Mumbai Sale, image ©Sotheby's Mumbai Sale, image ©Sotheby's

Une nouvelle tentative

Sotheby’s fait ses débuts en Inde il y a plus de 25 ans avec une vente tenue à Mumbai en 1992 qui malheureusement, n’avait fait que renforcer le sentiment que le marché n’était pas assez robuste pour pouvoir y proposer des ventes régulières.

En 2016, la maison de ventes anglaise décide d'ouvrir des locaux à Mumbai et suite à l'observation d'une croissance du marché de l’art, a annoncé une vente au prestigieux Taj Mahal Palace Hotel fin 2018.

Le Taj Mahal Palace Hotel, image via localpress.co.in Le Taj Mahal Palace Hotel, image via localpress.co.in

Du côté de la compétition, Christie’s fait ses premiers pas dans le Sous-Continent en 2013 et a réitéré l’expérience chaque année jusqu’au printemps dernier. Christie’s a annoncé en mars 2017 que les ventes de décembre n’auront pas lieu et que la compagnie préfère se concentrer sur une activité en ligne, en plus des ventes « Modern and Contemporary South Asian Art ».

Une scène artistique qui se développe

Si le marché de l’art indien comporte plusieurs artistes de renom, leurs œuvres se vendent généralement lors de ventes d’art asiatique spécialisées à Londres ou à New-York. C’est le cas des œuvres de maîtres de l’art moderne comme Tyeb Mehta et Francis Newton Souza. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles Sotheby’s déclare qu’il était temps d’amener les enchères « directement à la porte des collectionneurs qui résident ici ».

Francis Newton Souza, Untitled (Large Head) , adjugé pour 1, 290 000 euros ©Christie's Francis Newton Souza, Untitled (Large Head) , adjugé pour 1 290 000 euros ©Christie's

Un autre facteur qui a pu ralentir le développement des enchères en Inde est l’esprit conservateur du marché local. Le pays se focalise majoritairement sur les artistes « maîtres » et laisse de côté l’art contemporain ainsi que le secteur des antiquités. Plusieurs grands artistes modernes venus du Sous-Continent ont trouvé leur place dans des musées internationaux, mais ce manque de diversité et de spécialisation dans d’autres secteurs ne suffit pas à garantir une visibilité globale.

Œuvres exposées lors de la Asian Art Week 2014 chez Christies New York, image©Christie's Œuvres exposées lors de la Asian Art Week 2014 chez Christies New York, image ©Christie's

Depuis 2009, le marché se solidifie progressivement avec l’arrivée des biennales de Kochi-Muziris et de Pune, ainsi que le Serendipity Arts Festival de Goa. Les maisons de ventes observent une demande croissante des collectionneurs indiens, qui réclament des enchères organisées directement sur le territoire. L’un des directeurs de Sotheby’s a déclaré que certains clients indiens ont dépensé jusqu’à 250 millions de dollars lors de ventes passées.

Anita Dube, Curator de la biennale de Kochi-Muziris Biennale 2018, image ©Kochi-Muziris Anita Dube, Curator de la biennale de Kochi-Muziris Biennale 2018, image ©Kochi-Muziris

La vente de Mumbai, une étape vers le succès ?

Le marché des enchères en Inde a fait les montagnes russes pendant ces deux dernières décennies. Si la montée fulgurante du marché en 2006 affichait 144 millions de dollars, le terrible crash économique de 2008 (seulement 47 millions de dollars pour les ventes) a anéanti les espoirs de voir l’Asie du Sud s’élever au rang des leaders mondiaux. La route est longue, mais les chiffres de l’année dernière sont prometteurs et s’élèvent, selon Artnet, à 88,7 millions de dollars.

La vente prévue pour décembre 2018 s’intitule « Boundless : Mumbai » et présentera d'importants artistes d’Asie du Sud ainsi que des artistes occidentaux qui ont démontré dans leur travail une influence de la culture indienne. L’œuvre de Tyeb Mehta, « Durga Mahisasura Mardini » (1983) est annoncée comme lot phare de la vente avec une estimation avoisinant les 3 millions de dollars. Le record de l’artiste a été enregistré à 3,6 millions de dollars par Christie’s lors d’une vente en mai dernier.

Tyeb Mehta, « Durga Mahisasura Mardini », image ©Sotheby's Tyeb Mehta, « Durga Mahisasura Mardini », image ©Sotheby's

La vente pourrait bien contribuer à remettre en marche l’activité des enchères et à long-terme remonter l’économie du pays, qui selon des prévisions récentes de l'ABN Amro Bank, devrait voir une évolution plus rapide que la Chine pour l’année à venir.

L’Inde et la Chine

La Chine est sur toutes les lèvres. Les records se succèdent et les chiffres spectaculaires des ventes du secteur de l’Art pour 2017 placent l’Empire du Milieu en tête du produit mondial.

Une étude comparative du Yes Global Institute reprend les chiffres de 2016 et montre que les ventes aux enchères en Inde ont cumulé 98,1 millions de dollars, contre 6,7 milliards pour sa voisine. Cela est dû en partie à la profusion de maisons de ventes aux enchères en Chine contre seulement une poignée sur le territoire indien.

Image Source: Arttactic South Asia Report 2017 Image Source: Arttactic South Asia Report 2017

Encore une fois, l’aspect conservateur du marché indien, qui concentre 71% de son activité sur l’art moderne (contre 5% pour le contemporain), ne peut s’opposer à la grande diversité de secteurs que la Chine a développée. Le CAA (China Association of Auctioneers) a rassemblé toutes ses forces pour promouvoir la croissance du marché des enchères en Chine, qui comprend des ventes majeures dans les secteurs de livres anciens, art contemporain, antiquités ou encore calligraphie. L’Inde ne bénéficie pas encore d’organisations culturelles pour appuyer son expansion de façon si efficace.

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Il semblerait donc que l’Inde se réveille doucement. Espérons que la vente de Mumbai contribuera au grand retour des enchères sur le territoire et comme le déclare avec réserve Mortimeer Chatterje, le co-fondateur de Mumbai Chatterje & Laj, « il est encore très tôt, mais il y a certainement un appétit des collectionneurs qui n’était pas là avant ».

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