Cela fait bientôt quatre siècles que se croisent entre les murs du Crédit Municipal des milliers d'objets tous aussi divers et variés que leurs propriétaires. Pour tous ceux qui ont un besoin pressé de liquidités et qui sont exclus du système bancaire ou privés de garanties suffisantes pour emprunter, l'établissement ouvre un crédit rapide et anonyme.

Depuis 1637, le Crédit Municipal de Paris pratique ce que l'on appelle le prêt sur gage, une forme de crédit qui consiste à déposer en gage un objet de valeur contre un prêt immédiat représentant 50 à 70 % de la valeur de l’objet sur le marché des enchères publiques.

Un an après avoir déposé l'objet et récupéré l'argent, l'emprunteur a le choix entre payer les intérêts du prêt (entre 3 et 8 %) ou vendre l'objet aux enchères. Dans le deuxième cas, si l’adjudication dépasse le montant du prêt et des frais de vente (14 % de frais acheteur, 15 % de frais vendeurs, des montants bien moins importants que ceux pratiqués dans les enchères classiques), c'est l'emprunteur qui bénéficie de la plus-value.

En 2018, l'établissement - anciennement Mont-de-piété et appelé familièrement "ma tante" - a annoncé prendre le tournant du digital. Si les enchères des objets non récupérés étaient jusqu'alors accessibles en ligne via le site internet de Drouot, elles le seront désormais sur Interenchères. Le Crédit municipal organise 80 ventes par an, avec une forte tendance pour les enchères de bijoux qui représentent 90% des objets déposés par les emprunteurs.

"Grâce à la mise en ligne nous avons doublé notre clientèle d’acheteurs, en moyenne 26 % des lots présentés ont été vendus en ligne" a expliqué le directeur général du Crédit Municipal de Paris Frédéric Mauget au journal Le Monde. 

L'établissement compte au premier semestre 2018 développer deux autres services numériques: la gestion de son prêt sur internet ainsi que la possibilité de faire estimer des objets gratuitement et en ligne.

Pour l'emprunteur, il sera dorénavant aisé de gérer son prêt, de rembourser les intérêts ou de faire connaître sa décision de vendre. Pour le Crédit Municipal, cela devrait faciliter la communication avec les emprunteurs et fluidifier les opérations d'estimation par les experts, notamment pour les objets les plus imposants. "Notre atout reste la masse et la diversité des objets que nous recevons, y compris de belle taille puisque nous avons dans nos murs un piano Gaveau engagé depuis 1965" s'est félicité Frédéric Mauget.

Avec cette évolution digitale, le Crédit Municipal augmente significativement son champ de potentiels emprunteurs et enchérisseurs. C'est aussi un bon moyen de se faire connaître de la jeune génération, souvent dans le besoin de liquidités rapides mais peu encline à faire appel à cette institution, encore méconnue du grand public.