Si Georges de La Tour avait tenu un blog, il n’aurait sûrement pas disparu de l’Histoire de l’Art pendant presque trois siècles. Si Vermeer avait mis ses toiles sur une plateforme de vente en ligne, il aurait certainement acquis une notoriété par delà les frontières de Delft et d’autres mécènes que Pieter van Ruijven auraient soutenu son œuvre: le peintre ne serait probablement pas mort en laissant  une dette colossale à la charge de son épouse. Si Cézanne avait posté la photo d’une aquarelle de la Sainte-Victoire sur Facebook, Maurice Denis aurait sans aucun doute "liké", Zola aurait même "partagé", Ambroise Vollard aurait immédiatement mis le cliché sur le site internet de sa galerie... L’œuvre aurait été connue d’Aix à Paris et Cézanne ne serait pas resté si longtemps incompris !

Paul Cézanne (1839-1906), Portrait d’Ambroise Vollard, 1899 (Petit Palais). Marchand d’Art et galeriste avant-gardiste, Ambroise Vollard exposa entre autres Gauguin, Cézanne (à partir de 1895), Picasso, Matisse… En leur donnant de la visibilité, Vollard fut l’un de ceux qui participa grandement à faire reconnaître ces génies trop en avance sur leurs temps. Paul Cézanne (1839-1906), Portrait d’Ambroise Vollard, 1899 (Petit Palais). Marchand d’Art et galeriste avant-gardiste, Ambroise Vollard exposa entre autres Gauguin, Cézanne (à partir de 1895), Picasso, Matisse… En leur donnant de la visibilité, Vollard fut l’un de ceux qui participa grandement à faire reconnaître ces génies trop en avance sur leurs temps.

Se battre pour faire reconnaître son génie… même les plus grands noms de l’Histoire de l’Art n’y coupèrent pas. Nombreux d’ailleurs sont ceux pour qui ce fut vain, tant ils étaient en rupture avec leurs contemporains.

Internet a-t-il vraiment bouleversé les stratégies des artistes en quête de notoriété ? Non. Pour les artistes émergents, la principale préoccupation reste de trouver quelques lieux où exposer leurs œuvres, de signer avec une galerie et de rencontrer, un jour providentiel, la personne capable de propulser une carrière. Les artistes ont toujours autant besoin d’intermédiaires influents (galeries, experts, foires, institutions culturelles, médias spécialisés) et d’espaces "physiques" d’exposition.

Mais, la visibilité étant bien la variable capitale qui conditionne le processus d’émergence des artistes, disons simplement qu’Internet offre à ces derniers une multitude de canaux supplémentaires pour exposer et vendre leurs œuvres. De fait, ces opportunités d’exposition digitale apparaissent aujourd’hui comme incontournables pour construire sa renommée d’artiste.

L’importance du site-vitrine

Alimenter les réseaux sociaux et se créer un site internet sont bien évidemment les premières étapes pour présenter au monde son travail. « La visibilité est ce qui importe le plus »  nous confie Aurélie Poux, artiste lauréate 2016 du prix des Arts visuels de la ville de Nantes. « En France, en sortant d’école, on a encore peu de contacts avec l’extérieur, il faut se faire repérer, on ne peut pas arriver avec son book dans une galerie en disant « je cherche une galerie », ça ne marche pas ! » poursuit-elle.

Dans un tel contexte, le site vitrine devient plus que jamais indispensable. Il permet à l’artiste de présenter quelques-unes de ses œuvres et, surtout, d’expliquer sa démarche artistique. Ce qui est peut-être le plus important : si l’œuvre est bien ce qui interpelle en premier, la présenter sans expliquer les intentions qui ont sous-tendu sa création serait, pour un(e) artiste encore inconnu(e), quasimment stérile. Contrairement aux réseaux sociaux sur lesquels la durée de vie de l’information est excessivement faible, le site internet est bien le média privilégié par lequel l’artiste cherchant à se faire connaître peut narrer sa démarche artistique, peut humaniser son œuvre auprès des visiteurs.

22851305_10156113448100288_565480691_o Aurélie Poux, (2017). Aurélie Poux cherche à représenter la douleur et à la rendre plus acceptable, presque plus douce, en ayant recours à l’univers enfantin. « J’ai fait ce choix pour la manière très singulière dont les enfants appréhendent, comprennent et interagissent avec le monde. La facilité à transformer ce qui les entoure ainsi que la capacité d’évasion et les ressources dont ils disposent face à l’adversité sont des facultés que j’essaye d’exploiter. De par leur imaginaire, leurs jeux, leurs croyances et leurs rêves, ils m’offrent la possibilité d’alimenter un réel ébranlé. » nous explique-t-elle sur son site.

