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« Entre le Christ et les Beatles, il y a Napoléon »

Maître Jean-Pierre Osenat

Que l’on parle de collectionneurs français ou internationaux, tous ont leurs raisons pour vouloir s’approprier une part du mythe. Certains diront être passionnés par son histoire, d’autres admirent son esprit stratégique, et d’autres encore sont attachés à la dimension du patriotique.

Toujours est-il que l’engouement du public pour le chef de guerre ne tarit pas, comme le prouve la très récente vente Rockefeller chez Christie’s qui enregistre un nouveau record avec le service en porcelaine de Sèvres personnel de l’Empereur, vendu pour 1,8 millions de dollars. La maison de ventes déclare que la provenance napoléonienne de l’objet (doublée du nom Rockefeller) est le principal facteur de la flambée du prix.

Image ©Christie's Image ©Christie's

Ce qui est intéressant avec la dispersion des effets personnels d’une personnalité historique, c’est la variété des objets qui apparaissent en salles des ventes. Des lots chargés d’histoire qui offrent un voyage dans la vie de leur propriétaire de l’époque. C’est notamment grâce à la maison Osenat que la fascination perdure. Pour ses ventes régulières intitulées « Empire à Fontainebleau », Osenat déniche des souvenirs historiques, des manuscrits et armes anciennes pour le bonheur des passionnés de l’Empire. La vente de novembre 2017 enregistre l’adjudication du célèbre bicorne et de la feuille d’or de la couronne de Bonaparte.

Buste de Napoléon, maison de ventes Osenat, image ©Osent Buste de Napoléon, maison de ventes Osenat, image ©Osenat

Selon Maître Jean-Pierre Osenat, avec qui nous nous sommes entretenus, Napoléon est une personnalité extrêmement moderne qui attire aussi les jeunes générations. Sa vie est symbolique, c'est l'histoire d'un homme très intelligent parti de rien, qui devient le maître du monde pendant une courte période. Son ascension et son règne sont spectaculaires, mais c'est aussi l'histoire de sa chute et de son exil qui ajoute à la légende. Pour expliquer l'engouement intarissable des collectionneurs, Maître Osenat répond simplement qu'avec Napoléon 1er, nous ne sommes pas dans la nostalgie d'une royauté figée, mais dans le souvenir d'une personne active, qui a encore un impact aujourd'hui.

Alors sans plus attendre, voici quelques objets napoléoniens qui ont fait l’objet des plus belles batailles aux enchères.

L'assiette du service des Quartiers Généraux

Une rare assiette du service « des quartiers généraux », présentée par Osenat en 2014, trouve acquéreur pour 410 000 euros, contre une estimation entre 60 000 et 80 000 euros. La précieuse assiette en porcelaine de Sèvres est emmenée par l’Empereur lors de son exil sur l'île de Sainte-Hélène. La bordure de couleur or et verte est ornée d’une frise de glaives et de feuilles de laurier, tandis que le centre peint par Swebach représente le bivouac avec les tentes de l’Empereur.

Assiette du service des Quartiers Généraux, image ©Osenat Assiette du service des Quartiers Généraux, image ©Osenat

Le guéridon de Sèvres

Côté mobilier, c’est Sotheby’s qui organise la vente de ce guéridon en porcelaine de Sèvres, une commande spéciale de Napoléon en 1811 qui malheureusement, ne sera pas achevée durant son règne. Selon Alexandre Brogniart, administrateur de la manufacture de Sèvres, le décor de la table devait comporter des illustrations de l’Empereur et de ses proches, ainsi que des vues de palais royaux relatifs à son histoire.

Au total, six palais différents situés à Paris et ses alentours sont choisis pour orner le guéridon. Le château des Tuileries figure au centre, tandis que ceux de St. Cloud, Rambouillet, Compiègne, Fontainebleau et le Trianon sont placés en bordure. En novembre 2007, c’est le prix extraordinaire de 5 610 000 euros qui est atteint pour la « Table des Palais Royaux ».

