Romain Réa dans sa boutique du 26 rue du Bac, Paris Image: Barnebys Romain Réa dans sa boutique du 26 rue du Bac, Paris
Image: Barnebys

Vous êtes expert horloger mais vous avez failli partir vers une toute autre voie. Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?

Au début, j’étais parti pour faire ma carrière dans l’aéronautique. J’ai passé deux ans dans l’armée de l’air. Je faisais un métier qui me plaisait mais ma passion a toujours été pour l’horlogerie. Grâce à ces deux ans dans l’armée de l’air au sein de l’ESTEREL où j’ai beaucoup voyagé, j’ai pu rencontrer beaucoup de gens et notamment de nombreux collectionneurs de montres.

Au moment où j’ai eu le choix de m’engager pour le long terme dans l’armée de l’air, j’ai choisi de partir dans une autre voie, celle des montres. Je suis parti à l’aventure et si ca n’allait pas, je pouvais toujours revenir à l’aéronautique.

Racontez-nous vos débuts.

Quand j’ai débuté dans l’horlogerie, les montres de collection et d’occasion étaient très mal vues en France. Ce n’était ni à la mode, ni connu du public. Les gens portaient des montres neuves. C’était même bizarre de porter des montres qui avaient déjà appartenu à d’autres.

Pour les montres anciennes c’était encore plus bizarre. Pourquoi acheter une Rolex ancienne alors qu’on peut s’en offrir une neuve ?

Quand avez-vous ouvert votre première boutique ?

Après mes deux ans dans l’aéronautique, quand j’ai décidé de me lancer dans l’horlogerie, j’ai eu l’opportunité d’acheter une boutique aux Puces. Je suis allée voir ma banquière avec quelques modèles de montres, je lui ai expliqué mon projet et elle m’a suivi !

Ensuite, j’ai ouvert ma deuxième boutique rue du bac il y a maintenant dix sept ans: en premier temps au 8 Rue du Bac, pour ensuite s’agrandir au 26 rue du Bac, il y a maintenant dix ans.

Image: romainrea.com Image: romainrea.com

Comment vous-êtes vous formé ?

Je me suis formée à l’achat sur les marchés, un peu partout dans le monde. J’ai appris à faire attention à ce que j’achetais. Assez vite, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas me constituer la collection que je voulais avec le budget dont je disposais, j’ai donc commencé à acheter des choses de bonne qualité pour les revendre et pour ensuite pouvoir m’acheter des modèles pour moi. Et mon commerce débutait.

Pour ce qui est de l’horlogerie pure, j’ai rencontré un horloger à la retraite qui m’a installé avec lui derrière l’établi et qui m’a expliqué les réparations. Il m’a rendu un grand service, j’ai pris une vraie leçon et j’ai compris petit à petit ce qu’il fallait acheter ou ne pas acheter. Je n’ai donc pas eu une formation pure d’école horlogère, mais cet horloger m’a tout appris.

Qui sont vos clients ?

Au début, dans ma boutique des Puces, j’avais beaucoup de clients étrangers, notamment beaucoup de touristes américains, australiens, japonais. Le marché des montres d’occasion a vraiment débuté au Japon, aux Etats-Unis et en Italie.

À ma boutique de la rue du Bac, on a une clientèle très fidèle avec beaucoup d’habitués. J’aide mes clients à compléter et améliorer leurs collections. Il y a une vraie évolution du marché, et il faut que les collectionneurs évoluent avec lui. Par exemple, il y a quelques années, ne pas avoir les aiguilles d’origine sur une montre n’avait pas d’importance sur la valeur. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Toutes ces informations je les partage avec mes clients. Il y a donc vraiment un rôle de conseil dans mon métier.

Image: artcurial.com Image: artcurial.com

Aujourd’hui, comment expliquez-vous cet engouement pour les montres d’occasion ?

Il y a eu un déclic du marché des montres d’occasion dans les années 1970 avec l’arrivée du quartz. Ce nouveau mécanisme importé par les japonais a complètement chamboulé l’industrie horlogère suisse. (Il faut savoir que 98% des marques collectionnées sont de fabrication suisse.)

Les montres avec les piles sont d’un coup devenues plus précises que les montres mécaniques. Les marques se sont trouvées en difficulté et beaucoup ont vendu tous leurs stocks. Ces montres de très bonne qualité se sont retrouvées sur les marchés américains, japonais et italiens, le tout pour des prix très bas.

