Un collier de diamants orné d’une émeraude à la provenance exceptionnelle sera l’un des lots stars de la vente genevoise de Christie’s, prévue pour le 15 mai prochain. Cette émeraude, qui était à l’origine taillée dans une forme rectangulaire et pesait 107 carats, a fait partie de la collection de Catherine II (dite La Grande), impératrice de Russie pendant 34 ans, de 1762 à 1796.

Originaire d’une famille princière prussienne, Augusta d'Anhalt-Zerbst prend le nom de Catherine lorsqu’elle se convertit à l’orthodoxie et se fiance à Pierre III, l’héritier du trône de Russie, en 1745. Devenu empereur en janvier 1761, Pierre III mène une politique pro-prussienne en s’alliant avec le roi de Prusse Frederic II, aliénant la noblesse et les factions militaires russes, ce que lui vaudra une grande impopularité auprès des élites, contrairement à sa charmante épouse.  

Portrait de Catherine II par Fiodor Rokotov (1763), image via Radio-Canada Portrait de Catherine II par Fiodor Rokotov (1763), image via Radio-Canada

En juin 1762, la garde impériale prête serment à Catherine, qui force son époux à abdiquer, et s’assoit d’elle-même sur le trône. Elle est couronnée impératrice un mois plus tard, tandis que Pierre III est arrêté et exécuté. Au pouvoir pendant près de 34 ans, Catherine II a, dès le début de son règne, fortement modernisé et élargi les frontières de l'empire, qui entre dans ce qui est aujourd’hui considéré comme l’Âge d’or russe. Grande amatrice d’art et de culture, la souveraine a fondé le musée de l'Ermitage en 1764, aujourd’hui situé dans le Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg.

Musée de l'Ermitage, fondé en 1764 pour abriter la collection d'art de Catherine la Grande, image © Hunter et Bligh Musée de l'Ermitage, fondé en 1764 pour abriter la collection d'art de Catherine la Grande, image © Hunter et Bligh

Après la mort de Catherine en 1796, son émeraude entre en possession de son fils aîné, Paul III, empereur de 1797 à 1801, jusqu'à son assassinat à l'âge de 46 ans. Le joyau a poursuivi sa route au sein de la famille royale, passant de Paul III à son fils, le tsar Nicolas, puis à son fils, le tsar Alexandre II. Ce dernier offre l’émeraude comme cadeau de mariage à la duchesse Marie de Mecklenburg-Schwerin, lors de son union avec son héritier, le grand-duc Vladimir, en 1874.

La duchesse Marie portant l’émeraude lors d’un bal costumé en 1903 au Palais d’Hiver, à l’occasion des 290 ans de la dynastie des Romanov, image via Joaillerie Luis Miguel Howard La duchesse Marie portant l’émeraude lors d’un bal costumé en 1903 au Palais d’Hiver, à l’occasion des 290 ans de la dynastie des Romanov, image via Joaillerie Luis Miguel Howard

En 1917, la révolution russe éclate. La duchesse est la dernière à fuir la Russie, se réfugiant en terre caucasienne, puis dans la ville balnéaire d'Anapa (Russie), avant de partir pour Venise en février 1920, et de mourir à Contrexéville (commune des Vosges) sept mois plus tard. Elle était connue pour son immense collection de bijoux, et son ami, l’antiquaire britannique Albert Stopford, avait réussi à faire sortir clandestinement près de 250 pièces de sa collection du palais impérial de Saint-Pétersbourg en septembre 1917, et à fuir en Angleterre.

La prestigieuse collection a été vendue par ses enfants à la fin des années 1920, à des souverains européens et autres millionnaires américains. L'émeraude a été cédée à Pierre Cartier, et le célèbre Diadème Vladimir, acquis par la Reine d’Angleterre Mary en 1921 (maintenant propriété d’Elizabeth II).

Gauche : la Reine Mary portrait le Diadème Vladimir / Droite : sa petite-fille, la Reine Elizabeth II, portant le bijou en 1968 Gauche : la Reine Mary portrait le Diadème Vladimir / Droite : sa petite-fille, la Reine Elizabeth II, portant le bijou en 1968

En 1954, le célèbre joaillier Ralph Esmerian suggéra à Cartier de réduire l’émeraude à un poids de 75 carats, et de la retailler en forme de larme afin d’en améliorer la clarté. Le joyau a ensuite été serti dans un remarquable collier de diamants ayant appartenu à l’éminente famille Whitney, fondatrice du Whitney Museum of American Art à New-York. Le collier a été vendu au cours de la même année à John D. Rockefeller, fils du fondateur de Standard Oil, et grand enthousiaste de pierres précieuses. Il avait acheté, en 1930, une émeraude de 18 carats, cédée il y a deux ans chez Christie's (sur une bague), pour 5 millions d’euros à Harry Winston.

Le pendentif émeraude qui sera vendu chez Christie's le 15 mai, image © Christie's
Le pendentif émeraude qui sera vendu chez Christie's le 15 mai, image © Christie's

Le collier de Catherine La Grande est resté dans la collection de la famille Rockefeller, avant d’être proposé à la vente en 1971, et d’être acquis par le fameux joaillier Esmerian pour environ 900 000 euros. Vendu ensuite au propriétaire actuel, ce dernier a placé l'émeraude dans un nouveau collier de diamants.

Son histoire a commencé entre les mains de la plus grande impératrice russe, se poursuivant chez d’illustres souverains et personnalités notoires de ces 300 dernières années, et se réécrira le 15 mai chez Christie's, qui a annoncé une estimation comprise entre 2,3 et 3,5 millions de francs suisses (2 à 3 millions d’euros). 

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