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La nouvelle vidéo du « power couple », qui compte déjà plus de 17 millions de vues seulement trois jours après sa diffusion, a pris les fans et le monde de l’art par surprise. Lors de leur concert londonien, les deux stars ont annoncé la sortie de leur nouvel album collaboratif intitulé Everthing is Love et publient dans la foulée le nouveau clip d’Apeshit (un terme en argot américain pour « colère »).

02-beyonce-jay-z-apeshit-the-carters-artwork-2018-billboard-1240 Scène devant « La Victoire de Samothrace », image via vidéo

Le clip a été tourné dans la plus grande discrétion pendant deux nuits de suite, les 31 mai et 1er juin. Le musée parisien a toujours été enclin à accueillir des tournages au sein de ses galeries (on se rappelle notamment du film Da Vinci Code ou du récent blockbuster Wonderwoman), et a donc accepté le projet présenté par le couple de la pop musique lors de leur dernière visite en mai dernier. S’accaparer les galeries du Louvre ainsi que la Cour Carré aurait coûté aux deux stars, selon les médias, près de 40 000 euros.

Scène de danse devant le « Sacre de Napoléon », image via vidéo. Scène de danse devant le « Sacre de Napoléon », image via vidéo.

Durant les six minutes d’Apeshit, on peut apercevoir les Carters (autre appellation du couple) s’afficher devant la Joconde, chanter devant la Victoire de Samothrace ou danser devant le Sacre de Napoléon. Des actes calculés, qui dévoilent au fil des scènes une dénonciation de la marginalisation des figures noires au sein d’un art majoritairement blanc. Ainsi, les plans rapprochés des Noces de Cana de Véronèse se concentrent sur les personnages noirs qui y sont illustrés, tandis que le portrait d’une femme noire peint par Marie-Guillemine Benoit apparaît plusieurs fois au fil de la vidéo.

Détail de la toile par Marie-Guille Détail de la toile par Marie-Guillemine Benoit, image via vidéo.

Sans idée apparente de condamner l’histoire, la déclaration de la chanteuse « I can’t believe we made it » (Je n’arrive pas à croire que nous ayons réussi) serait plus une façon d’affirmer l’égalité et la coexistence des deux cultures. Du côté de leur statut en revanche, il y a une nette affirmation de leur puissance et supériorité sur le reste de l’industrie. Les deux stars se présentent comme une élite presque intouchable qui, en s’accaparant le Louvre et en utilisant les chefs-d’œuvre qui y sont présents, affirment leurs goûts, talent, et bien entendu, leur immense fortune.

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Encore en 2017, le Louvre était le musée le plus visité au monde avec 8,1 millions de visiteurs. Autant dire que le mythe parisien n’est pas dans un besoin désespéré de visibilité supplémentaire. Y a-t-il un risque avec une vidéo comme Apeshit, que l’art soit abaissé au rang de simple tendance et génère un enthousiasme faussé par la « cool attitude » des deux icônes du hip-hop ? Comme plusieurs médias l’ont déjà déclaré, certains verraient ici une opportunité d’apporter une « nouvelle visibilité à l’art et d’attirer les jeunes générations dans les musées ». Ce qui nous laisse malheureusement entendre que beaucoup seraient trop incultes pour comprendre l’art et qu'Apeshit serait le parfait intermédiaire pour introduire le jeune public aux collections d'œuvres classiques comme celle du Louvre.

Eugène Delacroix, peinture centrale de la galerie d'Apollon Eugène Delacroix, peinture centrale de la galerie d'Apollon

On aperçoit aussi des articles donnant un « Guided Tour », ou visite guidée, de l’art vu dans Apeshit. Les médias pensent-ils que le public soit si ignorant qu’il ne puisse s’intéresser à l’art que par le biais d’un vidéoclip de hip-hop ?

Pour rejoindre les propos de la Tribune de l’art, qui qualifie le phénomène comme un « non-sujet », il n’y a rien de scandaleux dans la location du Louvre pour la réalisation d’un clip, les tournages au sein des galeries étant très fréquents, nul besoin de s’alarmer quant à leur démarche, et libre à eux de transmettre leur message comme bon leur semble. Même si la chanson est quelque peu médiocre et que les propos des chanteurs sont parfois vulgaires, le réalisateur parvient à conférer à la vidéo une esthétique et une atmosphère intéressantes.

Le Louvre à approuvé le projet en certifiant que le couple a démontré un vrai intérêt pour l’art et les œuvres exposées. Jay-Z est également connu pour avoir une collection d'art assez conséquente allant de Basquiat à Ed Ruscha et fait régulièrement référence aux plus grands artistes dans ses chansons.

Beyoncé et Jay-Z au Louvre lors d'une précédente visite, image via Pinterest. Beyoncé et Jay-Z au Louvre lors d'une précédente visite, image via Pinterest.

Que l’on approuve ou pas, Beyoncé et Jay-Z ont certainement réussi leur pari : mettre le monde en ébullition et faire polémique tout en soulevant des questions sociales, raciales et bien entendu, de faire parler de l’empire Carter pendant encore un bon moment.

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