Guéridon, « Table des Châtaux Guéridon, « Table des Palais Royaux », image ©Sotheby's

La feuille d'or

En 2017 chez Osenat, l’intérêt des collectionneurs se confirme avec la vente d'une feuille de laurier en or finement travaillée, au poids presque dérisoire de 10 grammes. Elle est à l'origine destinée à la couronne que Napoléon 1er doit porter lors de son sacre en 1804, mais le destin en décidera autrement.

L’Empereur juge la couronne trop lourde à porter pour sa tête royale, ce qui pousse l’orfèvre à retirer 6 feuilles de sa création. L'artisan les offre ensuite à chacune de ses filles. Celle qui apparaît en salle des ventes en 2017 est restée en possession de la descendance de l’orfèvre, tandis la trace des cinq autres a été perdue au cours de l'histoire. La petite feuille de laurier explose son estimation et entre en possession d’un collectionneur étranger pour 600 000 euros.

Feuille d'or, image ©AFP Feuille d'or, image ©AFP

Feuille d'or, image ©AFP Feuille d'or, image ©AFP

La bague de fiançailles

En 2013 chez Osenat, la vie sentimentale de l'Empereur est exhibée aux yeux du public avec la vente de la bague de fiançailles qu'il offre à Joséphine de Beauharnais. Les fiançailles sont annoncées le 24 février 1796 et le couple se marie quelques semaines plus tard. Ce témoin de l'union royale est une superbe pièce d’orfèvrerie composée d’une bague en or sur laquelle sont sertis un diamant et un saphir taillés en poire, placés en position dite « Toi et Moi ». Le bijou provient de la collection de L’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie (et de leur descendance) et s'envole 730 000 euros.

Bague de fiançailles, image via Histo'blog.com Bague de fiançailles, image via Histo'blog.com

Bague de fiançailles, image via Histo'blog.com Bague de fiançailles, image via Histo'blog.com

« Aujourd'hui les objets napoléoniens nous sont confiés, nous n'allons plus les chercher. »

Maître Jean-Pierre Osenat

Le contrat de mariage

Le contrat de mariage entre Bonaparte et Joséphine de Beauharnais est présenté à la vente en 2014 à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine et fait l’objet d’une rapide flambée des prix, qui iront jusqu'à 437 500 euros (frais compris). Le contrat stipule qu’il « n’y aura aucune communauté de biens entre les futurs époux », et qu’ils ne seront donc pas tenus des dettes de l’un ni de l’autre. Le précieux document, exemplaire personnel de Joséphine, est signé le 8 mars 1796, soit un jour avant la cérémonie qui unira l’Empereur à sa promise. Le mariage se tient juste avant le départ de Napoléon pour son commandement italien.

Le contrat de mariage entre Napoléon et Joséphine, daté du 8 mars 1796, image ©Thomas Samson, AFP Le contrat de mariage entre Napoléon et Joséphine, daté du 8 mars 1796, image ©Thomas Samson, AFP

La Perle Régente

La Perle Régente, ou Perle Napoléon, est une perle naturelle en forme de goutte d’eau dont la taille avoisine celle d’un œuf de pigeon. Adjugée en 2005 chez Christie’s à Genève pour 2,9 millions d’euros, elle reste l’une des perles les plus chères au monde. Achetée par Napoléon 1er en septembre 1811 au joaillier François-Régnault Nitot, elle est destinée à parer le diadème de sa deuxième épouse, Marie-Louise. À l’époque de son acquisition, la Perle Napoléon est classée comme la 5ème plus grosse perle au monde.

La Perle Régente ou Perle Napoléon, image ©Christie's

Le sabre à Marengo

Place au champ de bataille avec l'unique arme de guerre de notre sélection, qui n’est pas des moindres. Ce sabre, classé monument historique, entre en salle des ventes chez Osenat en 2007 avec une estimation entre 1,2 et 1,5 millions d’euros. D’une longueur de 97 cm, il est réalisé par la manufacture de Versailles et est porté par Napoléon 1er Consul lors de la bataille de Marengo le 14 juin 1800. Bonaparte monte au front armé de son sabre pour encourager ses troupes et contre toutes attentes, remporte la victoire. Le marteau tombe pour 4,8 millions d’euros et établit alors un record mondial pour un souvenir de l’Empereur.