En début de carrière, multiplier les espaces d’expositions en ligne ne pourra qu’amplifier la diffusion des œuvres et du discours qui les accompagnent. Ainsi l’artiste pourra, petit à petit, transmettre son projet à une communauté de plus en plus large. Et, pour nous amateurs d’Arts, ces espaces numériques d’exposition sont l’occasion rêvée de découvrir les univers de créateurs qui, peut-être, s’avèreront être les grands noms de demain. Mais, après les sites personnels des artistes et les réseaux sociaux, quels sont les autres espaces d’exposition digitale qui favorisent une telle convergence entre artistes émergents et amateurs d’Art ?

Les sites des concours artistiques

Les concours sont une étape incontournable pour tout artiste qui aspire à faire connaître son travail. Or, souvent, on trouve sur les sites internet de ces concours quelques œuvres des candidats. Citons à titre d’exemple La Convocation, concours annuel ouvert à tout élève inscrit en école d’Art. Pour chacun des soixante-quinze artistes sélectionnés, quelques visuels de leurs œuvres et une courte présentation sont visibles sur le site du concours. Voilà un espace d’exposition numérique formidable !

UNE-1-1500x600 75 candidats, 10 finalistes, puis 2 lauréats à qui sont offertes une place en résidence artistique et une exposition personnelle. Les expositions des deux lauréats de 2016, Nelson Pernisco et Jean-Baptiste Janisset, se sont tenues en septembre dernier.

Mais ne nous méprenons pas : pour l’artiste, l’intérêt majeur de ce genre de concours est de jouir des privilèges réservés au(x) lauréat(s), tels l’obtention d’une dotation, la mise à disposition d’un atelier, une invitation en résidence artistique ou encore l’organisation d’une exposition ("physique" cette fois évidemment).

Donc, si les concours sont des jalons essentiels du processus d’émergence d’un(e) artiste, c’est davantage pour les opportunités qu’ils laissent entrevoir que pour la visibilité en ligne temporaire qu’ils offrent. Toutefois, toute visibilité en ligne ne pouvant être négligée, les concours demeurent a minima pour l’artiste une occasion d’exposer virtuellement ses œuvres et de faire connaître son nom.

Là encore, pour l’amateur d’Art, parcourir les sites de ces concours est un excellent moyen de se familiariser avec la scène artistique émergente.

C’est en cela qu’Internet est une véritable révolution : la Toile facilite indéniablement la rencontre entre artistes émergents et amateurs d’Art. Et le corollaire économique est celui qui transforme nos économies depuis presque vingt ans maintenant : favoriser la rencontre virtuelle entre deux populations qui se cherchent, c’est évidemment favoriser la vente. Ainsi, forcément, voici les prochains espaces d’exposition numérique que nous ne pouvions omettre : ceux développés par les professionnels de vente.

Les galeries en ligne

En nette progression chaque année, le marché de l’Art en ligne offre sans aucun doute les perspectives de croissance les plus significatives que le secteur puisse espérer. Les acteurs connectés se multiplient, et les grandes galeries et maisons de ventes ont intégré des plateformes digitales à leurs business modèles. En connectant toujours plus artistes, professionnels de vente et amateurs d’Art, Internet permet l’avènement d’un marché de l’Art plus transparent. Ayant pour vocation de rassembler toutes les enchères et toutes les galeries en un seul endroit, Barnebys est d’ailleurs l’exemple type de cette mutation majeure que connaît le marché. Mais concentrons-nous, puisque c’est notre sujet, sur les acteurs qui se tournent directement vers les artistes émergents.

Pour les galeries, exposer des artistes émergents est l’assurance de participer à l’avenir du marché de l’Art (les œuvres anciennes se raréfiant, le marché tendra nécessairement à devenir de plus en plus contemporain). Elles sont donc très nombreuses à le faire, même celles dont la spécialisation semble éloignée de l’Art contemporain s’y essayent parfois, tandis que d’autres s’y consacrent entièrement. Et, pour les raisons économiques évoquées plus haut mais aussi pour pallier le manque de place, les galeries trouvent sur Internet le prolongement de leurs espaces "physiques" d’exposition, via leurs sites, ou parfois même via une plateforme dédiée.

