L’ukiyo-e, extraordinaires « images du monde flottant »

L'ukiyo-e, un mouvement phare de l’époque Edo valorisant des sujets issus de la vie quotidienne et de la bourgeoisie, s'est épanoui au Japon pendant plus de deux siècles, au point de définir l'esthétique artistique de l’archipel nippon. 

L’ukiyo-e, extraordinaires « images du monde flottant »

L'ukiyo-e est l’un des mouvements majeurs de l’histoire de l’art japonais, le terme qui se traduit par « images du monde flottant ». Ces peintures populaires et estampes sur bois prenaient principalement pour thèmes les centres d’intérêt de la bourgeoisie nippone, c’est-à-dire les belles femmes, les courtisanes, les sumos, le théâtre kabuki ou encore les scènes érotiques. L’émergence de l’ukiyo-e était en corrélation avec les mutations de la société de l’époque, qui sous la nouvelle autorité du shogunat Tokugawa (gouvernement militaire), connaît une ère de paix et voit l’arrivée d’une bourgeoisie urbaine et marchande, au détriment de l’influence de l’aristocratie militaire des daimyos (titre de noblesse). 

Empereur Sanjo à la retraite, Katsukawa Shunsho, 1775, vendu pour 90 euros
Empereur Sanjo à la retraite, Katsukawa Shunsho, 1775, vendu pour 90 euros

Fort de cette nouvelle vague de prospérité, le shogunat Tokugawa réorganise la société japonaise en quatre classes dès 1603. La classe guerrière (samouraï) est au sommet, tandis que les marchands (machishu) se trouvent en bas de la chaîne. Le gouvernement de Tokugawa était caractérisé par ses cinq organes (le grand ancien, deux conseils, un censorat, et des gouverneurs civils), une unité militaire d’élite et une économie florissante. Chacune des quatre classes sociales était assignée à son propre quartier d’Edo, et l’épanouissement de la zone commerçante s’est traduit par l’ouverture de maisons closes, de théâtres, de salons de thé et des combats de sumo.

« 7h : séance de maquillage », tiré de la série « Les 24 heures parodiées », Toyohara Kunichika. 1890, vendu pour 45 euros
« 7h : séance de maquillage », tiré de la série « Les 24 heures parodiées », Toyohara Kunichika. 1890, vendu pour 45 euros

« Monde flottant » ou (ukiyo) était le terme utilisé pour définir cette nouvelle société, le bouillonnement de la vie urbaine des années 1600, mais aussi l’émergence d’une nouvelle forme d’art. Bien que la classe marchande ait été cataloguée comme inférieure par le gouvernement, ses membres étaient pourtant très fortunés et désiraient afficher leur réussite en collectionnant des œuvres d'art, et en fréquentant des théâtres ou des salons de thé. Les premières réalisations de l’art ukiyo-e ont introduit les éléments plastiques qui ont ensuite défini le mouvement : des contours nets, des couleurs délicates, des thèmes urbains, et une préférence pour des supports peu coûteux, comme le papier et les rouleaux. En somme, des caractéristiques à l’opposé des peintures de l’aristocratique Kanō (prestigieuse école d’art et de musique japonaise).

Acteurs Kabuki, Toyohara Yoshu Chikanobu, 1879, vendu pour 65 euros
Acteurs Kabuki, Toyohara Yoshu Chikanobu, 1879, vendu pour 65 euros

Au début du XVIIIe siècle, Okumura Masanobu, figure notoire du mouvement, popularise l’ukiyo-e grâce à ses estampes en couleur. Les courtisanes, les guerriers et les acteurs kabuki comptaient parmi ses thèmes de prédilection. Le kabuki est le théâtre japonais du début des années 1600, qui se caractérise par des acteurs au maquillage exagéré, des costumes élaborés et des intrigues inaccoutumées. À la fin du XVIIIe siècle, l’artiste Suzuki Harunobu introduit le nishiki-e, une étape technique de la mise en couleur des estampes japonaise, popularisée dans un premier temps à travers les e-goyomi (« estampes-calendriers »).

Feuilles d'érable rouge à Kaian-ji Tempel, Utagawa Hiroshige, 1847-52, vendu pour 110 euros
Feuilles d'érable rouge à Kaian-ji Tempel, Utagawa Hiroshige, 1847-52, vendu pour 110 euros

 Au XIXe siècle, l'ukiyo-e s’aligne avec les réformes insufflées par l’ère Tenpo, qui critique l'hédonisme et le luxe, au profit des représentations de la flore et de la faune. C'est alors que Hokusai réalise La grande vague de Kanagawa (v. 1829-1833), l'œuvre la plus célèbre dans sa série 36 vues du Mont Fuji. Hokusai est l'un des artistes ukiyo-e les plus reconnus, son travail démonte une nette transition dans le choix des thèmes, allant des loisirs de la haute bourgeoisie à la vie quotidienne des agriculteurs et des paysages naturels.

La grande vague de Kanagawa, Katsushika Hokusai, 1829-33, vendu pour 370 euros
La grande vague de Kanagawa, Katsushika Hokusai, 1829-33, vendu pour 370 euros

Hokusai était l'un des grands maîtres de l'ukiyo-e avec Hiroshige, célèbre pour ses paysages et ses séries de voyages. Alors qu’Hokusai tendait vers des représentations plus réalistes avec un style aux contours nets et aux couleurs riches, Hiroshige se focalisait davantage sur la création d'atmosphères douces et oniriques avec une palette de couleurs moins saturée.

Île de Tsukuda dans la province de Musashi, Katsushika Hokusai. 1830-32, vendu pour 112 euros
Île de Tsukuda dans la province de Musashi, Katsushika Hokusai. 1830-32, vendu pour 112 euros

Au milieu des années 1800, le mouvement subit un changement radical, du notamment à la mort des deux maîtres ukiyo-e, et à la réforme de l’empereur Meiji, qui tend vers une occidentalisation et une industrialisation rapide de l’archipel. À la fin du siècle, l'ukiyo-e était déjà considéré comme archaïque.

Pont Meguro, Utagawa Hiroshige. 1857, vendu pour 1 760 euros
Pont Meguro, Utagawa Hiroshige. 1857, vendu pour 1 760 euros

Alors que l'ukiyo-e commence à décliner au Japon, il gagne en popularité à l’internationale. Le « japonisme » se repend en Occident et s’infiltre dans le vocabulaire plastique des grands artistes du siècle, comme Van Gogh, Manet ou Degas, qui, en plus des aplats de couleur et des contours accentués, iront même jusqu’à adopter des éléments issus de la calligraphie japonaise.

Vagues du matin, Kasamatsu Shiro, 1956, vendu pour 280 euros
Vagues du matin, Kasamatsu Shiro, 1956, vendu pour 280 euros

L’ukiyo-e est un mouvement fascinant en étroite corrélation avec l’évolution des mœurs japonaises, qui constitue l'un des styles les plus distincts et les plus influents de l’histoire de l’art nippon à ce jour. 

Tous les lots illustrés dans cet article ont été vendus par la plateforme en ligne Catawiki, lors d’une vente aux enchères comportant plus de 100 gravures d'ukiyo-e du XVIIe au XXe siècle.  

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