Le maître indonésien Raden Saleh est de retour à Vannes 

En janvier 2018, la maison vannetaise Jack-Philippe Ruellan enregistrait l’adjudication record de l’artiste indonésien Raden Saleh avec « La chasse au taureau sauvage (Bateng) », une toile retrouvée dans un grenier à Auray. Un an après, le commissaire-priseur a le plaisir de présenter un incroyable portrait réalisé par le maître, qui témoigne de l’approfondissement de son art lors de son séjour à Dresde.

Le maître indonésien Raden Saleh est de retour à Vannes 

Raden Saleh signe Portrait présumé d’Alexandre Pouchkine en 1841, alors qu’il réside à Dresde, et qu’il commence à se détacher du style néoclassique académique et conventionnel de ses portraits habituels. Lors de son séjour en Saxe, qui dure de 1839 à janvier 1845, le peintre indonésien adopte un style romantique, sa ligne devient plus souple, et son modelé plus doux. Comme on peut l'observer ici, son pinceau est plus vigoureux, il ose un fort empâtement sur le front et sur le col blanc, tandis que son modèle prend une pose nonchalante et décontractée.

La toile, qui sera présentée à la vente le 26 janvier chez Jack-Philippe Ruellan, montre une connaissance des œuvres françaises de l’époque, comme les portraits de Delacroix ou d’Ary Scheffer, qui présentent des similitudes dans la gamme de couleurs utilisée. Quoiqu’il en soit, et comme le souligne la maison de ventes, « la représentation d'un autre artiste, peintre ou poète, se prête plus facilement à une plus grande liberté picturale que celle d'un commanditaire bourgeois ».

Le modèle présumé du portrait a été identifié comme Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (1799-1837), le poète, romancier et dramaturge russe principalement influencé par Byron et Voltaire, et auteur du chef-d’œuvre en vers Eugène Onéguine. On peut le rapprocher du personnage de Saleh grâce à ses caractéristiques physiques distinctes, ses cheveux bouclés, ses yeux bleu-vert, et ses favoris, très en vogue à l’époque.

Portrait de Pouchkine par Oreste Kiprensky, 1827, image ©Galerie Tretiakov)
Portrait de Pouchkine par Oreste Kiprensky, 1827, image ©Galerie Tretiakov)

La toile est datée de 1841, soit quatre ans après la mort de l’écrivain, ce qui laisse entendre que Pouchkine et Saleh ne se sont jamais rencontrés, et que le peintre s’est inspiré de gravures ou de peintures antérieures pour retranscrire sa physionomie avec exactitude. Ce n’est d’ailleurs pas le seul portrait posthume présent dans l’œuvre de Saleh, puisqu’on lui connaît celui du gouverneur général Hermann Willem Daendels, de 1838.

Formé pendant de longues années en Europe, et notamment aux Pays-Bas sous la tutelle du portraitiste et peintre de genre Cornelis Krusmean, Raden Saleh est présent dans de nombreux musées et collections de renom. L'artiste a peint des portraits (plusieurs sont aux Rijksmuseum d'Amsterdam) et des marines, mais ce sont principalement ses représentations d'animaux exotiques et ses chasses de grand format qui font son originalité, et pour lesquelles il était apprécié.

Saleh quitte Dresde pour Paris en 1845 et rencontre Horace Vernet, qui l’invite à travailler dans son atelier à Versailles. Sa toile La Chasse au cerf dans l’île de Java est exposée au Salon de 1847 et y reçoit un accueil très favorable, de la critique comme du public. Théophile Gautier le compare même aux grands peintres animaliers de l’époque. En 1869, près de 20 ans après son retour à Java, il offre deux œuvres à Napoléon III pour le remercier de l’accueil qu’il avait reçu en France.

Raden Saleh, La chasse au cerf dans l'Île de Java, image ©Mairie de Saint-Armand Montrond
Raden Saleh, La chasse au cerf dans l'Île de Java, image ©Mairie de Saint-Armand Montrond

Déjà très célèbre au milieu du XIXe siècle, ce sont surtout les redécouvertes de ses toiles, et de son œuvre en général, qui ont contribué à gonfler sa notoriété et à raviver l’engouement des collectionneurs au cours de ces vingt dernières années. Des expositions rétrospectives lui ont récemment été consacrées en Indonésie, en Malaisie et en Allemagne.

L'étude Jack-Philippe Ruellan a enregistré le record de l'artiste en janvier dernier, lorsque La chasse au taureau sauvage (Bateng), une toile de grandes dimensions retrouvée dans un grenier à Auray, près de Vannes, s'envole pour 8 640 400 euros frais compris. L'adjudication ne pulvérise pas seulement le record personnel du peintre, mais également celui de la peinture indonésienne, et le record d'enchères de la région Bretagne.

Le Portrait présumé d’Alexandre Pouchkine sera le tout premier lot de la vente intitulée Tableaux & Art décoratifs du 17e au 20e siècle, et entrera en salle des ventes avec une estimation fixée entre 60 000 et 80 000 euros.

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