Le marché en ligne ne cesse de croître (+24% en 2015, +15% en 2016 selon le rapport Hiscox). Caractérisé par l’avènement d’une nouvelle catégorie de collectionneurs (la génération Y), le marché en ligne a de beaux jours devant lui, même si l’acquisition à distance reste un frein majeur (79% des acheteurs dépensent moins de 5000 dollars par œuvre). Retrouvez l’analyse complète de Barnebys ici, et l’intégralité du rapport Hiscox ici. Le marché en ligne ne cesse de croître (+24% en 2015, +15% en 2016 selon le rapport Hiscox). Caractérisé par l’avènement d’une nouvelle catégorie de collectionneurs (la génération Y), le marché en ligne a de beaux jours devant lui, même si l’acquisition à distance reste un frein majeur (79% des acheteurs dépensent moins de 5000 dollars par œuvre). Retrouvez l’analyse complète de Barnebys ici.

Ainsi, grâce aux opportunités qu'apporte le marché de l'Art en ligne, certains artistes émergents, officiellement représentés ou seulement invités par une galerie, peuvent jouir d’une exposition digitale. Par exemple, on retrouve mises en vente sur ARTmine, la version numérique d’Agora Gallery, toutes les œuvres des artistes (émergents ou déjà établis) représentés par la galerie new-yorkaise. Et il en va de même pour la plupart des galeries : quasiment toutes présentent en ligne des œuvres, et certaines offrent la possibilité de les acheter directement.

Une aubaine pour les artistes exposés, mais également pour l’utilisateur à la recherche de la prochaine étoile montante du marché. Car là est tout l’enjeu. Le marché de l’Art contemporain est en un sens une course contre la montre : pour la galerie comme pour le collectionneur, le pari est de découvrir avant les autres les talents qui seront les stars du marché de demain. À ce jeu là, quelques galeristes de renommée mondiale excellent (Gagosian, Zwirner, Perrotin, White Cube, Thaddaeus Ropac, Max Hetzler…). Mais, si ces galeries lisent si bien l’avenir du marché contemporain, c’est surtout parce que ce sont elles qui l’écrivent en partie : leur influence sur le marché est telle qu’il leur est aisé, par les seuls choix qu’elles font, de créer les futures tendances. Pour un(e) artiste, traiter de près ou de loin avec des galeries de cette dimension est une consécration. Évidemment, très peu en ont la chance.

Pour la plupart des artistes émergents,  un moyen plus accessible d’exposer et de vendre leurs œuvres sur Internet est de signer avec une plateforme de vente en ligne. En effet, si beaucoup de galeries "physiques" ont effectivement une extension digitale, il en existe d’autres qui sont exclusivement numériques. Quoi de mieux pour découvrir facilement de nombreux artistes ? Et l’offre est tellement large qu’il devient désormais possible, pour l’amateur, d’acheter de l’Art sans se ruiner. Pour les très célèbres, citons Artsper, leader européen de la vente en ligne d’art contemporain, ou encore le géant américain Saatchi art. Pour les plus récents, citons Le Collectionneur moderne, une média galerie originale qui présente en vidéo tous les artistes qu’elle expose, ArtQuid, qui propose des visites 3D, KAZoArt, Artistics, Zeuxis ou encore Artmajeur… les modèles de galerie digitale ne manquent pas !

Tant d’artistes qui méritent d’être davantage reconnus et tant d’amateurs d’Art peuvent ainsi se retrouver. Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin...

L’application Waow!

Un tout nouvel acteur du marché de l’Art se veut plus révolutionnaire encore : Waow! (Wonderful Artists On Web !). Oubliez les scénographies trop sobres des galeries et les convenances trop rigides du marché de l’Art : Waow! prône une approche décomplexée de l’Art, grâce à un site et une application mobile colorés, qui permettent la rencontre instantanée entre artistes émergents et amateurs d’Art aux budgets modestes (les prix sont plafonnés à 1500€).

Sur Waow!, ce n’est plus au visiteur d’aller chercher l’œuvre qui pourrait lui plaire, c’est l’œuvre qui s’offre à lui. Waow! est en quelque sorte le Tinder du marché de l’Art : une œuvre apparaît et l’utilisateur n’a qu’à “liker” ou “disliker” pour pouvoir contempler l’œuvre suivante. Apparaissant aléatoirement (selon les filtres sélectionnés), les œuvres se succèdent et ne se ressemblent pas : ainsi se vit l’expérience de la découverte, une découverte authentique détachée de toute préconception esthétique.

