La construction de Notre-Dame de Paris a débuté vers 1160, après la démolition de l'ancienne basilique de l'île de la Cité, alors sous la tutelle de l’homme d’église Maurice de Sully. Selon le roi Louis VII, le rôle de Paris en tant que capitale politique, économique, et culturelle devait se traduire à travers l’édification de monuments de taille. Suivant les désirs de son souverain, Maurice de Sully décide d'ériger une cathédrale beaucoup plus haute et imposante sur le site. La première pierre a été posée en 1163, en présence du pape Alexandre III.

Notre-Dame est visitée par 12 millions de personnes chaque année, image © Henrique Ferreira via Unsplash Notre-Dame est visitée par 12 millions de personnes chaque année, image © Henrique Ferreira via Unsplash

Notre-Dame est aujourd'hui considérée comme l’un des archétypes de l’architecture gothique. Ses voûtes, ses vitraux, et ses somptueux ornements sculpturaux sont tous, sans exception, de véritables chef-d'œuvres d'art et d'artisanat. Un siècle plus tard, en 1260, la cathédrale est achevée, bien que de nombreuses modifications lui seront apportées au cours du siècle suivant.

Image de l’une des statues de la flèche emportée jeudi dernier pour restauration, image via The Independent Image de l’une des statues de la flèche emportée jeudi dernier pour restauration, image via The Independent

La cathédrale n'a pas toujours bénéficié du prestigieux statut que nous lui octroyons aujourd'hui : au cours de la Révolution française, la cathédrale a été vandalisée et pillée, de nombreux objets et images religieuses ont été endommagés, détruits ou volés. Entre autres choses, les 28 statues représentant les rois bibliques, souvent confondues par le peuple avec des représentations des rois français, ont été « décapitées ».

Dès lors, la cathédrale est reléguée au rang de vulgaire entrepôt et, après un certain temps, prend le rôle d'église, sans pour autant regagner en popularité.

L’ouvrage de Victor Hugo a changé la perspective de tout un peuple sur l’ancienne cathédrale gothique. Photographie de Nadar (détail), image via Wikimedia Commons
L’ouvrage de Victor Hugo a changé la perspective de tout un peuple sur l’ancienne cathédrale gothique. Photographie de Nadar (détail), image via Wikimedia Commons

En 1831, Victor Hugo écrit Notre-Dame de Paris, le célèbre roman narrant les aventures du sonneur de cloches, qui trouve son sanctuaire au sommet de la cathédrale. L'intérêt du public se réveille peu à peu et, au milieu du XIXe siècle, un projet de rénovation monumental voit le jour.  La restauration dure de 1844 à 1864 sous la tutelle de l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui y incorpore des éléments stylistiques et des motifs inédits.  

La flèche d’origine, érigée au XIIIe siècle, est démontée de 1786 à 1792. Lors de la restauration du XIXe, Viollet-le-Duc la remplace par une seconde flèche à la structure en chêne et en plomb pesant plus de 750 tonnes. L’architecte fait également installer des statues de cuivre vert-de-grisé représentant les douze apôtres. Chacune d’entre elles jouit d’une vue imprenable sur Paris, à l'exception de saint Thomas qui, armé d’une équerre, fait face à la flèche. Viollet-le-Duc s’est fait représenté lui-même sous les traits du saint, en train de contempler son « Grand Œuvre ». 

L'entrée principale de Notre-Dame, image via Wikimedia Commons L'entrée principale de Notre-Dame, image via Wikimedia Commons

Les étranges gargouilles parsemant la façade de l’édifice symbolisaient le mal et le danger qui attendait celui qui ne vivait pas selon la doctrine de l'Église. Les premières statues chimériques, ajoutées au XIIIe siècle, servaient également de gouttières, ou de conducteurs d'eau, collectant la pluie ruisselant sur la structure de la cathédrale, avant de la laisser s’écouler aussi loin que possible de la façade.

Le terme latin Iber Pauperum, signifiant « livre des pauvres », est employé lorsqu’une imagerie riche est utilisée pour enseigner aux illettrés. La cathédrale qui renaît sous l'œuvre de Viollet-le-Duc aurait endossé le rôle d’un Iber Pauperum : les sculptures mises en scène permettaient au peuple parisien d'appréhender les récits bibliques.

Gargouilles gothiques de Notre-Dame, image © Stephanie Le Blanc via Unsplash Gargouilles gothiques de Notre-Dame, image © Stephanie Le Blanc via Unsplash

Plusieurs gargouilles, ainsi que d’autres sculptures, ont disparu aux XVIIe et XVIIIe siècles, ou ont été ou détruites lors de la Révolution française. Sous la direction de Viollet-le-Duc, les statues d’origine ont été remplacées par des figures gothiques.

Plusieurs compositions sculpturales reprenant les symboles de la science et de la philosophie médiévale ont été intégrées au bâtiment. Sur le pilier du portail principal, on peut apercevoir une femme assise sur un trône, une flèche dans sa main gauche, deux livres dans sa main droite. Le livre ouvert symbolise les connaissances générales, tandis que l’ouvrage clos symbolise les connaissances ésotériques. L’échelle à sept marches, placées au centre de la composition, fait référence aux sept étapes suivies par les alchimistes pour transformer les métaux de base en or.

Les sept étapes sont appelées « Scala Philosophorum », image via Wikimedia Commons
Les sept étapes sont appelées « Scala Philosophorum », image via Wikimedia Commons

Les vitraux comptent parmi les éléments les plus célèbres de la cathédrale. La première rosace, et la plus petite (9,6 mètres de diamètre), a été mise en place en 1225, celle du côté nord en 1250, et celle du sud vers 1260. La fenêtre du sud présente encore des sections en verre datant du XIIIe siècle. Suite aux désastreux évènements, nous ne pouvons qu’espérer qu’une partie des vitraux du Moyen-Âge a été épargnée. 

La rosace nord de Notre-Dame, vers 1250, image © Stephanie LeBlanc via Unsplash La rosace nord de Notre-Dame, vers 1250, image © Stephanie LeBlanc via Unsplash

 Au cours de l’opération de sauvetage qui a mobilisé plus de 400 pompiers de Paris, des efforts considérables ont été déployés pour sauver les œuvres d’art conservées à l’intérieur du bâtiment. Une partie a pu être mise en sécurité à la Mairie de Paris. Jeudi dernier, les statues de cuivre disposées autour de la flèche avaient été déplacées afin d’être restaurées, et ont ainsi évité l'incendie dévastateur.

Suite à la déclaration d’Emmanuel Macron, qui a promis aux français la reconstruction du monument symbolique, François-Henri Pinault, héritier du groupe Kering, a décidé de verser 100 millions d'euros pour contribuer aux travaux. Après l’annonce de Pinault, le milliardaire Bernard Arnault, fondateur de LVMH, a déclaré qu'il doublait l'offre de son pair, et donnerait 200 millions. La famille Bettencourt-Meyers, le groupe pétrolier Total, la famille Bouygues, ainsi que plusieurs banques ont rejoint la cause. Les promesses de dons s'élèvent à présent à 700 millions d'euros.

Image © AP/Diana Ayanna Image © AP/Diana Ayanna

L’émotion provoquée par le brasier s’est étendue bien au-delà des frontières de la France. La structure principale et les deux tours ont, par miracle, été sauvées, une nouvelle qui a mis du baume au cœur d’un Paris en deuil.