L'artiste Francois Zabaleta L'artiste Francois Zabaleta

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours artistique?

J’ai commencé par faire des recherches pour des écrivains, puis pendant quelque temps, j’ai été ghost writer. Et puis dans les années 1990 j’ai commencé à m’intéresser à la photographie numérique. Je ne suis pas du tout nostalgique de l’argentique, je vis au présent avec les outils du présent. Pendant quelques années je me suis exclusivement consacré à la photographie, j’ai fait plusieurs séries, que j’ai finalement décidé de regrouper dans un journal intime photographique, LA DOUCE IMPATIENCE DE VIVRE. Ce journal comprend des portraits, des portraits avec du texte, des textes, des paysages…

Au fil des années et des expositions que j’ai faites à l’étranger, j’ai réalisé que mon travail était tout à la fois conceptuel et narratif, et que les films que je faisais dans le cadre de mes expositions me passionnaient de plus en plus, les films prenaient de plus en plus de place.

A tel point que j’ai réalisé un long métrage LA VIE INTERMEDIAIRE qui a été sélectionné au festival de Cannes en 2009. Après je n’ai plus arrêté de faire des films, tout en continuant à faire des photographies de personnes dont la bonté et l’intensité m’ont ému.

A travers les films je voulais expérimenter d’autres modes de narration, d’où l’utilisation de la photographie, des documents d’archives etc. (...) Les films, la photographie ne sont que des moyens de célébrer le vivant, même si mes films et certaines de mes photos sont dures, c’est quand même une déclaration d’amour à tout ce qui est.

Pourquoi alliez-vous vidéo et photographie? 

J’aime beaucoup utiliser tous les matériaux, même si je n’en suis pas l’auteur, les photographies, les films, les archives, les articles de journaux… mais ce n’est pas du tout réfléchi, ça vient naturellement, c’est juste ma grammaire personnelle.

Parlez-nous de votre prochaine exposition, "La Douce Impatience de vivre", qui aura lieu du 30 juin au 17 septembre à l'Espace culturel de la ville de Gien. 

Ce sera donc une grande exposition de plus de cent planches photographiques, tirées de ce journal intime photographique que j’ai appelé : LA DOUCE IMPATIENCE DE VIVRE.

Pourquoi ce titre ? Parce qu’à n’importe quel moment de notre vie on a le sentiment qu’on n’a pas encore vraiment vécu, que la vie, la vraie vie va commencer bientôt, et qu’on ressent, même à mon âge, une grande impatience à commencer à vivre pour de vrai une vie digne de ce nom.

Ces planches photographiques sont comme des poèmes, des haïkus visuels, ce sont aussi parfois des balises, des moments de prise de conscience.

Beaucoup de thèmes sont abordés, la naissance du sentiment de différence chez un enfant, les métamorphoses du visage humain, la recherche d’amour et de sexe sur internet, le sentiment d’échec, etc. (...) Il y aura aussi de la musique (Fairouz, Fred Astaire Sophie Tucker, Franz Schubert, etc.)

Où puisez-vous votre inspiration? 

C’est le contraire, c’est elle qui me trouve. A chaque film ou série de photos que je termine je me dis que je vais arrêter, que c’est trop épuisant, que je vais y laisser ma peau. Et puis finalement quelque chose commence à se dessiner et je continue. La création est très proche du chamanisme ou de la médiumnité. Il faut faire le vide en soi, créer en soi un état de vacance absolue, et c’est de ce vide, de cette vacance que naît la création.

Quel message souhaitez-vous faire passer dans vos oeuvres? 

Aucun message en particulier. Pour moi l’art n’est pas un divertissement c’est une expérience qui, si elle est réussie, vous modifie, c’est ma seule ambition, prendre les gens par la main et leur proposer une modeste promenade. Il y aussi ce désir de les retenir le plus possible, l’idéal serait que mes spectateurs ne me lâchent jamais la main… encore et toujours ce même désir d’être aimé.

François Zabaleta (2011) François Zabaleta (2011)

L'art et son marché se tournent de plus en plus vers le digital. Quel rôle internet a-t-il dans votre vie d'artiste?

Un rôle de premier plan pour proposer mes projets, mes films ou mes expositions. Je communique essentiellement par internet, je n’aime pas beaucoup le téléphone. Je ne suis pas nostalgique. J’aime le présent et les outils du présent. Sans l’ordinateur je n’aurais pas fait de films ni de photographies.

Quels conseils pourriez-vous donner à la jeune génération d'artistes?

Ce serait prétentieux de vouloir donner un conseil. La seule chose que je peux dire c’est : n’écoutez personne, soyez vous-même, allez jusqu’au bout de votre envie de vous dépasser par la création, tout est à inventer, tout est à réinventer, tout est à découvrir, ce n’est que le début, et surtout, ayez confiance en vous, aimez-vous, aimez la vie, aimez les autres, cassez-vous la figure, faites confiance aux autres et à la vie, même si les autres et la vie trahissent la confiance que vous aviez placé en eux, continuez à leur faire confiance, permettez leur de vous trahir, un jour viendra où ils ne vous trahiront plus, où plus personne ne vous trahira, en deux mots ça s’appelle aller jusqu’au bout de soi…..

Quels sont vos autres projets pour 2016? 

J’aimerais beaucoup que cette exposition photographique soit montrée dans d’autres villes françaises et autres…. Mon film FUCK l’AMOUR qui a été primé cette année au festival de Clermont-Ferrand, va être montré au festival de Sète puis à Thessalonique, en Grèce, dans un célèbre festival.

A part cela je viens de terminer trois films, un court métrage : SOUVENIR ECRAN, avec Jean-Yves Arrivé et Béatrice Champanier, qui raconte l’histoire d’un homme qui suit dans les rues de Paris un homme qui lui rappelle l’homme qui l’a séquestré lorsqu’il était enfant. Un moyen métrage, LE MUSEE DES AU REVOIR, avec Béatrice Champanier. Et un long métrage sur la libido masculine, SORROW IN THE WIND.

A la fin de l’année je vais tourner toujours avec Béatrice Champanier un film qui s’appellera LA PETITE MUSIQUE DES CHAGRINS D’AMOUR.

"La Douce Impatience de vivre", du 1 er juillet au 17 septembre (vernissage le 30 juin, à 19 h 30) à l'espace culturel de Gien, rue Georges-Clemenceau. Exposition visible les mercredis, jeudis, vendredis et samedis, de 15 à 19 heures. Rencontre avec les photographes mercredi 20 juillet, de 16 à 18 heures.

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