Francis Bacon naît à Dublin en 1909. Rejeté par son père en raison de son homosexualité, il part à Londres pour suivre ses études. Il part ensuite à Berlin puis à Paris, où il décore des appartements. La vocation artistique lui vient en visitant une exposition de Picasso à la galerie Rosenberg. 

Il loue un atelier dès son retour à Londres, en 1928. Ses premières toiles héritent du cubisme et du surréalisme (Painting, 1930). Mais ses références sont d’abord Vélasquez, Rembrandt et Cimabue. En 1934, Bacon organise une présentation à la Transition Gallery. Les critiques fusent. L’artiste hésite à poursuivre, puis il est finalement sélectionné pour l'exposition « Young British Painters ». Le processus de création qu’il utilise intègre alors l’acte de destruction. Bacon peint et jette toutes ses toiles jusqu’à ce qu’il parvienne à la version finale, la seule qu’il faille garder.

Francis Bacon, Self Portrait, 1930, image via Wikioo
Francis Bacon, Self Portrait, 1930, image via Wikioo

En 1945, lors d’une exposition à la galerie Lefèvre (Paris), Trois études de figures au pied d'une crucifixion (1944) provoque le scandale. La violence des images choque le public au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Le traumatisme des charniers ressurgit dans ces corps noueux, torturés, réduits au plus vil état de charogne dépecée. Un traitement pictural que Bacon réserve à l’ensemble du vivant. Que ce soit les hommes ou les animaux, la corruptibilité de la chair inspirée de Vélasquez inonde ses toiles (Study of man dog, 1952). Il peint les têtes et non les visages, comme le souligne Gilles Deleuze dans un texte célèbre.

Francis Bacon, Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion, 1944, image ©Tate
Francis Bacon, Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion, 1944, image ©Tate

Bacon vit à crédit auprès des galeristes. Il boit et joue compulsivement et fréquente le casino de Monte-Carlo entre 1946 et 1950, ce qui met un frein à sa production. La noirceur de ses toiles est sans précédent (Head I, 1948). Il entame une série de papes d’après Vélasquez, réalise un terrifiant Innocent X qu’il affuble de carcasses animales (Figure with meat, 1954), ces mêmes carcasses avec lesquelles il posera pour le magazine Vogue un peu plus tard.

Francis Bacon, After Velazquez Pope Innocent X, 1953, image via Wikipedia
Francis Bacon, After Velazquez Pope Innocent X, 1953, image via Wikipedia

Au tournant des années 1950, Bacon rencontre Lucian Freud. Commence une relation de trois décennies mêlée d’amour, d’amitié, de coups de gueule et de jalousies réciproques. Les portraits et autoportraits respectifs des deux peintres s’apprécient en miroir au fil d’une longue évolution picturale. Mais Bacon ne se prive pas de libertés. Inspiré par les clichés de Muybridge, il se représente en pleine copulation avec son amant, Peter Lacy (Two figures, 1953). La scène illustre sa vie faite de sexe, de violence et d’alcoolisme lourd. Bacon se fait battre, parfois presque à mort, mais ne s’en déplait pas.

Edward Muybridge, Wrestlers, vers 1880 -  Francis Bacon, Two Figures, 1953, image via Pinterest
Edward Muybridge, Wrestlers, vers 1880 - Francis Bacon, Two Figures, 1953, image via Pinterest

En 1954, il participe à la Biennale de Venise et en 1955, il bénéficie d’une première rétrospective à l’Institute of Contemporary Art. En 1961, il s’installe au 7 Reece Mews, à Londres. « Le chaos me suggère des images », déclare Bacon, et l’endroit se transforme en véritable taudis où s’entassent des centaines de pinceaux, de toiles et de magazines. Three studies for a crucifixion (1962) prend des tons lugubres de noirs et de rouges sanglants.

La cote de Bacon s’élève, mais lui s’endette toujours plus. Il s’engage avec la galerie Marlborough qui lui promet un salaire et une exposition à la Tate Gallery. Celle-ci a lieu en 1962 dans une ambiance sordide : la veille du vernissage, son amant se suicide.

Studio de Francis Bacon, 1998, image © The Estate of Francis Bacon
Studio de Francis Bacon, 1998, image © The Estate of Francis Bacon

La tragédie se répète à l’identique en 1971, lors de sa rétrospective organisée au Grand Palais. Le jour précédant l’inauguration, George Dyer, un autre amant du peintre, est retrouvé mort gisant sur les toilettes dans une chambre d’hôtel. Overdose ? Suicide ? Les faits sont gardés secrets pendant l’évènement. Comble de l’ironie, le président Pompidou admire une toile de Bacon représentant George Dyer assis sur des toilettes ! À ses côtés, Bacon reste pâle et mutique. Il peindra plus tard l’un de ses triptyques les plus glauques (Triptych, May-June 1973, 1973).

Francis Bacon, Triptych May-June, 1973, 1973, image via The Paris Review
Francis Bacon, Triptych May-June, 1973, 1973, image via The Paris Review

Bacon est désormais célèbre. Il fréquente les stars du showbiz et peint un portrait mutilé de Mick Jagger (1982). L’écrivain Michel Leiris lui inspire des toiles sur le sujet de la corrida, et c’est également à cette époque qu’il réalise des portraits en série de femmes, allant parfois jusqu’à l’obsession (Isabel Rawsthorne, 1971).

Cecil Beaton, Francis Bacon in His Studio, 1960, image © Christie's
Cecil Beaton, Francis Bacon in His Studio, 1960, image © Christie's

L’artiste meurt à Madrid en 1992, laissant derrière lui une œuvre crue, mais vraie. À l’image de sa vie. Sur le marché, ses triptyques emblématiques sont parmi les plus prisés. En 2013, Three Studies of Lucian Freud (1969) s’est vendu pour 142 millions de dollars (Christie’s New-York) devenant pendant un temps l’œuvre la plus chère du monde. Les moindres tableaux se vendent rarement en dessous de 400 000 ou 500 000 euros.

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(Image d'en-tête : Francis Bacon, Painting 1946 (détail), ©The Estate of Francis Bacon via MoMA)