Jean-Baptiste Corot, « Autoportrait » ou « Corot, la palette à la main », image Wikipedia Jean-Baptiste Corot, « Autoportrait » ou « Corot, la palette à la main », image Wikipedia

Très tôt à l’abri du besoin, Corot s’est, par-delà une œuvre artistique abondante, illustré par sa générosité et ses œuvres philanthropiques, lesquelles contribuent à lui donner une place à part dans l’histoire de l’art.

"À supposer qu’il existe deux objets pareils absolument, le soleil ne les éclairerait pas l’un et l’autre de la même façon."

Cette réalité physique, ou loi de la nature, a tenu lieu de fil rouge, sinon multicolore, à Jean-Baptiste Camille Corot durant toute sa carrière, empreinte de culture classique et de nombreux voyages ou longs séjours à l’étranger, notamment en Italie.

Jean-Baptiste Corot, « Honfleur, Maisons Sur Les Quais », huile sur toile, vers 1830 Jean-Baptiste Corot, « Honfleur, Maisons Sur Les Quais », huile sur toile, vers 1830

Si, dans la dernière partie de sa vie, à partir de 1850, ses souvenirs ont pu inspirer ses toiles, c’est par une observation hors du commun des paysages et ses recherches sur la lumière que l’artiste a su se hisser au rang des grands maîtres de son temps, et donner matière à réflexion aussi bien à Monet qu’aux symbolistes.

Beau linge

Jean-Baptiste Corot, « Souvenir de la Villa Borghese », huile sur toile, vers 1855 Jean-Baptiste Corot, « Souvenir de la Villa Borghese », huile sur toile, vers 1855

Né le 16 juillet 1796, rue du Bac, à Paris, Jean-Baptiste Camille Corot n’a pas, c’est le moins qu’on puisse dire, été nourri à la vache enragée. Son père, natif de Bourgogne, est drapier et tient avec son épouse, d’origine suisse, une boutique de mode très courue dans la capitale. Outre Jean-Baptiste, deux sœurs complètent cette famille de commerçants aisés qui vit au-dessus de son magasin. 

Après ses années lycée, entre Paris et Rouen, le fils, pas spécialement porté sur les études, est placé chez des marchands de draps parisiens, mais se révèle un bien piètre vendeur. Le soir, il s’initie au dessin à l’Académie de Charles Suisse, quai des Orfèvres, une activité qui correspond davantage à ses aspirations et qui le conduit à refuser le fonds de commerce que se propose de lui offrir son père aux débuts des années 1820.

Jean-Baptiste Corot, « Juive d'Alger », huile sur toile, vers 1870 Jean-Baptiste Corot, « Juive d'Alger », huile sur toile, vers 1870

Jean-Baptiste veut mener une carrière artistique, et c’est doté par ses parents d’une rente de 1500 livres par an qu’il loue, en 1822, un studio quai Voltaire, lequel deviendra son atelier, alors qu’il approfondit son apprentissage du dessin et de la peinture auprès d’Achille-Etna Michallon, grand prix de Rome du paysage historique en 1817, puis, à la mort précoce de celui-ci, auprès de Jean-Victor Bertin.

Les bienfaits du plein air

Émule, tout comme Michallon, de Pierre-Henri de Valenciennes, dont l’influence dans l’œuvre de Corot ne se démentira jamais, Bertin pousse son élève à travailler en plein air, notamment en forêt de Fontainebleau, favorisant ainsi la création de ce qu’on appellera plus tard l’école de Barbizon. Entre 1825 et 1828, Jean-Baptiste Corot va parfaire sa culture classique en Italie, à la faveur de séjours à Rome, Naples et Venise, aux frais de ses parents. 

Jean-Baptiste Corot, « Le Batelier Passant Derrière Les Arbres De La Rive », huile sur toile, 1865-70 Jean-Baptiste Corot, « Le Batelier Passant Derrière Les Arbres De La Rive », huile sur toile, 1865-70

Il sillonne également la France à la recherche de paysages, de la Normandie à la Provence, en passant par la Bretagne, le Morvan et l’Auvergne. Il réalise de nombreuses études sur le vif, paysages et architectures, qu’il transpose ensuite en atelier, mais tarde à exposer.

