Journal de Max Beckmann, à la page du Journal de Max Beckmann, à la page du 27 juillet 1942, image ©Grisebach

Le 31 mai, Grisebach présentera « Egyptian », une toile fascinante de 1942 réalisée par Max Beckmann, encore aujourd'hui sujette à de nombreuses interrogations…

Sans en avoir conscience, l’artiste Max Beckmann (1884-1950) enregistre dans son journal le 27 juillet 1942 les deux éléments clé qui vont lui inspirer l’une de ses œuvres les plus importantes : 1 : Une tête de femme. 2 : Eclairée par en dessous. Même si ce détail paraît dérisoire, il est fondamental pour étudier et comprendre le secret qui se cache derrière l’image.

La jeune femme peinte par Beckmann est dans un sens, l’archétype de la féminité. D’une part, elle lui est apparue en rêve. D’autre part, elle ressemble quelque peu à sa femme Quappi et enfin, elle semble émerger d’une autre époque de l’histoire. Plus particulièrement de l’Egypte Ancienne, une ère qui compte d’innombrables figures que l’on perçoit encore aujourd’hui comme symboles de beauté suprême.

Buste de Nefertiti, reine à la beauté mythique, image via The Spectator Buste de Nefertiti, reine à la beauté mythique, image via The Spectator

L' « Egyptian » illustrée sur la toile partage en effet quelques attraits avec les femmes de l’Égypte Ancienne : sa posture frontale, ses yeux perçants, ses cheveux noirs, sa coiffure même sa parure de bijoux sont autant d’éléments qui semblent venir de contrées lointaines, voire orientales.

Ce sont les visiteurs de l’atelier de Beckmann qui en voyant le sujet de l’œuvre, l’ont surnommé « Egyptian ». Un nom qui très naturellement, sera adopté par l'artiste lui-même.

Est-il donc fou de supposer que la jeune femme de Beckmann ait été une vraie personne ?

On trouve plusieurs similitudes avec Nimet Eloui Bey, Égyptienne à la beauté légendaire et aux traits digne des reines du Nil. Veuve d’Aziz Eloui Bey, elle hérite d'une vraie fortune à son décès et se remarie quelques temps plus tard avec le Prince Nicolas Meshchersky (en prenant tout de même Man Ray pour amant). Elle devient ainsi un personnage de la haute-société et un modèle de choix pour les artistes surréalistes de Paris. Si l’on compare son visage et son long nez à ceux peints par Beckmann, on peut penser que l’artiste en avait également fait sa muse.

Man Ray, Nimet Eloui Bey, 1935, image ©Paris, Centre Pompidou Man Ray, Nimet Eloui Bey, 1935, image ©Paris, Centre Pompidou

Le nom de la mythique Néfertiti se traduit par « la belle qui vient vers nous ». Peut-être une autre source d’inspiration pour Beckmann, qui dans son œuvre, dépeint une figure en mouvement. On ne sait d’où elle vient ni où elle va, mais l’Égyptienne semble en chemin, elle est d’ailleurs décentrée de la surface de la toile, comme si l’artiste l’avait capturée au passage. On s’imagine, si l’on prend en compte les notes du peintre dans son recueil, que la jeune femme tient une bougie dans sa main gauche pour s’éclairer dans les allées sombres d’une pyramide, le visage illuminé par endroits.

Georges de La Tour, « Maria Magdalena auprès d'une bougie », vers 1638-1640, image ©Los Angeles County Museum Georges de La Tour, « Maria Magdalena auprès d'une bougie », vers 1638-1640, image ©Los Angeles County Museum

Ce jeu malin de la lumière sur son visage et son cou joue un rôle central dans l’œuvre. Comme dans les peintures de Georges de La Tour, l’éclairage à la bougie (moins bien maîtrisé chez Beckmann) prend une dimension dramatique et nous donne l’impression que l’énigmatique femme peut disparaître dans l’obscurité en un instant. C’est ce conflit subliminal, d’une lumière si faible qu’elle ne tient qu’à un souffle, qui donne à « Egyptian » force et mystère.

Dissimulée dans une semi-pénombre, la femme nous transperce du regard et nous emporte dans les profondeurs de l’histoire. À ne pas manquer chez Grisebach le 31 mai.

Plus d'informations sur la vente sont à retrouver ici.

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