Détail d'une commode André-Charles Boulle, image ©The MET Museum Détail d'une commode André-Charles Boulle, image ©The MET Museum

Le début du 18e siècle était encore fortement influencé par la splendeur baroque, conçue et imaginée pour le Roi Soleil et le château de Versailles. Son style opulent et chargé est repris par tous les souverains absolutistes de l’époque et se répand au-delà des frontières de l’Hexagone.

Du milieu du 17e siècle jusqu’à la fin du 18e siècle, chaque roi de France donnait son nom aux styles d'ébénisterie qui émergeaient : on leur connaît donc le mobilier Louis XIV (1643-1715), Louis XV (1715-74) et Louis XVI (1774- 92). Comme Louis XV n'avait que cinq ans à la mort de son arrière-grand-père, et que tous les autres membres de la famille royale avaient été décimés par la variole, le duc d'Orléans a pris le titre de régent, attribuant à l’époque (1715-23) une deuxième appellation, « Régence ».

Gauche : AC Boulle, table, vers 1685, image ©Christie’s / Droite : B. I van Risenburgh (attribué), bureau, vers 1710-1715, image ©Sotheby’s Gauche : AC Boulle, table, vers 1685, image ©Christie’s / Droite : B. I van Risenburgh (attribué), bureau, vers 1710-1715, image ©Sotheby’s

Tout commence avec André-Charles Boulle (1642-1732), l’ébéniste le plus remarquable de son temps, à qui l’on doit notamment la technique de la marqueterie, une influence majeure pour la production et stylisation de meubles au cours du 18e siècle. La caractéristique la plus importante de son œuvre repose dans la valeur des matériaux utilisés, comme l'écaille de tortue rouge, que Boulle combinait fréquemment avec des décorations en or.

Cependant, à la fin du règne de Louis XIV, Versailles avait grandement perdu de sa superbe. La seconde épouse (officieuse) du roi, Mme de Maintenon, lui avait imposé ses idéaux religieux et stricts, et avait transformé le gigantesque château en un catafalque morne et froid.

E. Doirat, commode, vers 1725, image ©Christie’s E. Doirat, commode, vers 1725, image ©Christie’s

Paris devient rapidement le centre le plus important de l'ébénisterie, les artisans y développent un style basé sur le baroque, mais qui tends vers davantage de raffinement : le rococo. Le mot Rococo est une association du mot français « rocaille » et du terme portugais « barroco ». L’appellation désigne un style décoratif tiré de la nature, des roches et des pierres naturelles, ainsi que de la forme incurvée de certains coquillages.

Gauche : B. II van Risenburgh, bureau « en vernis Martin » vernis, 1750-1755, image ©Koller / Droite : N. Heurtaut, fauteuils « à la Reine », 1755-1760, image ©Christie’s Gauche : B. II van Risenburgh, bureau « en vernis Martin » vernis, 1750-1755, image ©Koller / Droite : N. Heurtaut, fauteuils « à la Reine », 1755-1760, image ©Christie’s

Comme la marqueterie et les incrustations, l’utilisation de la rocaille est perçue comme une véritable innovation qui a déterminé la conception du mobilier des décennies suivantes, notamment sous le règne de Louis XV. Il existe néanmoins plusieurs facteurs ont contribué à l’évolution des penchants décoratifs du siècle des Lumières, comme le goût pour l’extravagance, l’exotisme, ainsi que l'accroissement du commerce des objets d'art : la Chinoiserie. Le terme fait référence aux décorations chinoises et japonaises, qui se sont rapidement immiscées dans l'art européen.

La base de cette nouvelle tendance reposait sur la porcelaine et les panneaux chinois importés en France depuis la Chine. Ce sont les Marchand-Merciers, basés à Paris, qui ont influencé de manière décisive l'évolution du style à partir du 18e siècle, en assurant la diffusion du style et la médiation des marchandises aux meilleurs ébénistes.

Gauche : pot-pourri en porcelaine chinoise avec monture française en bronze doré, XVIIIe siècle, image ©Koller / Droite : paire de vase en porcelaine de céladon chinois avec monture française en bronze doré, image ©Christie’s Gauche : pot-pourri en porcelaine chinoise avec monture française en bronze doré, XVIIIe siècle, image ©Koller / Droite : paire de vase en porcelaine de céladon chinois avec monture française en bronze doré, image ©Christie’s

Alors que la porcelaine d'Extrême-Orient, qui jouissait encore d'une grande popularité malgré celle produite en Europe, était combinée sur le mobilier à des jauges en bronze doré, les ébénistes ont démocratisé l’usage des panneaux de laque, dont ils se servaient pour décorer les secrétaires et les commodes. Ces ingénieuses créations laquées sont rapidement devenues les meubles les plus populaires, mais aussi les plus chers de leur époque.

