Spécialisée dans la peinture de la seconde moitié du XIXème et de la première moitié du XXème siècle, la Galerie Alexis Pentcheff dispose d’une librairie d’art, Le Puits aux Livres, et d'un espace de vente de cadres d’exception. À l'occasion de cette retrospective inédite, la galerie vous donnera les clés pour redécouvrir cet artiste sensible qui, plus encore que comme figure de peintre maudit, restera dans l’Histoire de l’Art comme l’incarnation de l’École de Paris.

Maurice Valadon est né le lendemain de Noël, le 26 décembre 1883, dans le quartier de Montmartre. À ce titre, il est un des rares peintres célèbres dits de Montmartre à y être effectivement né.

De père inconnu, il est le fils de Suzanne Valadon, modèle puis artiste peintre sulfureuse. Ce n’est qu’en 1891 que Maurice prendra la première partie du nom de son père putatif, le peintre Miguel Utrillo y Morlius, qui, probablement par simple bonté d’âme, accepta de reconnaître l’enfant.

La Butte Montmartre, au début du siècle dernier, était le foyer de la vie artistique parisienne (Avant que Montparnasse ne la supplante). Chagall, Picasso, Modigliani, Soutine, Zadkine, Kisling (pour ne citer qu’eux) et l’ensemble des artistes parisiens du début XXème donnèrent corps à l’expression "École de Paris", bien qu’aucune école n’ait à proprement parler existé. Ce terme communément admis rassemble seulement vingt années de peinture et d’échanges artistiques dans la capitale française.

Cet aparté sur l’École de Paris, dont Utrillo restera l’un des grands noms, s’avère nécessaire pour remonter jusqu’aux origines créatrices du peintre.

Tout commence avec sa mère, Suzanne Valadon. Posant pour des maîtres tels Puvis de Chavannes, Renoir ou encore Toulouse-Lautrec ("l’âme de Montmartre"), elle apprit à leurs côtés, devint peintre à son tour et poussa son fils à en faire autant.

Suzanne Valadon, Portraits de famille, 1912. Musée d’Orsay, déposé au musée national d'Art moderne, Paris. Debout de gauche à droite : André Utter, Suzanne Valadon, Madeleine Valadon. Assis : Maurice Utrillo. Suzanne Valadon, Portraits de famille, 1912. Musée d’Orsay, déposé au Musée national d'Art moderne, Paris. Debout de gauche à droite : André Utter, Suzanne Valadon, Madeleine Valadon. Assis : Maurice Utrillo.

Soutenu par un ami proche, André Utter (qui devint plus tard le second mari de Suzanne Valadon), Maurice Utrillo commença à peindre régulièrement. Les capacités d’autodidacte de sa mère étaient héréditaires puisqu’Utrillo, lui aussi, apprit seul, apprivoisant peu à peu les techniques de ces nombreux artistes qui traversèrent son adolescence et ses jeunes années.

C’est donc au sein d’un quartier montmartrois porté par une effervescence artistique intense qu’Utrillo affirma son talent.

Maurice Utrillo, Maison de Mimi Pinson, Montmartre, vers 1910-12. Galerie Alexis Pentcheff. Amie des peintres, modèle, muse d’Alfred de Musset, la dénommée Mimi Pinson est un personnage célèbre de Montmartre. Maurice Utrillo, Maison de Mimi Pinson, Montmartre, vers 1910-12. Galerie Alexis Pentcheff. Amie des peintres, modèle, muse de Musset, Mimi Pinson était un personnage célèbre de Montmartre.

Angoissé, d’une santé mentale fragile, Maurice Utrillo sombra très jeune dans un alcoolisme tenace. Suicidaire, violent pendant ses accès de folie, il accumulait cures en maison de santé et séjours à Montmagny (dans la maison achetée par son premier beau-père) ou dans un château de la région lyonnaise.

Malgré ces quelques tentatives loin de la vie de bohème qu’il menait à Montmartre, fréquentant assidûment cabarets et maisons closes, Utrillo dut, toute son existence durant, survivre entre crises nerveuses et moments d’apaisement.

L’exutoire à ses troubles mentaux que lui avait logiquement trouvé sa mère, l’exercice de la peinture, devint finalement son métier. Il peignit de nombreuses rues parisiennes, montmartroises essentiellement, dans un stylé épuré, sobre, authentique. Loin des concepts surréalistes et abstraits qui faisaient florès à l’époque, Utrillo trouvait sa principale source d’inspiration dans les cafés, les bars, les guinguettes, dans ces lieux agités qu’il connaissait si bien.

Maurice Utrillo, Belle Gabrielle, Montmartre, circa 1912-14. Galerie Alexis Pentcheff. Appartenant à son ami César Gay et tenu par Marie Vizier, le restaurant cabaret la Belle Gabrielle était un lieu familier d’Utrillo. Il y décora même la salle principale. Maurice Utrillo, Belle Gabrielle, Montmartre, circa 1912-14. Galerie Alexis Pentcheff. Appartenant à son ami César Gay et tenu par Marie Vizier, le restaurant cabaret la Belle Gabrielle était un lieu familier d’Utrillo. Il y décora même la salle principale.

Mais, paradoxalement, les paysages d’Utrillo sont presque désertiques. Au milieu de ces espaces qui semblent inanimés, seules une ou deux silhouettes errent ça et là (mais parfois aucune) et quelques tâches de végétation sont dispersées avec parcimonie. C’est toute la solitude d’un homme tourmenté que l’on retrouve projetée dans ces rues mises à nues, dans ces façades aux couleurs hivernales.

En référence aux étonnantes variations de tons de blanc qu’Utrillo obtenait, parfois en aplatissant au couteau un peu de ce plâtre que l’on fabriquait en quantité à Montmartre, on donna à la période s’étalant des années 1912 à 1914 le nom de "période blanche". Ces toiles sincères, desquelles ressort une sérénité nouvelle dans l’œuvre d’Utrillo, feront passer l’artiste à la postérité.

En 1922, l’exposition que lui consacre le marchand Paul Guillaume offre à Utrillo un succès retentissant. Débute alors la "période colorée" du travail du peintre. Les teintes se font plus vives, contrastant avec ce que l’artiste avait pu proposer jusqu’alors. En somme, nous pouvons voir les contrastes picturaux qui délimitent son œuvre comme étant à l’image de l’instabilité mentale qui conditionna sa vie.

Maurice Utrillo mourut à Dax le 5 novembre 1955, mais son œuvre, elle, est immortelle. C’est dans cette œuvre atypique et, en filigrane, dans la vie orageuse de son créateur, que la Galerie Alexis Pentcheff propose de vous plonger.

L'exposition "Utrillo, solitude urbaine" sera présentée à la Galerie Alexis Pentcheff du 22 septembre au 4 novembre, 131 rue Paradis à Marseille. Plus d'informations ici.

Maurice Utrillo, Lapin Agile, Montmartre, 1914. Galerie Alexis Pentcheff. Cabaret familier d’Utrillo, en face duquel il fut d’ailleurs enterré, au cimetière St Vincent de Montmartre. Maurice Utrillo, Lapin Agile, Montmartre, 1914. Galerie Alexis Pentcheff. Le Lapin Agile était un cabaret familier d’Utrillo, en face duquel il fut d’ailleurs enterré, au cimetière St Vincent de Montmartre.

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