin de jardin avec papillons », image ©Christie's

L’œuvre Effet de neige à Giverny de Monet injecte un peu d’espoir à la vacation, en surpassant son estimation de 5-8 millions de dollars, pour être adjugée 13,5 millions, tandis que Bassin aux nymphéas devient le top lot avec 28 millions de dollars, un prix qui reste cependant inférieur à l’estimation des experts.

Monet's Effet de neige à Giverny (1893) Monet's Effet de neige à Giverny (1893)

Les deux maisons de ventes new-yorkaises semblent avoir fixé des prix agressifs qui n’ont pas laissé les collectionneurs indifférents.

« Il y a un plus grand discernement dans le marché haut de gamme, ce qui pourrait bien être une réponse aux chiffres extrêmement élevés que nous avons observés au cours des dernières saisons » déclare Traci Kinnaly, consultante en art indépendante.

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