Née au Liban en 1952, vivant en Angleterre, Mona Hatoum prend racine dans les endroits où elle se trouve, scrute et prend corps avec tout nouveau lieu étranger. Elle est chez elle partout, elle n'est chez elle nulle-part. En résulte une tension omniprésente dans ses oeuvres, un constant combat entre destruction espoir, mort et renouveau.

Ethno-centrés nous sommes, pétris de contradictions nous restons. Comme une carte en relief mettant à jour les véritables proportions des terres immergées - immense et longiligne Afrique ! -, la vie est toute relative, et par là-même, d'une inestimable valeur. Mêlant berceaux en verre, cages de fer, ampoules et tapis d'Orient, les structures de Mona Hatoum déstructurent les éléments de notre quotidien pour mieux mettre à jour leur étrange absurdité et vacuité certaine. Les vidéos et photographies imposent leurs pulsations lancinantes.

La mappemonde en billes de cristal reflètent mille reflets nuancés, splendides dans leur imperfection. Les vibrations du sol pouvant rompre ce fragile équilibre, l'installation fascine et émeut par sa fragilité.

Chaque oeuvre naît d'une arrière-pensée, bâtie à force d'instabilités, de conflits, de terres morcelées, de situations multiculturelles, de villes dans les villes. Le spectateur peut avoir sa propre interprétation des travaux de Mona, détectant les limites du dégoût, avec appréhension et hésitation.

Minimalisme, surréalisme, art cinétique et conceptuel : tout s'entrechoque, croise nos destins, de manière volontairement grotesque et désincarnée. Comme la série des trois Static Portraits : les cheveux dressés sur la tête, nous assistons à la décrépitude du monde, le bruit des générateurs électriques agitant nos sommeils sans rêves.