New-York, début des années quatre-vingt. La société qui gère le métro new-yorkais avait pris l'habitude de coller des caches noirs par dessus les vieilles publicités, en attendant qu'une nouvelle affiche soit collée. Il n'en fallait pas plus à Keith Haring pour exprimer son art.

Untitled, 1984. Photographié Ivan Dalla Tana. Via Keith Haring Foundation Untitled, 1984. Photographié Ivan Dalla Tana. Via Keith Haring Foundation

Rapidement, ces affiches noires deviendront son terrain de jeu. Armé de ses seules craies, Haring dessinait furtivement, presque sauvagement, avec la spontanéité que seule son inspiration géniale pouvait offrir. Des personnages désarticulés, des hommes en pleine lutte, des animaux fantastiques, des chiens, serpents ou insectes immenses, des aliens, soucoupes volantes ou autres ovnis se retrouvent emmêlés dans des compositions dynamiques. Et très souvent, c'était aussi le but recherché, les dessins se retrouvaient à côté de véritables publicités.

Deux dessins de 1982, collés à des publicités Deux dessins de 1982

Il est évidemment très difficile d'en estimer le nombre, mais Keith Haring aurait laissé entre cinq et dix mille dessins pendant ses pérégrinations dans les galeries souterraines de New-York. Certains furent immortalisés par le photographe Tsen Kwong Chi, autre figure de la figuration libre américaine, qui suivait Haring partout. Les milliers de clichés furent d'ailleurs l'occasion pour Haring de publier un livre, Art in transit (1984).  D’autres étaient décollés par des amateurs, qui suivaient le parcours de Haring. C'est précisément le cas de l'œuvre qui nous intéresse ici.

Un alien aux allures de pieuvre torture des personnages. Un seul n'a pas encore été attrapé par une des tentacules de l'alien. Dans le ciel, une soucoupe volante (Unidentified Flying Object, soit un OVNI en français) lance des éclairs de lumière sur le monstre.

Une fameuse journée de 1983, un employé du métro, Monsieur Wade, a décollé le dessin. Il l'a ensuite vendu à un collectionneur français, qui l'a exposé dans une galerie de Deauville. Quand soudain l'alien réapparut! Aujourd'hui, il est en vente à la maison de ventes aux enchères espagnole Duran Subastas. La vente aura lieu le 21 septembre. La pièce est estimée à 30 000 euros.

Ce génie de la scène underground new-yorkaise, qui côtoyait Warhol et Basquiat au Club 57, a gagné sa légitimité dans la rue, loin des lieux classiques d'exposition. Ses dessins engagés (contre le racisme, l'apartheid, l'homophobie, le nucléaire...), mais aussi ses pop-store (qui propagèrent ses dessins, reproduits sur des produits dérivés, à une large population) construisirent un langage visuel qui a indéniablement marqué l'art du XXème siècle. Les symboles crées par Haring, notamment son célèbre Radiant Baby, le firent devenir symbole lui-même.

Keith Haring dessinant dans le métro new-yorkais Keith Haring dessinant dans le métro new-yorkais

 

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