Gauche : J. Dubois, commode laquée, vers 1750, image ©Koller / Droite : J. Dubois, une commode laquée, vers 1745, image ©Sotheby’s Gauche : J. Dubois, commode laquée, vers 1750, image ©Koller / Droite : J. Dubois, commode laquée, vers 1745, image ©Sotheby’s

« Goût chinois » ou « goût japonais » étaient les styles imprégnés d’éléments d'Extrême-Orient. Les meubles qui bénéficiaient d’incrustations et de marqueteries complexes étaient généralement de très haute qualité. Les incrustations, fusionnant des motifs géométriques, des ornements ou des paysages entiers, étaient habituellement faits de divers bois exotiques ou d'autres matériaux, comme les métaux, les os et la nacre. Alors que les parties individuelles d'une incrustation sont appliquées directement sur la surface du meuble en bois, l'image d'une marqueterie est conçue séparément, avant d’être transférée dans son ensemble sur le meuble.

Parmi les nombreux ébénistes talentueux de l’époque, on compte les maîtres Abraham et David Roentgen, Bernard II van Risenburghs, Martin Carlin, ainsi que Jean-François Oeben et son élève Jean-Henri Riesener. Ces deux derniers, Oeben et Riesener, ont imaginé l'une des pièces les plus importantes du mobilier de style Louis XV : le Bureau du Roi, ou Secrétaire à cylindre Louis XV, qui peut encore être vu à Versailles aujourd'hui. La préparation de ce bureau décoré en marqueterie a duré près de dix ans.

Gauche : JH Riesener / J. F. Oeben, secrétaire, vers 1763-1768, image ©Christie’s / Droite : M. Carlin, commode avec un décor de porcelaine de Sèvres, 1776, image ©Christie Gauche : JH Riesener / J. F. Oeben, secrétaire, vers 1763-1768, image ©Christie’s / Droite : M. Carlin, commode avec un décor de porcelaine de Sèvres, 1776, image ©Christie

Vers la fin du règne de Louis XV, les penchants stylistiques de ses contemporains ont progressivement changé. Les goûts « chinois » et « japonais » ont été rejoints par le « goût à la grecque », un style inspiré de l'art de la Grèce antique, qui aboutira au classicisme et au style Empire du début du 19e siècle.

Gauche : David Roentgen, bureau, vers 1776-1779, image ©Christie’s / Droite : F. Foliot, bergère, 1780-1781, image ©Christie’s Gauche : David Roentgen, bureau, vers 1776-1779, image ©Christie’s / Droite : F. Foliot, bergère, 1780-1781, image ©Christie’s

Cependant, au début, les éléments des styles chinois et grecs se sont mélangés, résultant en ce qui était décrit comme le « style transitionnel », un concept qui a dominé une grande partie de l’époque de Louis XVI, dans le dernier tiers du 18e siècle.

Gauche : JH Riesener, commode, 1778, image ©Christie’s / Droite : N. Petit, secrétaire « à abattant » à 1775-1780, image ©Koller Gauche : JH Riesener, commode, 1778, image ©Christie’s / Droite : N. Petit, secrétaire « à abattant » à 1775-1780, image ©Koller

À ce stade, les tendances décoratives n’étaient plus nécessairement nommées d’après les monarques assis sur le trône, mais plutôt d’après les dames à leurs côtés. La célèbre maîtresse du roi, Mme de Pompadour, qui a fait la promotion de l'artisanat à grande échelle, était une représentante du style rococo de Louis XV, qui a aussi fondé la Manufacture royale de porcelaine à Sèvres. Et au lieu du nom du dernier roi de l'Ancien Régime, Louis XVI, le style de l’époque a hérité du nom de sa femme, Marie-Antoinette, l'une des meilleures clientes des menuisiers de Paris.

A. Weisweiler / P. P. Thomire, commode laquée et secrétaire, fin du XVIIIe siècle, image ©Sotheby’s A. Weisweiler / P. P. Thomire, commode laquée et secrétaire, fin du XVIIIe siècle, image ©Sotheby’s

À la fin du dix-huitième siècle, la monarchie en France prend fin, et avec elle, les fioritures décoratives du rococo. En 1784, Jacques-Louis David inaugure l’arrivée triomphale du classicisme avec son tableau « Le serment des Horaces ». Au cours de la Révolution française, qui célébrait les idéaux d'une démocratie grecque, cette tendance s'est poursuivie. Les années suivantes appelées « Directoire » (1795-1799) ont servi de pilier pour les dispositifs stylistiques formateurs du classicisme.

Gauche : A. Weisweiler / P. P. Thomire, bureau, fin du XVIIIe siècle, image ©Christie’s / Droite : fauteuil du Directoire, fin du 18ème siècle, image ©Christie’s Gauche : A. Weisweiler / P. P. Thomire, bureau, fin du XVIIIe siècle, image ©Christie’s / Droite : fauteuil du Directoire, fin du 18ème siècle, image ©Christie’s

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