Une œuvre "likée" rejoindra la collection virtuelle (la "W’alerie") de l’utilisateur, qui peut ensuite acquérir l’œuvre et/ou consulter les autres travaux mis en vente par le ou la même artiste (regroupés dans le "W’atelier" du "W’artiste"). Si c’est d’abord l’œuvre qui est présentée et non l’artiste qui en est l’auteur(e), c’est parce qu’« un coup de cœur vient toujours d’abord pour une œuvre en particulier plutôt que pour un(e) artiste » explique Jean-Valère Hamet, co-fondateur de l’application. « C’est ce coup de cœur que nous voulons favoriser, pour à la fois faire connaître des artistes émergents et proposer aux amateurs des œuvres originales qui ne soient pas hors de prix » continue-t-il.

En centralisant la création sans que les œuvres ne se perdent pour autant dans la masse, Waow! permet donc à chaque artiste d’être visible et à chaque amateur d’Art de trouver, au gré des "likes", la pépite tant espérée.

Côté artistes, l’application est un formidable tremplin : « notre mission est d’ouvrir un marché à des artistes outsiders, qui ne sont pas encore représentés par des galeries alors que certains de leurs travaux en sont pourtant dignes », confie Thibault Miranda, le second co-fondateur. Cette visibilité sur le marché va de pair avec le développement d’un réseau d’acheteurs, mais aussi, pourquoi pas, de galeristes : en effet, une galerie peut trouver en Waow! un vivier d'artistes ayant fait leurs premières preuves sur le marché, et donc susceptibles d'être exposés. Enfin, chaque artiste peut avoir un retour sur la réception de ses œuvres (grâce à l’exploitation des données des "likes" et "dislikes").

Seul le coup de cœur est juge : Waow! replace l’émotion au centre de la découverte. Et, peut-être que celui ou celle que l’Histoire de l'Art retiendra comme le génie du XXIème siècle aura fait ses débuts sur Waow!, qui sait ?

Goolies (2017), W’artiste : Francois-Cerfontaine Goolies (2017), W’artiste : Francois-Cerfontaine

Nombreux sont les exemples des grands noms de l’Histoire de l’Art dont le génie fut peu reconnu de leur vivant, ou tarda à l’être (peut-être d’ailleurs que le génie apparaît avec davantage d’éclat justement quand il est longtemps resté dans l’ombre…). Puisqu’il donne accès à tout, toujours et partout, Internet empêchera-t-il que le phénomène ne se reproduise ? Non, probablement : si Internet facilite indéniablement la rencontre entre artistes et amateurs, la concurrence entre artistes se fait aussi plus rude. "Émerger" reste un combat.

Quoiqu’il en soit, pour l’amateur d’Art, tous ces espaces d’exposition en ligne sont une chance inouïe ! L’avenir de l’Histoire de l’Art est là, sous nos yeux, rendez-vous compte ! Bien évidemment, on ne peut apprendre à se "faire l’oeil" en restant figé derrière son écran d’ordinateur ou de Smartphone: pour contempler une œuvre, l’idéal sera toujours de s’y confronter physiquement, de l’interroger du regard, de l’étudier sous différents angles. L’Art se vit, il a cette puissance tangible que des écrans interposés ne communiqueront jamais.

Mais cela n’empêche pas pour autant de parcourir tous les espaces d’exposition numérique évoqués dans cet article : complémentaires des espaces "physiques", ils sont des outils de découverte admirables. Je ne saurais que vous conseiller d’écumer les sites des artistes, des concours artistiques, des galeries digitales… Inscrivez-vous sur Barnebys, inscrivez-vous sur Waow! Mettez un peu d’Art dans tous les petits moments de votre vie car, c’est évident, celles et ceux qui écriront l’Histoire de l’Art de demain sont là, quelque part, sur la Toile : il serait quand même dommage de passer à côté !

Et, quand bien même vous ne dénicheriez pas le prochain La Tour, le prochain Vermeer ou le prochain Cézanne, vous trouverez forcément vos coups de cœur, ceux qui deviendront les fleurons de votre collection : oui, prenez garde, on devient toujours collectionneur plus vite que l’on ne le croit !

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