Les femmes sous le pinceau du maître 

François Boucher - Portrait présumé de Marie-Louise O'Murphy, 1752 Image: Cologne, Wallraf-Richartz-Museum & Fondation Corboud François Boucher - Portrait présumé de Marie-Louise O'Murphy, 1751
Image: Cologne, Wallraf-Richartz-Museum & Fondation Corboud

Allongée sur le ventre, les jambes écartées, la femme représentée ici par François Boucher ne porte rien d'autre qu'un délicat ruban bleu dans ses cheveux blonds. Elle n'est pas déconcertée par sa nudité, elle repose sur une chaise longue parsemée de beaux draps et son regard est intrigué par quelque chose en dehors de la toile. Le spectateur est déconcerté: il est intrigué par ce que la femme observe et que lui ne peut pas pas voir. Une certaine idée du voyeurisme est exprimée dans cette toile.

Le modèle de cette toile n'est autre que Marie-Louise O'Murphy. Née en 1737, fille d'immigrants irlandais, O'Murphy travaille comme couturière à Paris. Après avoir rencontré Boucher en 1751, Marie-Louise est employée par l'artiste pour devenir son modèle. Elle devint plus tard la maîtresse de Louis XV.

Marie-Louise pose pour Boucher dès l'âge de 14 ans. Boucher l'appelle alors Casanova, se référant aux mémoires du théologien vénitien Giacomo Casanova, spécialiste du rôle joué par les femmes dans l'Histoire religieuse.

François Boucher (1703-1770) À gauche: La toilette de Venus, 1751 À droite: Diane sortant du bain, 1742 François Boucher (1703-1770)
À gauche: La toilette de Venus, 1751
À droite: Diane sortant du bain, 1742

Boucher créé deux versions de cette scène de bain. La première se trouve dans la collection Alte Pinakothek à Munich, tandis que l'autre aurait été achetée à Boucher lui-même par le frère de la marquise de Pompadour, maîtresse officielle de Louis XV. Là encore, un érotisme certain s'empare des personnages qui se révèlent aux spectateurs dans des poses lascives et naturelles.

François Boucher - Portrait présumé de Marie-Louise O'Murphy, 1752 Image: Munich, Alte Pinakothek François Boucher - Portrait présumé de Marie-Louise O'Murphy, 1752
Image: Munich, Alte Pinakothek

En 1752, Boucher peint à nouveau Marie-Louise, copiant son propre travail avec quelques changements. Il choisit une palette plus sombre et ajoute un brûleur oriental d'encens dans le coin inférieur gauche à la place du livre ouvert.

Quelques années avant que Boucher ne rencontre Marie-Louise O'Murphy, il peint un tableau très similaire intitulé L'Odalisque brune. Cette toile pourrait être une représentation de la propre épouse de Boucher, Jeanne Buseau.

François Boucher - L'Odalisque (1745-49) Image: Paris, Musée du Louvre François Boucher - L'Odalisque (1745-49)
Image: Paris, Musée du Louvre

On appelle odalisque la concubine des sultans ottomans. En Europe occidentale, l'ambiance du harem fascine et enflamme l'imagination de nombreux artistes.

François Boucher ne cherche pas à reproduire la réalité, il veut partager sa propre réalité. C'est un peintre précieux, sensuel et précis qui utilise des coloris brillants, des lignes tout sauf droites et une profusion d'accessoires pittoresques.

Sa prédilection pour les nus féminins lui vaut, de son vivant, le surnom de peintre des Grâces.

Qui se cache derrière le prolifique François Boucher? 

Fils d'un dessinateur passionné de mobilier et d'arts décoratifs, François Boucher voit le jour en 1703 à Paris. Son éducation artistique est confiée au peintre François Lemoyne dont les œuvres les plus remarquables comprennent des peintures murales au château de Versailles. En 1723, Boucher reçoit le Grand Prix de Rome de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il passe quatre ans à étudier en Italie, où il s'inspire des peintures des maîtres italiens de la fin de la Renaissance Titien, Tintoret et Véronèse.

