En juin dernier, à l'annonce du Brexit, un vent de panique s'était levé sur le monde de l'art. Pourtant, l'apocalypse économique n'a pas eu lieu. La place de Londres pèse si lourd sur l'échiquier mondial de l'Art qu'aucune conséquence notable n'a pour le moment été noté du côté des galeries comme du côté des collectionneurs. C'est en tout cas ce que l'on observe pendant cette "super Art week" ou "Frieze week" qui se tient en ce moment dans la capitale britannique.

Lors du vernissage d'ouverture de Frieze Art Fair 2016 Image: Barnebys Lors du vernissage d'ouverture de Frieze Art Fair 2016
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Comme à l'accoutumée, les galeries françaises ont fait le déplacement à Londres pour prendre part aux deux foires organisées par Frieze. Mieux, plusieurs d'entre elles ont choisi cette semaine clé pour inaugurer leurs nouveaux espaces londoniens.

Kamel Mennour, qui ne jurait que par ses trois galeries parisiennes, a finalement ouvert un petit espace d'exposition à Londres au sein du complexe de l'Hôtel Claridge. "La programmation de Londres fera écho à celles de nos galeries parisiennes" nous explique-t-on sur leur stand de Frieze. "L'espace de 80m2 est assez restreint, il faut voir ce que l'on peut présenter. À terme cela pourra éventuellement devenir un lieu d'expérimentations dans lequel nous présenterons des group shows contrairement à la programmation de notre espace parisien, uniquement orientée autour de solo shows."

C'est d'ailleurs ce parti-pris qu'a choisi Mennour pour son stand de Frieze en présentant le travail de la franco-marocaine Latifa Hechakhch (Prix Marcel Duchamp 2013), car "c'est sur ce genre de salons que nous pouvons nous le permettre" nous confie la galerie, faisant référence à la réceptivité des visiteurs de Frieze.

Vue de l'exposition “Spring and Fall“ de Latifa Echakhch à la galerie Kamel Mennour Image: Barnebys Vue de l'exposition “Spring and Fall“ de Latifa Echakhch à la galerie Kamel Mennour
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Oeuvre intéressante que ces cloches brisées à même le sol qui font écho aux nombreuses églises détruites en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale. Dommage que la galerie n'assume pas jusqu'au bout cet engagement et conserve en arrière-plan une vitrine de leur galerie (Lee Ufan, Anish Kapoor, etc.) pour leurs collectionneurs.

Les quelques prises de risques sont en effet appréciées, comme celles de la galerie Chantal Crousel qui présente une oeuvre engagée de l'artiste arménien Melik Ohanian. L'artiste rend hommage aux ouvrières des usines d'armement de la Seconde guerre mondiale en les transformant en statues, créant un ensemble porté par une histoire forte et douloureuse.

Vue de l'oeuvre "Girls of Chilwell – Suspended Acting", 2014 de Melik Ohanian à la galerie Chantal Crousel Image: Barnebys Vue de l'oeuvre "Girls of Chilwell – Suspended Acting", 2014 de Melik Ohanian à la galerie Chantal Crousel
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"Pour chaque salon auquel nous participons, nous choisissons les artistes en fonction du public. Ici, nous avons adapté notre stand à une clientèle internationale et institutionnelle. Nous avons reçu la visite de plusieurs musées." nous explique un membre de la galerie.

Les artistes de la galerie Chantal Crousel sont pointus et de fait accessibles à un cercle réduit de collectionneurs ayant les moyens mais également la compréhension nécessaire à l'acquisition de pièces importantes de la scène contemporaine.

D'autres galeries choisissent un parti-pris différent, préférant jouer la carte de la sécurité dans un contexte économique tout de même incertain. C'est le cas de la galerie Almine Rech qui présente les artistes phares de la galerie (Jeff Koons, Gregor Hildebrandt ou encore Joseph Kosuth) sans grande prise de risque.

Vue du stand de la galerie Almine Rech, avec une sculpture de Jeff Koons avec en fond une oeuvre de Gregor Hildebrandt Image: Barnebys Vue du stand de la galerie Almine Rech, avec une sculpture de Jeff Koons avec en fond une oeuvre de Gregor Hildebrandt
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Idem chez Thaddaeus Ropac, où les noms (Robert Longo, Anthony Gormley, Tony Cragg) sont établis et connus des foires et grandes ventes aux enchères. La sélection est représentative de la galerie et permet aux collectionneurs internationaux de retrouver les pièces qu'ils apprécient habituellement.

Cependant, soulignons la qualité d'une oeuvre de Robert Longo positionnée stratégiquement au coeur du stand de la galerie et de fait attirant de nombreux regards ébahis par son extraordinaire réalisme.

Une oeuvre de Robert Longo qui s'est vendue dès le premier jour de Frieze Image: Barnebys Une oeuvre de Robert Longo qui s'est vendue dès le premier jour de Frieze
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Une stratégie payante selon le directeur de la galerie de Pantin: la galerie a "très bien vendu, surtout en début de foire".

On attendait beaucoup de la Galerie Perrotin, dont le dernier coup d'éclat dévoilait une privatisation spectaculaire du Grand Palais le 24 septembre dernier. Sur son stand de Frieze, Perrotin présente des oeuvres produites récemment (Murakami) et toujours représentatives de la ligne artistique de la galerie. Une petite oeuvre de Michael Salstorfer a cependant offert un aperçu d'une exposition 'hors les murs' organisée par la galerie dans le cadre de la FIAC.

L'oeuvre de l'allemand Michael Salstorfer exposé par Perrotin Image: Barnebys L'oeuvre de l'allemand Michael Salstorfer exposé par Perrotin
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Dans l'ensemble, les galeries francophones ont donc opté pour la sécurité, présentant les "superstars" de l'art contemporain dans des scénographies relativement traditionnelles.

Saluons les stands audacieux de la galerie Marianne Boesky présentant l'oeuvre 'totale' blanche d'Hans Op De Beeck ou encore l'appartement mélangeant ancien et contemporain d'Hauser&Wirth en collaboration avec le marchand Moretti et l’architecte Luis Laplace.

Vue de l'installation "On Vanishing" de Hans Op De Beeck de la galerie Marianne Boesky Image: Barnebys Vue de l'installation "On Vanishing" de Hans Op De Beeck de la galerie Marianne Boesky
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Vue du stand “Atelier d'artistes“ de la galerie Hauser & Wirth Image: Barnebys Vue du stand “Atelier d'artistes“ de la galerie Hauser & Wirth
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Dans un contexte économique difficile (Christie's et Sotheby's accusent respectivement une baisse de 37,5% et 24% au premier semestre 2016), les ventes de Frieze ont été mitigées et principalement faites en début de salon où les collectionneurs sont les plus actifs.

Qu'à cela ne tienne, pour ces galeries venues représenter leurs artistes phares à un public très international, "Frieze reste une foire incontournable, tout comme la FIAC" qui continue d'attirer des collectionneurs du monde entier et qui n'a plus à faire ses preuves, quand beaucoup d'autres ferment leurs portes suite à un marché déjà saturé.

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