Ce vendredi 8 avril, le journal Le Monde révèle les dessous d'une histoire des plus rocambolesques.

Philippe Maestracci, 71 ans, exploitant agricole de Dordogne et petit-fils d’un antiquaire juif, se bat depuis cinq ans pour faire reconnaître le vol dont a été victime son grand-père. Il accuse la famille Nahmad -l'une des plus puissantes familles de collectionneurs au monde- de détenir illégalement "L'Homme Assis (avec une cane)", une toile du peintre italien Amedeo Modigliani.

Amedeo Modigliani «Homme assis (appuyé sur une canne) », 1918 Huile sur toile, 126 × 75 cm COLLECTION PRIVÉE / BRIDGEMAN Amedeo Modigliani
«Homme assis (appuyé sur une canne) », 1918
Huile sur toile, 126 × 75 cm
COLLECTION PRIVÉE / BRIDGEMAN

En 1944, son grand-père Oscar Stettiner, citoyen britannique juif, se voit contraint de quitter Paris pour la Dordogne. Le commissariat aux questions juives nomme un administrateur provisoire qui disperse les biens de la société et vend le 3 juillet 1944, "un tableau de Modigliani" pour 16 000 francs (3 600 euros).

On perd ensuite la trace du tableau, jusqu'à ce qu'il réapparaisse lors d'une vente chez Christie's à Londres en 1996. Depuis plusieurs années, la justice américaine tente de déterminer à qui appartient cette toile, et l'héritier d'Oscar Stettiner accuse les Nahmad de la posséder en secret.

Mais la famille Nahmad a toujours nié détenir l'oeuvre. "Personne d’autre dans le monde, y compris la galerie Nahmad, Helly Nahmad ou David Nahmad ne possède la toile", avaient assené leurs avocats devant la cour suprême de l'Etat de New York. D'après eux, le tableau aurait été acheté par une obscure société panaméenne,  International Art Center (IAC).

Helly Nahmad, à gauche, et son avocat Benjamin Brafman sortant du Tribunal fédéral de Manhattan à New York en avril 2013 © KEYSTONE/Louis Lanzano Helly Nahmad, à gauche, et son avocat Benjamin Brafman sortant du Tribunal fédéral de Manhattan à New York en avril 2013
© KEYSTONE/Louis Lanzano

Seulement voilà, ultime rebondissement dans cette tempête judiciaire, l'enquête de Panama Papers permettrait d'établir un lien entre la famille Nahmad et une société panaméenne qui se nomme....International Art Center. Un document montrerait même que David Nahmad est l'unique propriétaire d'IAC depuis janvier 2014. Avec ces nouvelles pièces capitales à l'enquête, la justice américaine rouvrira-t-elle le dossier Modigliani?

Panama Papers risque de faire tomber beaucoup de têtes, mais il fera peut être le bonheur de cet exploitant agricole de Dordogne qui, depuis cinq ans, se dit spolié.

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