Comment en êtes-vous arrivé à exercer les activités d’expert, marchand et conseiller en horlogerie ?

Je me suis vite rendu compte que ce que j’aimais, c’était raconter l’histoire des montres. Le seul moyen d’approcher cela était d’exercer en tant qu’expert au sein des commissaires-priseurs de Drouot. À l’époque, le seul moyen de communiquer avec les collectionneurs de montres, c’était les ventes aux enchères. Je me suis rapproché de l’Union Française des Experts, j’ai passé un examen, j’ai écrit un mémoire et je suis devenu l’un des plus jeunes experts.

Vous conseillez également des réalisateurs de films. Pouvez-vous nous parler de cette activité ?

À l’époque où je n’avais que ma galerie de Saint-Ouen, j’ai été contacté par une société de production américaine pour les aider à trouver les bons modèles de montres pour leurs acteurs.

Tous les acteurs studios portent des accessoires qui sont en accord avec le personnage qu’ils incarnent. J’ai donc étudié les scénarios, aidé au choix des montres de ces personnages, et je leur prêtais les modèles pour la durée du tournage.

Aujourd’hui, les productions américaines viennent moins tourner en France, mais on travaille toujours beaucoup avec des sociétés de production françaises. Notre dernière participation : équiper les acteurs du film L’Odysée sur le Commandant Cousteau.

Romain Réa fournisseur officiel des montres pour le film L'Odyssée Image: romainrea.com Romain Réa fournisseur officiel des montres pour le film L'Odyssée
Image: romainrea.com

Qu’aimez-vous dans votre métier d’expert horloger ?

Ce que j’aime, c’est la découverte. Aujourd’hui, grâce à mon métier d’expert je continue à découvrir des objets que je n’aurais jamais découverts si j’étais juste marchand.

J’aime aussi beaucoup partager ce que je sais sur les montres avec les gens.

Êtes-vous vous-même collectionneur ?

Oui, depuis toujours, j’aime beaucoup les montres de plongée et les montres chronographes de pilote.

Si je devais choisir une marque fétiche, ce serait Tudor, la seconde marque de Rolex. J’ai écris un livre sur cette marque et sur son histoire. Cette marque magique existe depuis 1926, c’est vraiment le laboratoire d’idées de Rolex.

Qu’est ce qui est à la mode en ce moment ?

Le bracelet NATO est depuis quelques années très tendance. Ce bracelet vient de l’armée anglaise, son nom provient de l’Organisation Transatlantique Nord qui avait donné des brevets pour créer un bracelet très solide pour que les militaires ne le cassent pas et ne le perdent pas.

La panoplie des bracelets Nato Image: romainrea.com La panoplie des bracelets Nato
Image: romainrea.com

Comment voyez-vous Paris au sein de la scène artistique internationale ?

Paris est une bonne scène pour le marché de la montre d’occasion. On est passés de 3 à 4 à une bonne vingtaine. Depuis les attentats de novembre, on ressent le contrecoup.

Néanmoins, on a toujours une clientèle qui fait confiance au savoir-faire suisse et français.

Comment le marché de l’horlogerie a-t-il évolué depuis vos débuts ?

Au tout début, les montres de collection étaient considérées comme des vieux objets dont on ne pouvait rien faire. Le marché a complètement évolué, et le marché de la montre d’occasion a explosé. Aujourd’hui, quand on est amateur d’objets d’art, il est tout à fait normal de porter une montre de collection.

Cela s’explique aussi par l’évolution dans la fabrication des montres. Aujourd’hui, les modèles sont tous pratiquement réalisés à partir d’ordinateurs. Dans les années 1930, 1940 et 1950, il y avait déjà des machines mais l’homme réalisait 50 à 60 % des pièces. Résultat, la qualité des montres était supérieure dans ces années là, cela se sait et les gens veulent revenir à ces modèles d’exception.

Enfin, la patine du temps, personne ne peut l’imiter. Et ça donne un look très sympa à l’objet.

Dans votre métier, quelle est votre utilisation d’internet ?

On met quelques modèles sur notre site, mais nos clients savent qu’il faut se déplacer pour en voir un peu plus.

Et on a un compte Instagram qui marche très bien ! C’est un énorme vecteur pour les montres de collection. Les photos voyagent dans le monde entier et parlent à tous.

Commentaires