Ses apparitions aux yeux du public se comptent sur les doigts de la main. En effet, la toile intitulée Le Jardin de Pissarro, Quai du Pothuis à Pontoise, est restée dans la même famille pendant près d’un siècle et n’a été exposée qu’en Bretagne, à Pont-Aven, en 1964, et au Cleveland Museum of Art il y a quelques années.

Paul Gauguin, Le Jardin de Pissarro, Quai du Pothuis à Pontoise, 1881, image ©Sotheby's Paul Gauguin, Le Jardin de Pissarro, Quai du Pothuis à Pontoise, 1881, image ©Sotheby's

Les peintures de Gauguin datant de cette période n’apparaissent quasiment jamais sur le marché des enchères, et comme le confie Sotheby’s, encore moins une œuvre aussi particulière que celle-ci : au verso de la toile figurent deux autoportraits de Gauguin, les premiers que les experts lui connaissent à ce jour, comme le stipule le catalogue raisonné de l’artiste. Les deux esquisses semblent avoir été réalisées après le paysage, et bien que peintes sans fond apparent, sont d’une qualité exceptionnelle. 

"C’est très émouvant de pouvoir dévoiler au public un chef-d’œuvre aussi emblématique de l’œuvre de Gauguin."

Il existe beaucoup de tableaux recto-verso, mais il est assez rare de trouver des autoportraits au verso, explique Aurélie Vandevoorde, directrice du département Art Impressionniste et Moderne de Sotheby’s France, car ils sont considérés comme un « sujet majeur d’un artiste, quelque chose qui le met en majesté ». Si la présence des deux esquisses laisse les historiens dubitatifs, la maison de ventes suggère une possible économie de matériaux, évitant à Gauguin (alors artiste émergent) d’employer une toile neuve pour des essais d’autoportraits. 

Paul Gauguin, Deux esquisses d'autoportraits, image ©Sotheby's Paul Gauguin, Deux esquisses d'autoportraits, image ©Sotheby's

Plus encore, les experts considèrent la toile comme l’un des seuls témoignages de l’amitié profonde qui unissait Gauguin et Pissarro. Les deux artistes se rencontrent en 1879, alors que Paul Gauguin abandonne son emploi d’agent de change et fait ses premières armes en tant que peintre. Il reçoit immédiatement les encouragements et les conseils avisés de celui qui deviendra son mentor, depuis les fondements de l’utilisation de la couleur, jusqu’à la recherche son indépendance artistique et stylistique. 

"Dans ce tableau, nous avons un hommage merveilleux de Gauguin à son maître. "

Les années passées sous la tutelle de Pissarro ont été particulièrement formatrices pour Gauguin. La vue du jardin témoigne de visites régulières dans la maison de son maître à Pontoise, et contient même un hommage touchant : dans le coin à droite, on devine la figure de Pissarro lui-même, qui avait pour habitude peindre sous une ombrelle fixée à son chevalet. 

Autre œuvre témoignant de la complicité entre les deux artistes, ce double portrait à quatre mains de 1880, image ©RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Tony Querrec Autre œuvre témoignant de la complicité entre les deux artistes, ce double portrait à quatre mains de 1880, image ©RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Tony Querrec

Bien plus qu’un simple paysage, Le Jardin de Pissarro est un hommage, un témoin d’amitié, et un double autoportrait de l’un des maîtres de la fin du XIXe, qui sera présenté pour la première fois aux enchères à Paris avec une estimation de 600 000 à 900 000 euros. 

L’état de conservation de l’œuvre est remarquable, et le prix de réserve n’a pas encore été fixé, mais comme l’a déclaré Sotheby’s, plusieurs tableaux de la période impressionniste de Gauguin ont atteint environ 2 millions de dollars dans le passé. 

Retrouvez toutes les œuvres d’art aux enchères sur Barnebys !