À la mode de chez… Napoléon III

Les deux premiers tableaux qu’il présente en 1827 au Salon de peinture et de sculpture passent quasiment inaperçus, et ce n’est qu’à partir de 1935, notamment avec Agar dans le désert, une composition illustrant un épisode de la Genèse, qu’il se fait remarquer par le public et la critique.

Jean-Baptiste Corot, « Agar dans le Désert », 1835 Jean-Baptiste Corot, « Agar dans le Désert », 1835

Les années suivantes, il expose régulièrement au Salon, où ses toiles sont diversement accueillies, les modernes lui reprochant son classicisme, les classiques estimant que son traitement « réaliste » des thèmes religieux ou mythologiques prend trop de liberté avec les codes tels qu’ont pu les définir Poussin et consorts. Mais Corot garde le cap, enchaîne les récompenses et force l’admiration de ses contemporains ; Baudelaire l’encense et, en 1848, il devient même membre du jury du Salon, quelque deux ans après avoir été fait chevalier de la Légion d’honneur.

Jean-Baptiste Corot, « Étretat - Un Moulin À Vent », vers 1855-65 Jean-Baptiste Corot, « Étretat - Un Moulin À Vent », vers 1855-65

En 1855, il participe avec six œuvres à l’Exposition universelle de Paris, dont l’une sera acquise par  Napoléon III. Les ventes s’enchaînent et la cote de cet artiste à la mode s’envole, alors même que son style évolue notablement, affranchi des contraintes académiques et du souci de réalisme cher à l’école de Barbizon dont il a pourtant fait sa marque de fabrique.

Souvenirs sublimés

Jean-Baptiste Corot, « Souvenir de Mortefontaine », 1864 Jean-Baptiste Corot, « Souvenir de Mortefontaine », 1864

Jean-Baptiste Corot recourt alors à ses souvenirs, à des réminiscences, pour créer des paysages imaginaires, nimbés d’une sorte de brume virginale, auxquels sont sensibles le poète Théophile Gautier ou encore Claude Monet dans son approche impressionniste.Souvenir de Mortefontaine, huile réalisée en 1864 et considérée comme son chef-d’œuvre, procède de cette sublimation de la mémoire. Au cours de cette période, il réalise de nombreux portraits. 

Le succès commercial que lui assure la bourgeoisie en cette seconde moitié du XIXe siècle incite les faussaires à imiter son style, au point que l’on estime qu’il y a aujourd’hui trois ou quatre fois plus de faux Corot en circulation que d’authentiques toiles signées par le peintre – il en a peint plus de 3.000…

Jean-Baptiste Corot, « Souvenir d'Italie. Paysanne ramassant du bois », huile sur toile Jean-Baptiste Corot, « Souvenir d'Italie. Paysanne ramassant du bois », huile sur toile

Le philanthrope

Devenu très riche, Jean-Baptiste Corot s’illustre au cours des dernières années de sa vie par ses œuvres caritatives, au bénéfice des pauvres de Paris, mais aussi d’amis artistes ou de leur famille ; en 1872, il achète ainsi une maison à Valmondois, dans le Val-d’Oise, à l’intention d’Honoré Daumier, atteint de cécité et sans ressource. Trois ans plus tard, c’est à la veuve de Jean-François Millet qu’il octroie une importante somme d’argent pour l’éducation de ses enfants…

Jean-Baptiste Corot, « Venise, vue du Quai des Esclavons », 1845, image via Christie's Jean-Baptiste Corot, « Venise, vue du Quai des Esclavons », 1845, image via Christie's

Atteint d’un cancer de l’estomac, Corot meurt le 22 février 1875 à Paris. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Par son néo-classicisme onirique, il aura contribué à faire bouger les lignes académiques et annoncé les mouvements d’avant-garde qui allaient marquer la fin du siècle. Son œuvre a bénéficié à la fin du XXe siècle d’une première vague spéculative, à la faveur de laquelle son Entrée du port de La Rochelle, une toile de sa période dite italienne, a été adjugée pour 12 millions de francs par Christie’s à Monaco, en 1990. 

Plus récemment, plusieurs monographies ont donné à voir le paysagiste sous d’autres jours, comme cette exposition organisée en 2018 au musée Marmottan, sur le rapport platonique aux modèles féminins de ce rêveur solitaire…

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