À gauche: Gustaf Lundberg - Portrait du peintre François Boucher, 1741 À droite: Giacomo Casanova, Portrait du frère Francesco Boucher, ca. 1750-55 À gauche: Gustaf Lundberg - Portrait du peintre François Boucher, 1741
À droite: Giacomo Casanova, Portrait du frère Francesco Boucher, ca. 1750-55

À son retour en France, Boucher aborde tous les genres. Il conçoit des œuvres pour la Manufacture des Gobelins à Beauvais et la Manufacture de Porcelaine à Sèvres, il est décorateur à l'Opéra et, plus tard, Directeur de l'Académie Royale.

La maîtrise de Boucher réside sans doute dans sa capacité à peindre la chair humaine et les tissus précieux tels que la soie. En 1742, Boucher est nommé Premier peintre du Roi. Il reçoit un soutien spécial de la marquise de Pompadour qui pose pour lui à plusieurs reprises.

François Boucher devient le peintre le plus recherché du milieu du XVIIIe siècle. Ses œuvres font des vagues dans le monde de l'art non seulement en France, mais à travers toute l'Europe.

La contribution de François Boucher à l'Histoire de l'Art

L'artiste n'est pas le premier dans l'Histoire de l'Art à élever la forme féminine nue au rang d'oeuvres d'art, alors pourquoi ses œuvres sont-elles si importantes?

La réponse réside dans les idées et les aspirations du peintre. François Boucher peint ses modèles pour leur beauté esthétique, il veut les montrer au monde dans toute leur gloire, presque sur un plateau d'argent, comme s'il disait au monde "Regardez comme ces femmes sont belles".

Les toiles de Boucher se caractérisent à la fois par leur honnêteté et par leur caractère spontané. L'artiste représente sa vision du monde, comme il aime à se l'imaginer et sans se soucier des répercussions.

Les toiles de François Boucher ne passent pas inaperçues. En 1761, Denis Diderot commente les toiles du peintre dans un mélange d'admiration et de réprobation: "Quelles couleurs! Quelle variété! Quelle richesse d'objets et d'idées! Cet homme a tout, excepté la vérité."

Plus tard, les frères Goncourt résument le profil de Boucher en ces termes: "La vulgarité élégante, voilà la signature de Boucher. (...) Pour tout dire et oser un terme de l'argot des ateliers qui peint un peu durement son talent: il est canaille."

À gauche: François Boucher - Madame de Pompadour, 1756 À droite: Maurice Quentin de La Tour - Louis XV, 1748 À gauche: François Boucher - Madame de Pompadour, 1756
À droite: Maurice Quentin de La Tour - Louis XV, 1748

Elles retiennent même l'attention des plus grands noms de la Cour. Quand le roi Louis XV découvre la peinture de Marie-Louise, il veut absolument la rencontrer. Sa maîtresse officielle, Madame de Pompadour, encourage alors le roi à avoir des affaires, s'assurant de le présenter aux femmes qu'il souhaite rencontrer. Pendant deux ans, Marie-Louise devient la maîtresse de Louis XV, qui lui donna même une fille.

François Bouchet est l'un des artistes les plus prolifiques de son époque, grand représentant du style Rococo. De la porcelaine à la tapisserie, ses talents ne connaissent pas de fin, ce qui explique pourquoi il est aujourd'hui grandement associé à ce mouvement.

En plus de ses nus enchanteurs, il réinvente la scène pastorale dans l'art, réimaginant berger et bergères drapées de soie dans des poses érotiques.

La cote de François Boucher sur le second marché

De son vivant, en tant que "premier peintre du roi", François Boucher est déjà extrêmement populaire et vend beaucoup. Il reçoit des commandes des plus grands de l'époque, tels que la Marquise de Pompadour ou la duchesse d'Orléans, qui le recommandent vivement au sein de la Cour.

