L’un des 4 pianos « La Mort du Cygne » de Louis Majorelle est annoncé à la vente

Figure de proue de l’École de Nancy et ébéniste de génie, Louis Majorelle a signé les pièces de mobilier les plus emblématiques de l’Art Nouveau. L’un des quatre pianos marquetés sur le thème de « La Mort du Cygne », créé en collaboration avec Victor Prouvé, sera présenté chez Tajan le 16 mai prochain. 

L’un des 4 pianos « La Mort du Cygne » de Louis Majorelle est annoncé à la vente

Bien qu’il se destinait à la peinture et à la sculpture, Louis Majorelle s’est imposé comme l’un des plus grands « sculpteurs de meubles » de l’histoire, après avoir repris l’ébénisterie familiale à la mort de son père, à la fin des années 1870.

Très vite, et à l’opposé de ses contemporains, Majorelle privilégie la forme au décor, réalisant des meubles en bois aux formes sobres et épurées. Ses créations sont robustes, mais allégées par des courbes, des montants en arc ouverts, et sont parfois soulignées de bronzes sinueux qui viennent épouser la cambrure de leur structure. Majorelle signe des meubles d’une qualité rare, qui incarnent le luxe de l’Art Nouveau, puisant leurs décors dans la nature, et où les jeux de marqueterie prennent un rôle purement ornemental. 

Louis Majorelle et Victor Prouvé, La Mort du Cygne, 1903, piano 1/2 queue, image © Tajan
Louis Majorelle et Victor Prouvé, La Mort du Cygne, 1903, piano 1/2 queue, image © Tajan

Fort de son succès à l’Exposition Universelle de 1900, Majorelle dévoile, au Salon de la Société des Beaux-Arts de 1904, un piano demi-queue en bois sculpté marqueté par le peintre nancéien Victor Prouvé sous le thème de La Mort du Cygne, une œuvre dont la présence est très remarquée. À la fin du XIXe siècle, la figure du gracieux volatile blanc est très présente dans les arts et transcende les disciplines, apparaissant à la fois dans la poésie de Baudelaire, dans les compositions musicales de Tchaïkovski ou dans les œuvres des artistes de l’École de Nancy.  

La scène présentée sur le piano aurait été inspirée de l’opéra Parsifal, composé par Richard Wagner en 1882, où le chevalier Parsifal abat un cygne, un animal alors considéré comme sacré. 

Louis Majorelle et Victor Prouvé, La Mort du Cygne, 1903, piano 1/2 queue, image © Tajan
Louis Majorelle et Victor Prouvé, La Mort du Cygne, 1903, piano 1/2 queue, image © Tajan

Emblématique du style Art Nouveau par la puissance de ses lignes, ce piano doté du mécanisme Erard était à l’origine destiné à la pièce centrale d’un grand salon accueillant des réunions musicales. Afin de rendre justice à l’importance de cette œuvre, Majorelle a fait appel à Victor Prouvé, figure majeure de l’École de Nancy, dont il prend la tête en 1904 à la mort d’Émile Gallé, pour réaliser le décor virtuose de La Mort du Cygne. La thématique, qui peut paraître tragique, fait en réalité référence aux poésies soulignant que c’est à l’instant précis de sa mort que le cygne émet son chant paroxystique, un chant si mélodieux qu’il a été voué au dieu de la musique Apollon dans la mythologie grecque . 

Le piano qui sera présenté à la vente chez Tajan le 16 mai prochain est l’un des quatre seuls exemplaires de La Mort du Cygne connus à ce jour. Le premier est conservé dans les collections du Virginia Fine Art Museum, le deuxième, commandé par Eugène Corbin, est exposé au Musée de l’École de Nancy, le troisième, non signé, est non localisé, et enfin celui de la vente à été commandé par Charles-Auguste Masson. 

Louis Majorelle, Bureau aux Nénuphars en acajou et bronze, c. 1900-03, image © Tajan
Louis Majorelle, Bureau aux Nénuphars en acajou et bronze, c. 1900-03, image © Tajan

Eugène Corbin et Charles-Auguste Masson étaient des commerçants nancéiens avisés qui ont, tout au long de leur vie, soutenu les artistes de l’École de Nancy par des commandes régulières, et de manière posthume, en contribuant à l’enrichissement de la collection du musée de l’École de Nancy. 

Plusieurs exemplaires de meubles dits « aux nénuphars » de Louis Majorelle ponctueront cette vente, comme un bureau aux Nénuphars de 1900-1903, témoin d’un abandon de la marqueterie florale au profit de la ligne. Le meuble, soutenu par de longues tiges ascendantes, confère une impression de dynamisme, tandis que ses courbes sont accentuées par des bronzes dorés aux nénuphars. 

Louis Majorelle et Daum Nancy, lustre végétal à structure en bronze doré, image © Tajan
Louis Majorelle et Daum Nancy, lustre végétal à structure en bronze doré, image © Tajan

Ferronnier à ses heures perdues, Majorelle s’est également attaqué au domaine du luminaire. Résultat de sa collaboration avec Daum Nancy, ce lustre végétal est l’incarnation d’une période où les innovations techniques ont été mises au service de l’art, donnant naissance à l’esthétique de l’École de Nancy. Les mouvements de torsion virtuoses du bronze témoignent d’une recherche de modernité, et les lignes courbes expriment le rapport à la nature propre à l’Art Nouveau. 

Le catalogue de la vente met à l’honneur les créations de Majorelle, d’Émile Gallé, de Daum Nancy, mais aussi des représentants des Arts décoratifs du XXe siècle, tels que Louis Comfort Tiffany, Jean Royère ou encore Paul Dupré-Lafon. À retrouver le 16 mai prochain à l'Espace Tajan.

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