Sabre à Marengo, image via Aucoeurdel'histoire Sabre à Marengo, image via Aucoeurdel'histoire

Sabre à Marengo, image via Lemonde Sabre à Marengo, image via Le Monde

Le bicorne

L’objet napoléonien dont tout le monde parle en 2014 est remarquable, d’abord pour son prix, mais surtout pour le symbole qu’il représente. Le bicorne en feutre dit « castor noir », fait partie des 19 couvre-chefs authentifiés de Bonaparte. Il est acquitté pour un montant qui s’élève à 1,8 millions d’euros (frais compris) à un homme d’affaires sud-coréen, Kim Hong-kuk, surnommé le « roi du poulet » pour sa position à la tête du géant agro-alimentaire Harim.

Bicorne, image© Patrick Kovarik, AFP Bicorne, image© Patrick Kovarik, AFP

Plus qu’un achat spontané, le collectionneur explique qu’il est un fervent admirateur de Napoléon 1er, dont « l’esprit indomptable » caractérise aujourd’hui un exemple pour les hommes d’affaires modernes. Il déclare : « Alors, j’ai acheté le chapeau pour insuffler un vent nouveau à l’esprit d’entreprise ».

Kim Hong-kuk lors de la vente aux enchères, image ©Dominique Faget, AFP Kim Hong-kuk lors de la vente aux enchères, image ©Dominique Faget, AFP

Napoléon décède le 5 mai 1821 à l'âge de 51 ans, lors de son exil sur l'île de Sainte-Hélène. Officiellement, l'Empereur aurait succombé à un cancer de l'estomac, tandis que d'autres théories soutiennent qu'il aurait été empoisonné à l'arsenic. Un tableau poignant de Charles de Steuben réalisé en 1828 capture la scène de ses proches pleurant sa disparition autour de son lit de mort.

Cet incroyable masque mortuaire a été vendu à l’hôtel Drouot à Paris le mardi 7 novembre 2017 par la maison Coutau-Bégarie. Sa particularité : il est en cire et non en plâtre ou en bronze, comme les masques traditionnels. La finesse de son exécution ainsi que les détails apportés aux traits du visage lui confèrent un réalisme remarquable. Le masque de cire pourrait, d’après les spécialistes, dater d’avant 1833 et avoir été fait à partir d’un des moulages initiaux coulés par Antommarchi. Lors de la vente, le prix d'adjudication s'élève à 290 000 euros.

Masque mortuaire, image © Masque mortuaire, image ©Coutau-Bégarie

L’Empereur, le Pacificateur, le Petit Caporal ou le Grand Général, Napoléon Bonaparte reste un personnage fascinant pour le public, en France comme à l’international. Son esprit de combat, son règne, sa chute ou son exil sont autant d’éléments qui rendent son histoire passionnante, et qui poussent parfois des admirateurs à débourser quelques millions pour repartir avec le témoin de l’existence d’un mémorable chef de guerre.

Et lorsqu'on lui demande quel est le plus bel objet napoléonien jamais vendu aux enchères, Maître Jean-Pierre Osenat nous répond :  « C'est celui que je vais vendre dans 6 mois. Je ne sais pas encore ce que c'est, mais j'aime penser que la plus belle vente est toujours celle à venir...  »

Un collectionneur à part

Lorsque l'on parle de Napoléon aux enchères, difficile de ne pas mentionner Pierre-Jean Chalençon, le collectionneur de Napoléon le connu de l'Hexagone. Ce féru de l'histoire napoléonienne possède entre 2 000 et 3 000 pièces en lien avec Bonaparte. Surnommé « l'Empereur » chez Drouot, Chalençon est une tête connue dans les salles de ventes. Il est aujourd'hui gérant de la Société Civile du Palais Vivienne et fait partie du comité du Souvenir Napoléonien. Sa collection a été exposée à de nombreuses reprises dans de grands musées français et internationaux.

« Des fois je dis que je vis avec Napoléon, et quand on vient chez moi...on comprend ce que je dis.

Pierre-Jean Chalençon, interview pour BFM TV

Le Palais Vivienne, Paris, image via Intekultur Le Palais Vivienne, Paris, image via Intekultur

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