Boucher est un peintre particulièrement prolifique. On estime son oeuvre riche d'au moins 10 000 oeuvres, dont de nombreux dessins, peintures et gravures.

Mais malgré cette dense et constante production, les oeuvres du maître rococo se font aujourd'hui rares. Les oeuvres les plus cotées sont celles aux thèmes érotiques. Les femmes de Boucher intéressent particulièrement, elles sont de vivaces témoins de ce "siècle libertin".

En 2005, la toile Clio, la muse de l'Histoire et de la Chanson; et Erato, la muse de la poésie d'amour est adjugée 1,38 millions d'euros chez Christie's à Londres, record pour l'artiste à ce jour.

François Boucher - Clio, la muse de l'Histoire et de la Chanson; et Erato, la muse de la poésie d'amour Adjugé 1,38 millions d'euros chez Christie's à Londres le 6 juillet 2005 François Boucher - Clio, la muse de l'Histoire et de la Chanson; et Erato, la muse de la poésie d'amour
Adjugé 1,38 millions d'euros chez Christie's à Londres le 6 juillet 2005

L'année suivante, la même maison dispersait à New York pour 1,31 millions d'euros une toile de pratiquement 2 mètres de large intitulée Le sommeil de Vénus. Cette même toile avait été proposée pour la première fois aux enchères en 1779 à l'Hotel d'Aligre à Paris. La toile avait alors trouvé preneur pour l'équivalent de 2 750 euros.

François Boucher - Le sommeil de Vénus Adjugé 1,31 millions d'euros chez Christie's à Londres le 6 juillet 2006 François Boucher - Le sommeil de Vénus
Adjugé 1,31 millions d'euros chez Christie's à Londres le 6 juillet 2006

Sans surprise, les toiles réalisent les meilleurs résultats, les dessins et les gravures faisant l'objet de grandes variations de prix en fonction de la taille, du sujet et de la technique.

Cependant, là encore le thème des muses reste très apprécié des collectionneurs. En 2010, le dessin Venus Jouant Avec Deux Colombes se vendait chez Christie's à Paris pour 601 000 euros tandis qu'en 2008 Femme nus assise partait pour 326 000 euros à New York.

François Boucher - Vénus jouant avec deux colombes Adjugé pour 601 000 euros chez Christie's à Paris le 23 juin 2010 François Boucher - Vénus jouant avec deux colombes
Adjugé pour 601 000 euros chez Christie's à Paris le 23 juin 2010

François Boucher - A seated female nude Adjugé pour 326 000 euros chez Christie's à New York le 24 janvier 2008 François Boucher - A seated female nude
Adjugé pour 326 000 euros chez Christie's à New York le 24 janvier 2008

Les paysages et les scènes de genre sont quant à eux beaucoup moins recherchés. Par exemple, le 8 décembre 2004 chez Christie's Londres, il fallait "seulement" débourser 125 000 euros pour s'offrir une toile du maître intitulée Le moulin à eau, Paysage avec un berger et sa famille près d'un moulin.

Tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, les résultats des oeuvres de François Boucher aux enchères restent relativement stables. Il faut attendre les années 2000 pour voir ses prix exploser.

C'est à Londres et à New York que se dégagent les plus fortes enchères. Paris, place forte du marché de l'art ancien, concentre tout de même un tiers des oeuvres de François Boucher. Cependant, les oeuvres passant sous le marteau des maisons français dépassent encore rarement les 100 000 euros.

François Boucher connaît le même sort que beaucoup de ses artistes contemporains. Le marché de l'art ancien est coupé en trois segments bien distincts: les oeuvres d'exception dont les prix explosent, les oeuvres dites accessibles qui permettent à de jeunes amateurs de s'offrir une jolie pièce et enfin ce que l'on peut désigner comme "les oeuvres de milieu de gamme", qui restent les enfants mal aimés des enchères.

Sur Barnebys, accédez gratuitement à toutes les adjudications des oeuvres de François Boucher. 

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