L'une des oeuvres présentée lors de la vente a attiré notre attention, de par la place particulière qu'elle tient dans la carrière de son créateur. Explications.

Le jockey perdu, René Magritte, 1947 - 1948, gouachantes sur papier - Image: Sotheby's Le jockey perdu, René Magritte, 1947 - 1948, gouache sur papier - Image: propriété de Sotheby's

Le jockey perdu, une étonnante gouache sur papier, a été réalisée par René Magritte en 1947-1948 et tient une place particulière dans la carrière de l’artiste. En effet, le jockey est apparu pour la première fois dans un papier collé, puis dans une huile sur toile (présentée à Bruxelles en 1927 dans sa première exposition solo), avant d’être dépeint dans une série de gouaches du même nom. Le jockey se trouve être le premier sujet que l’artiste à décidé de décliner sous plusieurs mediums et fait parti des sujets les plus significatifs de son œuvre.

Le jockey perdu, René Magritte, 1926, gouache, papier collage, encre noire et crayon sur papier L'une des premières ébauches du Jockey Perdu, René Magritte, 1926, gouache, papier collage, encre noire et crayon sur papier - Image: propriété de Christie's

La gouache de 37 par 46 cm adjugée par Sotheby's en février provient de la collection de William N. Copley, un proche et ami de l’artiste, qui en 1948 ouvre sa galerie éponyme à Beverly Hills et accueille en moins d’un an six expositions légendaires comprenant Magritte, Tanguy, Ernst, Man Ray, Cornell et Mata.

William N. copley - Image: Art of America William N. copley - Image: Art of America

Vendue aux enchères par Sotheby’s New-York en 1959, l’œuvre entre en possession du collectionneur Stanley N. Barbee, avant de retourner chez Copley et qui y résidait jusqu'à ce jour. Estimé entre 1 000 000 et 1 500 000 livres sterling, Le jockey perdu a atteint les 1 929 000 livres sterling.

Les années 1947-1948 représentent un moment à part dans la carrière de Magritte, considéré comme ce que les historiens appellent « La Période Vache ». Dans cette période de production picturale, l’artiste dépeint des personnages absurdes dans un style grossier, aux coulures exagérées et bien loin de son style soigné. Les œuvres résultant de cette période étaient destinées à sa première exposition à Paris en 1948 et déclarées par les critiques comme se rapprochant du Fauvisme. Le jockey perdu, pourtant réalisé au milieu de la « Période Vache », passe entre les mailles du filet et conserve le trait soigné propre à l’artiste, qui affectionne probablement trop le sujet pour le soumettre à des expérimentations stylistiques.

René Magritte, "The Tow Plug", 1947 - Image: Weimarart.com Période Vache: René Magritte, "The Tow Plug", 1947 - Image: Weimarart.com

La composition de l’image comporte des éléments solidement ancrés dans le style pictural de Magritte, comme les rideaux ou les bilboquets, que l’on retrouve dans de nombreux travaux. Célèbre pour ses paradoxes visuels, l’artiste oppose la vitesse à laquelle le jockey semble s’élancer et l’immobilité de son environnement. Sujette à de nombreuses interprétations, l’œuvre fut également mise en corrélation avec l’univers d’Alice au Pays des Merveilles par le critique surréaliste Patrick Waldberg.

Un jour questionné par Harry Torczyner sur l’origine de cette image, l’artiste explique qu’il avait pour habitude de fréquenter les courses de chevaux au moment où les balustrades et bilboquets faisaient déjà partie de son vocabulaire artistique.

René Magritte, Illustrations pour "The Chants of Maldoror", 1948 - Image Pinterest via Barnebys René Magritte, Illustrations pour "The Chants of Maldoror", 1948 - Image Pinterest via Barnebys

L’œuvre signée et datée par l’artiste a été exposée à New-York et Beverly Hills en 1948 et apparaît dans plusieurs extraits de littérature, comme les célèbres « Lettre de Magritte à Alexander Lolas ». Mis aux enchères par l’un des membres de la famille Copley, Le jockey perdu a sans surprises surpassé son estimation.

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