« Portrait d'Edmond Belamy », image ©Obvious « Portrait d'Edmond Belamy », image ©Obvious

La nouvelle saison semble être celle des premières fois : après l'annonce de Sotheby’s, qui devient la première maison de ventes à mettre un concept aux enchères (celui derrière l’œuvre Xuzhen Supermarket), Christie’s n’est pas en reste, et vient d’annoncer la première vente de l'histoire d'une œuvre produite par une intelligence artificielle, intitulée Portrait d'Edmond Belamy.

Signature de « l'artiste », visible sur la toile, image ©Obvious

Le mystérieux portrait a un petit goût d’inachevé, les traits du personnage sont brouillés, la composition est légèrement décalée vers le nord-ouest, tandis que certaines parties de la toile sont restées vierges. La signature de l’artiste, un long algorithme apposé sur le côté inférieur droit de la peinture, est peut-être la seule confirmation que l’œuvre d’art n’a pas été produite par un homme. Edmond de Belamy, tout comme son portraitiste, n'est d’ailleurs pas fait de chair et de sang, c’est un personnage de fiction avec un arbre généalogique.

Image via Art évidente Image via Art évidente

La peinture, estimée entre 7 000 et 10 000 euros, fait partie d’une série de portraits de la famille fictive des Belamy, une idée originale du collectif français Obvious, qui comprend Hugo Caselles-Dupré, Pierre Fautrel et Gauthier Vernier. Comme l'expliquent les trois membres, l'algorithme qui a généré le tableau « est composé de deux parties. D'un côté, il y a le Générateur, de l'autre le Discriminateur ». Le système a été relié à une base de données de 15 000 portraits peints entre le XIVe et le XXe siècle. Sur cette base, le Générateur crée des images similaires. « Le Discriminateur », poursuit le collectif, « cherche les différences entre les images créées par l'homme et celles produites par le Générateur. Le but est de berner le Discriminateur et de lui faire croire que les nouvelles images sont de véritables portraits. Et là nous avons un résultat ».

« Portrait de la Comtesse de Belamy », 2018, image ©Obvious « Portrait de la Comtesse de Belamy », 2018, image ©Obvious

Le projet avait pour objectif (à controverse) de démontrer que l'intelligence artificielle pouvait imiter la créativité humaine. Les instigateurs du projet ont donc soumis le fruit de leur travail au jugement d’humains, des « discriminateurs » faits de chair et de sang, qui ont confirmé (ou non) si la peinture était exécutée par un homme ou une machine, et s'ils la considéraient comme de l'art.

Les réactions des gens face aux œuvres « humaines » et « robotiques » étaient apparemment très similaires. Mais cela ne signifie pas que l'intelligence artificielle peut produire de l'art au même titre qu’un esprit humain, à moins que nous considérions l'art comme le résultat d'une intention purement esthétique.

Parmi tous ces doutes qui planent, la vente aux enchères de Christie's nous fournira au moins une réponse : le marché s'intéresse-t-il à l'art produit par l'intelligence artificielle ? La maison de ventes voit ici une opportunité de faire un pas vers le futur. « L’I.A. est l’une des nombreuses technologies qui auront tôt ou tard un impact sur le marché de l’art, même s’il est bien trop tôt pour savoir quels seront ces changements » révèle Richard Lloyd, spécialiste chez Christie’s.

La vente sera-t-elle une expérience isolée ou assisterons-nous à la naissance d'une nouvelle catégorie qui pourrait faire ses marques dans l’avenir des enchères ? Réponse le 23 octobre.

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