Jan Broman and Per Broman Jan Broman and Per Broman

Barnebys: Comment est née votre passion pour la photographie ?

Jan Broman: Nous avons grandi dans une maison où la photographie était célébrée sur chaque mur. Notre père a déménagé à Stockholm pour travailler pour le magazine de photographie Kamera og Bild, alors Bonniers Bildbyrå.

À 9 ans, j'ai reçu mon premier appareil photo et j'ai développé mes photos dans le laboratoire de mon papa. C'était purement magique! Mon frère Per a poussé cet intérêt encore plus loin en suivant des études pour devenir photographe professionnel.

Bryan Adams, Jerry Hall, London 2013 Bryan Adams, Jerry Hall, London 2013

Pourquoi et comment avez-vous lancé le centre de photographie contemporaine Fotografiska à un moment où la plupart des Suédois ne considéraient pas cela comme une forme d'art haut de gamme?

L'idée est venue en 2007. À ce moment-là, nous faisions des foires et des festivals photo en travaillant plusieurs années sur des projets qui ne duraient que trois à quatre jours. Nous voulions quelque chose de plus durable.

Lorsque nous avons organisé une exposition autour des photographies de David LaChappelle sur Nacka Strand (une région de Stockholm) en 2008, c'était pour nous une façon de tester le public face à la photographie contemporaine. Nous avons été impressionnés par le nombre de visiteurs et l'intérêt de la presse (deux cents publications dans la presse!). C'est ainsi qu'à l'été suivant nous nous sommes lancés dans le projet de long terme de Fotografiska.

Le centre Fotografiska est situé à Stockholm et imaginé par Ferdinand Boberg 1906-1910 Le centre Fotografiska est situé à Stockholm et imaginé par Ferdinand Boberg 1906-1910

Quel a été le premier photographe exposé à Fotografiska?

Lors de la première exposition en mai 2010, nous avons exposé Annie Leibovitz, Lennart Nilsson, Joel-Peter Witkin et Vee Speers. Depuis, nous avons tenu plus de 170 expositions. Fotografiska est maintenant décrit comme une institution.

Fotografiska n'a jamais répondu au sens traditionnel d'un musée, nous sommes autofinancés et gagnons notre vie comme une entreprise, nous avons précisé dès le départ que nous ne voulions aucune contribution extérieure.

Exposition "Every Person Has Lost Something" Moustafa Jano, Fotografiska Stockholm Exposition "Every Person Has Lost Something" Moustafa Jano, Fotografiska Stockholm

Avez-vous pour ambition d'ouvrir dans plus de villes?

Absolument! Il y a quelques années, lorsque nous avons rencontré l'équipe de Barnebys, nous vous avions parlé des projets d'ouverture de Fotografiska dans plusieurs villes du monde.

Stockholm, Londres et bientôt New York. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps?

Cela dépend de différents paramètres. Tout d'abord, il s'agit de trouver le bon endroit et les bonnes personnes avec qui travailler avec, et bien sûr, il faut penser au modèle économique. Il faut des investissements énormes pour y arriver.

Fotografiska London à White Chapel Image courtesy Derwent London Fotografiska London à White Chapel
Image courtesy Derwent London

Preview de l'intérieur de Fotografiska à Londres Preview de l'intérieur de Fotografiska à Londres

Fotografiska a réussi à attirer un large public. Combien de visiteurs avez-vous par année?

Nous n'avons aucun visiteur, nous avons des invités. Cette année, nous aurons environ 530 000 invités qui visiteront Fotografiska. Ceci est comparable, par exemple, à la Tate Modern, qui a reçu un million de visiteurs payants l'année dernière.

Quelle a été votre exposition la plus visitée?

En fait, il n'y a pas d'exposition qui se distingue, toutes les expositions ont leur attrait. Nick Brandt a attiré un public tout à fait différent. Les familles sont venues, et avec eux la dynamique du lieu a changé. La plus visitée reste Annie Leibovitz, mais c'était l'exposition d'ouverture de Fotografiska.

Nick Brandt, "On This Earth A Shadow Falls Across The Ravaged Land" 2015 Nick Brandt, "On This Earth A Shadow Falls Across The Ravaged Land" 2015

Est-ce que l'on reconnaîtra Fotografiska à New York et à Londres?

Vous reconnaîtrez certaines parties du centre de Stockholm, le magasin, les salles d'exposition, le schéma de couleurs noir et blanc. Bien que chaque bâtiment ait son propre caractère et sa sensibilité.

Dans tous les endroits, nous nous concentrerons sur le 'plaisir durable', comme nous l'appelons.

Preview de l'intérieur de Fotografiska à Londres Preview de l'intérieur de Fotografiska à Londres

Quelle est la meilleure exposition que vous ayez jamais tenue à Fotografiska?

On me pose souvent cette question, et je réponds habituellement: la prochaine. Dès que vous vous lancez dans une nouvelle exposition, vous avez l'impression que ca va être la meilleure. Ce sentiment est encore vrai après sept ans.

Berning et Di Battista restent tout de même parmi les plus belles expositions que nous ayons organisées.

Comment fonctionne le processus de sélection pour vos expositions?

Nous avons une réunion du groupe une fois par trimestre pendant laquelle nous examinons les propositions qui sont entrées. Nous réfléchissons pour les deux années à venir. Ensuite, il faut contacter les photographes, se mettre d'accord légalement et choisir les oeuvres qui seront exposées.

Il y a souvent confusion entre les concepts d'art photographique et de photographie. Qu'en pensez-vous?

Cela dépend de quoi on parle. L'art photographique est un genre pour moi: il existe des photographies documentaires, des photographies d'art, des photographies scientifiques, des photographies de mode, etc. Tout est photographie, mais tout n'est pas art. La technique elle-même fait partie du monde de l'art d'aujourd'hui. On ne peut pas tout mettre dans des catégories, la photographie est dynamique et polyvalente.

Irving Penn Irving Penn

The Rolling Stones, Toronto 1994 Copyright Anton Corbijn The Rolling Stones, Toronto 1994
Copyright Anton Corbijn

Qui est votre principal défi?

Attirer le grand public qui préfère souvent le cinéma, la télévision ou d'autres loisirs.

Comment est-ce de travailler avec son propre frère?

Il y a très peu de friction, c'est une dynamique parfaite où l'énergie de deux personnes permet à l'ensemble de donner le meilleur. Nous ne sommes jamais en conflit dans le processus décisionnel. À l'heure actuelle, Per est responsable de Fotografiska en Suède alors que je suis responsable de Fotografiska à New York.

Les frères Broman dans leur nouvel espace de travail à New York Les frères Broman dans leur nouvel espace de travail à New York

Que se passe-t-il si un jour Per souhaite arrêter le projet ?

Il ne fera pas cela. Mais si cela se produit, je continuerai ce que nous avons commencé. Fotografiska est là pour durer.

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