Pascale_Bomy-6 Pascale Bomy devant un tableau de Savery
Image via gazettenpdc.fr

En quoi consiste votre mission de consultante pour Sotheby's France ?

En tant que consultante, je suis l'intermédiaire privilégié entre les vendeurs, amateurs d'art, collectionneurs et Sotheby's. J'agis comme un filtre lors du premier rendez-vous avec un collectionneur. Mon rôle est de les conseiller pour évaluer leur collection, une succession ou étudier la vente d'un bien. Ensuite, les clients restent libres de la décision de se séparer de l'œuvre ou pas.

Cela fait maintenant huit ans que je suis consultante pour Sotheby's. J'opère dans le Nord-Pas-de-Calais, en Picardie, dans l'Aisne. Mais j'ai aussi mon réseau national de clients, avec des collectionneurs à Paris, dans le sud de la France, etc.

Parlez-nous de votre parcours personnel.

J'ai un parcours atypique ! Je suis originaire de Calais. Je viens d'une famille de fabricants de dentelle. J'ai naturellement d'abord commencé dans ce secteur. Ensuite j'ai travaillé dans une agence de communication, puis j'ai été directrice de communication d'une librairie indépendante. J'ai été un temps consultante indépendante avant que Sotheby's ne m'approche. La maison recherchait un délégué pour la région Nord. J'ai toujours été passionnée par l'art et j'étais très enthousiaste à l'idée d'occuper ce poste.

Qu'aimez-vous dans votre métier ?

Il y a un aspect commercial et communication que j'aime beaucoup. J'adore le contact avec les collectionneurs qui sont tous des êtres passionnés et passionnants. Ce sont des relations qui s'inscrivent dans la durée entre la première prise de contact et la mise en vente de leur œuvre. On propose à chaque client un service sur-mesure qui doit toujours être en adéquation avec l'image de marque de Sotheby's.

Comment fonctionnez-vous avec les clients qui vous contactent pour une estimation ?

On prend rendez-vous avec le client désirant une expertise pour faire une première analyse de l'œuvre. Puis, à partir de photographies, si l'œuvre présente un intérêt pour notre marché, un expert de la maison m'accompagne pour confirmer l'authentification, l'attribution et la valeur.

La région Nord abrite-t-elle beaucoup de collectionneurs ?

Il y a une forte tradition de collectionneurs qui a débuté au début du XXe siècle, en art moderne, impressionniste et contemporain. De grandes familles issues de l'industrie du textile ont constitué de beaux patrimoines.

Les gens du Nord aiment rester discrets sur ce qu'ils possèdent. C'est pour cela qu'il était essentiel de mettre à leur service une professionnelle du tissu local. Je dois dire que le siège parisien a énormément soutenu ce développement en région.

Pourriez-vous nous parler d'un objet qui vous a particulièrement marqué ? 

L'émotion provient de l'œuvre elle-même, mais surtout de l'histoire autour de l'oeuvre. Je me souviens entre autre d'un manuscrit d'Apollinaire qui était resté pendant des années dans les mains d'une famille belge. Ce manuscrit est l'un des tout premiers rédigés par Apollinaire, il avait alors 18 ans. Il avait séjourné dans une auberge en Belgique et ce sont les descendants des propriétaires de cette auberge qui ont conservé le document.

Liber Amicorum De Marguerite Constant De Stavelot, contenant 2 poèmes Autographes d'Apollinaire, 1899. Liber Amicorum De Marguerite Constant De Stavelot, contenant 2 poèmes Autographes d'Apollinaire, 1899.

Lille et sa métropole ont été nommés Capitale Européenne de la Culture en 2004. Cette nomination a-t-elle contribué à faire du Nord un carrefour incontournable des amateurs d'art?

Oui, cet évènement a été capital pour la région. Il y a eu une couverture médiatique incroyable. Lille est un carrefour extraordinaire entre la Belgique et la Grande-Bretagne. En dehors de toute considération politique, Martine Aubry a fait beaucoup pour la culture dans la région.

Comment le marché a-t-il évolué depuis vos débuts ?

Ce qui est marquant, c'est la spectaculaire progression du marché de l'art contemporain et de certains artistes. Il y a aussi cette présence de plus en plus forte d'acheteurs asiatiques dans des domaines où on ne les attendrait pas forcément. Quand j'ai commencé, ils enchérissaient très peu sur l'art impressionniste et moderne par exemple. Ce n'est plus vrai aujourd'hui.

Selon vous, quels vont être les grands trends de 2016 ?

C'est difficile à dire, il y a encore eu peu de ventes en ce début d'année. Ce qui est sûr, c'est que malgré un ralentissement dû à la crise économique en Chine, les œuvres de qualité, rares ou les icônes réaliseront toujours d'excellents résultats. Le marché est indéniablement beaucoup plus sélectif qu'il y a un an mais toujours très fort pour le meilleur du marché.

Que pensez-vous de la relation de plus en plus proche entre l'art et internet ?

Internet ouvre beaucoup de fenêtres. C'est une incroyable source d'informations que je conseille à mes clients. De plus en plus, il faut que l'information soit accessible vite et facilement. Barnebys y contribue. Cet outil ouvre et démocratise l'accès à l'art. Chez Sotheby's, internet fait partie intégrante de notre stratégie. D'ailleurs, on a réalisé de très belles ventes en ligne l'année dernière, avec des objets vendus pour plus de 500 000 euros.

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