La découverte, annoncée par le New York Times il a quelques jours, puis relayée dans le Quotidien de l’Art, était un secret bien gardé. L’œuvre est connue du PDG de la marque de luxe depuis près d’un an, mais il avait formellement interdit à quiconque d’en révéler l’existence, afin de faire coïncider la nouvelle avec le début de la Fashion Week à Paris.

La boutique devait ouvrir cette semaine, permettant à Oscar de la Renta d’avoir un pied dans la capitale française pendant les défilés les plus attendus de l’année, bien que la marque n’ait pas de show à son actif. Seulement, l’année dernière, lors des rénovations du nouvel espace 4 rue de Marignan, le directeur de l’enseigne, Alex Bolen, reçoit un appel de la part de son architecte, qui le somme de se rendre sur place immédiatement pour venir juger d’une « découverte ».

Image ©Julien Mignot pour The New York Times Image ©Julien Mignot pour The New York Times

Les ouvriers du chantier ont été mis sur la piste du tableau en remarquant l’existence d’un plafond en lambris du XIXe siècle, constitué de 29 panneaux carrés incrustés et peints de sceaux héraldiques, conservé pendant des décennies sous un second plafond. C’est en abatant une cloison un peu plus tard que l’équipe découvre une peinture de six mètres sur trois, noircie par le temps, s’étendant sur toute la surface du mur. Des cavaliers arborant des vêtements du XVIIe siècle y sont représentés, en halte devant la ville de Jérusalem, dont on discerne la mosquée au loin.

Les travaux de rénovation ont été immédiatement interrompus, reportant dans le même temps l’ouverture de la boutique jusqu’en mai 2019, afin de restaurer la peinture endommagée. Si les découvertes sont assez fréquentes dans les châteaux ou autres monuments historiques, elles le sont bien moins dans ce type d’espace, a confié Nathalie Ryan, l’architecte de la marque. Bolen avait loué cet ancien appartement, dans un immuable qu’il jugeait « sans charme », en sachant que tout était à refaire.

Le restaurateur Benoît Janson au travail, image ©Julien Mignot pour The New York Times Le restaurateur Benoît Janson au travail, image ©Julien Mignot pour The New York Times

Suite à la découverte, le PDG a fait appel à Stéphane Pinta, un expert en tableaux de maîtres du cabinet Turquin, qui a établi qu’il s’agissait d’une huile sur toile de 1674 peinte par Arnould de Vuez, un artiste flamand ayant travaillé pour la cour du roi Louis XIV aux côtés de Charles Le Brun. Pinta a retracé la provenance du chef-d’œuvre grâce à un ouvrage d’Albert Vandal racontant les voyages de Charles-Marie-François Olier, Marquis de Nointel et d’Angervilliers, et ambassadeur de Louis XIV en Palestine. Une estampe similaire au grand tableau apparaît à la page 129 du livre : elle représente le Marquis de Nointel arrivant à Jérusalem accompagné de sa cavalerie, lors d’une tournée du Moyen-Orient effectuée en 1673.

Le chef-d’œuvre ayant été collé au mur, les experts ont décrété qu’il serait trop dangereux d’essayer de le déplacer. En bon businessman, Bolen a négocié avec le propriétaire de l’immeuble pour que l’œuvre reste dans la boutique une fois qu’elle serait ouverte (la location est prévue pour 10 ans), offrant en contrepartie la prise en charge complète de sa restauration.

L'équipe espère finir les restaurations pour mai 2019, image ©Julien Mignot pour The New York Times L'équipe espère finir les restaurations pour mai 2019, image ©Julien Mignot pour The New York Times

Le restaurateur Benoît Janson et son équipe travaillent donc depuis plusieurs mois pour assurer la remise en état du tableau, jugé « rare et exceptionnel à plusieurs égards ». Selon Janson, la toile a déjà subi plusieurs rénovations. La majeure partie du travail consiste maintenant à retirer les diverses couches de vernis qui recouvrent sa surface et de retrouver ses couleurs d'origine. Le long processus devrait être fini pour le mois de mai, à temps pour l’ouverture de la boutique qui, grâce à un coup du sort, sera absolument unique en son genre.

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