Née en 1930 à Neuilly-sur-Seine, Niki de Saint-Phalle grandit en France puis aux États-Unis. Issue d’une famille de la noblesse française, elle devient mannequin en 1948 et pose pour Vogue ou Life. En 1949, elle épouse Harry Mathews, avec qui elle aura deux enfants.

Niki de Saint-Phalle en couverture de Vogue, image via Pinterest Niki de Saint-Phalle en couverture de Vogue, image via Pinterest

Son parcours lisse en apparence dissimule un traumatisme d’enfance révélé sur le tard (un viol par son père). Déstabilisée, Saint-Phalle est internée en 1953 à l’âge de 22 ans. C’est dans l’univer psychiatrique qu’elle commence à peindre en autodidacte. À sa sortie, elle visite le parc Güell-Gaudi à Barcelone, qui la marque fortement. En 1961, elle divorce d’Harry Mathews et entame une relation amoureuse avec l’artiste Jean Tinguely. Tous deux créeront ensemble de nombreuses œuvres. En 1960, elle est l’unique femme signataire du Manifeste du Nouveau Réalisme (1960).

Jean Tinguely and Niki de Saint Phalle, Paris, 1966, ©Museum Tinguely Jean Tinguely and Niki de Saint Phalle, Paris, 1966, ©Museum Tinguely

Dès 1961, elle inaugure la série des Tirs. Sur des tableaux posés à la verticale sont disposées des figures composées de plâtre, d’encre, de plastique ou de légumes. Le premier shota lieu impasse Ronsin, dans l’atelier de Tinguely. Entre destruction et création, Saint-Phalle tire sur tout ce qui bouge. Ici, une Cathédrale rouge ou un Autel OAS, en référence à la guerre d’Algérie. Là, un vaste imbroglio de figures intitulé King Kong stigmatisant la prolifération des armes nucléaires. Les effigies des présidents américains et celle de Charles de Gaulle en prennent pour leur grade.

Niki de Saint-Phalle, Grand Tir - Séance de la Galerie J, (détail), image via Haus der Kunst
Niki de Saint-Phalle, Grand Tir - Séance de la Galerie J, (détail), image via Haus der Kunst

L’artiste fait saigner les œuvres en peinture. Certaines séances sont dédiées à ses proches (Hommage à Robert Rauschenberg), d’autres effectuées par Tinguely. La violence artistique est libératoire, mais elle cache aussi une blessure. La série des tirs provient en effet d’une œuvre cathartique incarnant la figure masculine, Hors-d’œuvre ou Portrait of my lover ou Portrait of myself (1961).

En 1962, Niki de Saint-Phalle expose au MoMA de New-York avec les Nouveaux Réalistes. Elle conçoit les séries des Accouchementset des Mariées, préludes inconscients à la série des Nanas. Au départ, celles-ci sont des femmes monstrueuses, amas de chair informe et dégoûtant (Lucrezia, 1964). La plastique masculine ne s’en sort pas mieux (La Mort du patriarche, 1972).

Niki de Saint-Phalle, La mariée (Eva Maria), image
©Niki Charitable Art Foundation, ©Adagp Niki de Saint-Phalle, La mariée (Eva Maria), image ©Niki Charitable Art Foundation, ©Adagp

Saint-Phalle dissimule bientôt cette monstruosité sous une enveloppe de polyester multicolore. Hon/Elle (1966), exposée au Moderna Museet de Stockholm, se présente comme une gigantesque nana couchée, jambes écartées, dans laquelle on pénètre par le sexe. La sculpture est éphémère, mais elle est ensuite décuplée sous d’innombrables formes (Gwendoline, 1966). Assimilées à un fantasme matriarcal, les nanas s’animent le temps d’un ballet dirigé par Roland Petit (Éloge de la folie, 1966).

Du point de vue psychologique, ces œuvres ne sont pas moins une illustration du regard stéréotypé que jetterait hypothétiquement la société phallocratique sur des femmes dénudées. Le corps-objets apparaît soudain vidé de toute substance ontologique : il se résume à une poitrine opulente, à un fessier surdimensionné… Et à une petite tête.

Niki de Saint-Phalle, Gwendolyn, 1966-90, image via Pinterest
Niki de Saint-Phalle, Gwendolyn, 1966-90, image via Pinterest

Faut-il vraiment y voir un symbole ? Lequel ? L’esprit farcesque qui anime l’œuvre de Niki de Saint-Phalle constitue le lien le plus direct avec les structures non moins dérisoires de Jean Tinguely. Les monstres inoffensifs des deux artistes s’affrontent en 1967 à Montréal, à l’occasion d’une mise en scène épique (Le Paradis Fantastique).

Dès 1978, Saint-Phalle se lance dans la construction du Jardin des Tarotsen Toscane. Dans le cadre idyllique de la campagne italienne s’élèvent de gigantesques figures, comme une ode poétique célébrant l’union de l’art et de la nature. On y trouve des figures totémiques (La Papesse), symboliques (L’Arbre de vie) ou religieuses (La Tour de Babel).

Le Jardin des Tarots, image via Francetv Éducation Le Jardin des Tarots, image via Francetv Éducation

Un bestiaire imaginaire se déploie un peu partout, relevant du médiéval, de l’asiatique ou du moderne. On le retrouve à Paris à la Fontaine Stravinsky (1983), au pied du centre Georges Pompidou. Les structures s’y balancent paisiblement, semblables à des mobiles de Calder.

La sculptrice réalise par ailleurs de nombreuses commandes publiques à Jérusalem (Le Golem, 1972), en Belgique (Dragon de Knokke, 1975), en France (L’Arbre aux serpents, 1992) ou en Californie (Queen Califia’s Magical Circle, 2003). Durant les dernières années, elle inaugure de nouvelles séries. Les Skinnies constituent un contrepoint filiforme aux nanas opulentes des années 1970.

L'oiseau amoureux (soleil), 1990, image ©Christie’s 
L'oiseau amoureux (soleil), 1990, image ©Christie’s

Niki de Saint-Phalle s’éteint à San Diego en 2002. Du fait de la monumentalité de ses œuvres, ses créations iconiques se trouvent dans la nature, loin des salles de ventes. Des sculptures sont toutefois proposées, de temps à autres. En 2011, L’Oiseau amoureux (1990) est parti pour 151 000 euros (chez Christie’s Paris). On trouve aussi des Nanas au format réduit pour quelques milliers d’euros. Un objet de décoration idéal pour égayer un intérieur moderne et raffiné.

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