L'histoire est digne d'un roman policier. Tout débute en 1990, lorsque la société Aristophil est créée à Nice, puis basée à Villeneuve-Loubet et Paris. L'entreprise, fondée et dirigée par Gérard Lhéritier, proposait aux épargnants de devenir propriétaires de manuscrits, que la société pouvait racheter au bout de 5 ans, avec un prix majoré de 8,5 %.

Gérard Lhéritier, président fondateur d'Aristophil, exhibe le contrat de mariage de Napoléon et Joséphine, en septembre 2014 Image: Franck Fernandes Gérard Lhéritier, président fondateur d'Aristophil, exhibe le contrat de mariage de Napoléon et Joséphine, en septembre 2014
Image: Franck Fernandes

Pendant plusieurs années, cet autodidacte de 67 ans, également à la tête du musée des Lettres et Manuscrits, a fait souffler un vent de folie sur un milieu discret et tranquille.

En présentant les livres et manuscrits anciens comme des valeurs de placement, Gérard Lhéritier a crée une bulle spéculative sans précédent. Par des enchères très médiatisées, il donne soudain une grande visibilité à un marché considéré comme une niche. En 2008 par exemple, il achète chez Sotheby's le Manifeste du surréalisme d'André Breton pour la somme record de 3,6 millions d'euros; en 2009 il acquiert pour 2 millions la Déclaration à tous les Français, écrit par Louis XVI à la veille de sa fuite à Varennes.

Gérard Lhéritier présente une page du "testament politique"de Louis XVI, le 20 mai 2009 Image via tempsreel.nouvelobs.com Gérard Lhéritier présente une page du "testament politique"de Louis XVI, le 20 mai 2009
Image via tempsreel.nouvelobs.com

"De 3 000 à 5 000 collectionneurs, on est passés soudain à plus de 120 000. (...) Gérard Lhéritier a créé une bulle spéculative qui a mis hors jeu les anciens amateurs et fait entrer d'un coup 118 000 petits investisseurs, créant un nouveau marché en un temps record et avec un talent incontestable." estime Anne Lamort, présidente du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (Slam).

Le logo de l'entreprise Aristophil Le logo de l'entreprise Aristophil

En février 2015, Aristophil a été placé en redressement judiciaire. Le 15 mars 2015, Gérard Lhéritier, sa fille (expert-comptable de la société) et un marchand d'art ont été mis en examen. La quasi-totalité des 65 salariés de l'entreprise vient d'être licenciée et l'hôtel de La Salle, siège d'Aristophil, acheté en 2013 par Gérard Lhéritier pour 28,5 millions d'euros, a été mis en vente.

La chute d'Aristophil et de son médiatique créateur était annoncée. Dès 2003, l'l'Autorité des marchés financiers (AMF) avait saisi le parquet et avait mis avait mis en garde les investisseurs contre "les offres aux rendements annoncés flatteurs" dans les "secteurs de niche", comme celui des "lettres et manuscrits".

Gérard Lhéritier avait obtenu une relaxe en 2006, au motif que les investissements proposés par Aristophil n'étaient pas des "placements financiers" au sens strict. Aujourd'hui, l'étau s'est resserré et les épargnants victimes de la fraude risquent bien de ne jamais récupérer leurs mises...

Source: challenges.fr

Commentaires