Le Musée d'art moderne de Céret © Pierre Parce Le Musée d'art moderne de Céret
© Pierre Parce

Pourquoi Céret, charmant village de 7500 âmes des Pyrénées Orientales ? Tout d’abord en raison de la proximité géographique puisqu’une quarantaine de kilomètres seulement séparent ce lieu de Cadaquès, berceau fusionnel  et institutionnel du Maître. Nous sommes de plus en plein pays Catalan, territoire créatif de Dalí qui y a toujours séjourné plus de six mois chaque année avant de se livrer à sa tournée promotionnelle et récréative à Paris et New York, tel un rituel bien établi.

Photo: Courtesy of Jean-Christophe Argillet Photo: Courtesy of Jean-Christophe Argillet

Enfin, Céret (considérée comme la Mecque du cubisme) a très officiellement reçu Dalí le 27 août 1965 lors d’un voyage aussi triomphal que surréaliste. Dalí, vêtu d’un costume marin blanc à épaulettes et accompagné de Gala, est arrivé en calèche, a défilé dans les rues de la ville aux côtés d’un gigantesque rhinocéros en carton-pâte, déambulé dans les arènes, visité une cave pour se faire offrir une rose par le squelette de Descartes et quitté l’endroit en réempruntant la ligne de chemin de fer désaffectée  à bord d’un wagon de marchandises customisé pour l’occasion et terminer ainsi cette journée à son centre du monde, la gare de Perpignan.

L’exposition sur deux grands niveaux nous confronte d’abord à L’Angélus, le tableau de Millet, que Dalí s’approprie dès le début des années 1930 dans nombre de ses œuvres, fasciné par les résultats de l’imagerie scientifique appliquée lors de la restauration de cette célèbre peinture en 1932. Le Buste de femme rétrospectif ainsi que la série de gravures des Chants de Maldoror intégralement présentée, nous montrent comment Dalí, par sa fameuse méthode paranoïa-critique, décline et interprète ce grand classique de la peinture.

Photo: Courtesy of Jean-Christophe Argillet Photo: Courtesy of Jean-Christophe Argillet

Viennent ensuite, toujours sur ce modèle paranoïa-critique, plusieurs œuvres se rapportant à des images doubles voire multiples. Cette technique, initiée en peinture par Arcimboldo a été considérablement développée par Dalí pour inclure plusieurs niveaux de lecture d’une œuvre. Soit en y installant des signes dérobés qui, espère-t-il, viendront hanter l’esprit du spectateur, soit en transformant une œuvre pour en seconde lecture, lui donner un sens totalement nouveau.  Ainsi par exemple dans la peinture de 1930 Dormeuse, Cheval, Lion invisibles judicieusement exposée ici aux côtés de son dessin préparatoire, formes humaines ou animales alternent ou se confondent selon l’angle et l’acuité selon laquelle on contemple la toile.

Salvador Dali, "Lion, Cheval, Dormeuse invisibles", 1930 Huile sur toile Salvador Dali, "Lion, Cheval, Dormeuse invisibles", 1930
Huile sur toile

Est ensuite traitée et illustrée la stéréoscopie, en fait l’image en 3D sur laquelle s’est penché Dalí dès les années 1940 avec le photographe Philippe Halsmann (dont de très nombreuses et inédites photos sont présentées) puis qu’il a développé à la fin des années 1960 avec le photographe Marc Lacroix, utilisant deux images identiques (œuvres ou photos) mais traitées chacune avec un léger décalage de quelques millimètres. Entre elles est placé un double miroir à angle dièdre. Le spectateur qui colle son visage sur l’angle réunissant les deux miroirs voit alors l’image en relief.

Photo: Courtesy of Jean-Christophe Argillet Photo: Courtesy of Jean-Christophe Argillet

De nombreux autres aspects scientifiques dans l’œuvre Dalínienne sont développés et illustrés dans cette exposition : les structures de l’ADN, l’atome et le nucléaire, les anamorphoses, la géologie, l’astronomie, la putréfaction, la théorie des catastrophes ainsi que l’immortalité.

L’exposition pourtant fournie, aurait pu être encore plus impressionnante et complète si la Fondation Gala Dalí (qui gère le droit moral) n’avait eu de cesse d’empêcher les organisateurs de montrer telle ou telle œuvre et réclamer des droits extravagants, prenant tout simplement ombrage d’une exposition géographiquement si proche d’elle. Cette Fondation Avida Dollars qui maîtrise visiblement très bien la science du marketing ne devrait pourtant pas oublier que sans l’immense talent de Salvador Dalí elle ne serait rien et que l’œuvre d’un grand Artiste se doit d’être diffusée au plus grand nombre et non mesquinement capturée.

Dali en infrarouge, 1971 Photographie: Pierre Argillet Dali en infrarouge, 1971 Photographie: Pierre Argillet

Eurêka Dalí au Musée d’Art Moderne de Céret du 24 Juin au 1er Octobre 2017 - Ouvert tous les jours de 10h à 19h. Catalogue chez Somogy Editions 29€. 

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