Cinq choses à retenir sur le marché des enchères en 2018

Le monde des enchères tourne la page sur l’année 2018, qui, entre records d’artistes, dispersions de collections phares, et nouveaux concepts, nous a offert quelques rebondissements.

Cinq choses à retenir sur le marché des enchères en 2018

1. Nouveau records

Edward Hopper, Chop Suey, 1912, image ©Christie's
Edward Hopper, Chop Suey, 1912, image ©Christie's

L’œuvre la plus chère de 2018, Nu Couché (sur le côté gauche), est passée sous le marteau de Sotheby’s en mai lors d’une vente d’Art Impressionniste et Moderne très attendue. Avec 157,2 millions de dollars, et à défaut d’établir un nouveau record pour Modigliani, le tableau enregistre le record de l’année, de la maison de ventes et se place comme la quatrième œuvre la plus chère du monde.

Pour les records d’artistes, on retrouve Edward Hopper avec Chop Suey, qui avec 91,8 millions de dollars, pulvérise son ancien prix par deux fois lors d’une vente chez Christie’s en novembre, et Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) de David Hockney, adjugé le lendemain pour 90,3 millions de dollars. L’œuvre d’Hockney devient par la même occasion l’œuvre la plus chère d’un artiste vivant, détrônant le Balloon Dog (Orange) de Koons. L’Odalisque couchée aux magnolias d’Henri Matisse a suivi le mouvement, puisqu’elle signe le record de l’artiste chez Christie’s en mai avec 80,8 millions de dollars, lors d’une bataille qui a duré moins de trois minutes, tandis que René Magritte grignote sa part avec Le principe du plaisir, une toile vendue pour 26,8 millions de dollars (toujours chez Christie’s).

2. Nouveaux concepts

Portrait d’Edmond de Belamy, image ©Obvious
Portrait d’Edmond de Belamy, image ©Obvious

L'année 2018, c’était aussi celle des premières fois, et pour cause, les deux leaders mondiaux se sont prêtés au jeu en proposant des lots encore inédits sur le marché des enchères. En octobre, Christie’s a offert la première œuvre réalisée par une intelligence artificielle. La toile, intitulée Portrait d’Edmond de Belamy (un personnage fictif), a été conçue par un système d’algorithmes mis en place par le collectif français Obvious, et s’est vendue pour 432 500 dollars, contre une estimation de 7 000 à 10 000 dollars.

Sotheby’s de son côté, a annoncé la première vente aux enchères d’un lot intangible : un concept. C’est l’idée derrière le Xuzhen Supermarket, une installation créée par l'artiste chinois Xu Zhen, qui est passée sous le marteau à Hong Kong en septembre, remportant une adjudication de 220 044 euros (estimation haute de 165 000 euros). L’acheteur a donc obtenu la licence lui autorisant à reproduire l’œuvre en collaboration avec son fondateur.

Avec la montée du digital et le débat autour de la technologie Blockchain, Christie’s est également devenue la première maison à opérer une vacation en utilisant ladite technologie. Grâce à une collaboration avec le registre Artory, la maison a dispersé la collection de Barney A. Ebsworth (comprenant Chop Suey d’Edward Hopper) en novembre à l’aide d’un catalogue utilisant les informations sécurisées des « chaînes de blocs ».

3. L’orfèvrerie a le vent en poupe

Perle ayant appartenu à Marie-Antoinette, image ©Sotheby's
Perle ayant appartenu à Marie-Antoinette, image ©Sotheby's

Les objets ayant appartenu à des célébrités ou à des personnalités historiques sont souvent au goût du public. L’année 2018 a accueilli l’incroyable collection de bijoux de la Reine de France Marie-Antoinette, présentée chez Sotheby’s à Genève lors des prestigieuses ventes d’orfèvrerie de septembre. La collection, sauvée in-extremis par la reine alors qu’elle tente de fuir la France avec sa famille en mars 1791, a resurgi après plus de 200 ans d’absence, procurant, selon la maison de ventes, « un aperçu captivant de la vie menée par sa propriétaire il y a plusieurs centaines d’années de cela ». Le lot star, une perle naturelle placée sur un pendentif en diamant, n’a pas seulement écrasé de 18 fois son estimation de 2 millions de francs suisses, mais a également établi le record mondial pour une perle vendue à l’encan. L'adjudication s'élève à 36,42 millions de francs suisses (32 millions d'euros), tandis que la collection entière a généré 53,5 millions de francs suisses (47 millions d'euros).

Sa découverte avait attiré l’attention des collectionneurs et des connaisseurs du monde entier. The Pink Legacy, un diamant rose dit « Fancy Vivid Pink » taillé dans une forme rectangulaire, pesant en moyenne 19 carats, est arrivé chez Christie’s avec de vraies promesses. Sa couleur, certifiée d’une pureté rarissime, couplée à son poids et son envergure remarquables, fait du Pink Legacy l’un des diamants rose les plus extraordinaires. Son adjudication de 50,3 millions de dollars, soit 2,65 millions par carat, a établi un nouveau record pour un diamant rose (par carat), en novembre.

4. Des collections privées hors-norme

The Rival de Diego Rivera dans le salon des Rockefeller, image ©Christie's
The Rival de Diego Rivera dans le salon des Rockefeller, image ©Christie's

Impossible de passer à côté de la dispersion historique de la collection de David et Peggy Rockefeller, qui a totalisé 832,6 millions de dollars, un nouveau record pour une collection privée vendues aux enchères. C’est à la maison de François Pinault que le milliardaire avait confié la mission avant sa mort. Avec plus de 1 500 objets, sept sessions d’enchères, et une tournée mondiale avec sept destinations au compteur, la vente a vu quelques belles adjudications, comme celle des Nymphéas en fleur de Monet (84,7 millions de dollars), The Rivals de Diego Rivera (9,7 millions de dollars), la toile record d’Henri Matisse (80,8 millions de dollars), ou encore le service en porcelaine de Sèvres de Napoléon 1er, vendu 1,8 million de dollars.

La collection Pierre Bergé, dispersée en novembre chez Sotheby’s, a nécessité plus d’une semaine d’enchères. Les prestigieuses sessions se sont tenues à Paris, suite à une exposition exceptionnelle recréant les décors des quatre résidences du collectionneur : « La Datcha » en Normandie, « Mas Theo » en Provence, « Villa Mabrouka » au Maroc, et enfin l’appartement parisien situé rue Bonaparte. L’évènement s’est soldé par une vente en gants bancs, totalisant 28 447 169 euros, soit près de quatre fois l’estimation haute. Plusieurs records d’artistes ont été décrochés, et les profits de la vente ont été reversés à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent.

5. La surprise 

Girl with Red Balloon dans la salle des ventes de Sotheby's
Girl with Red Balloon dans la salle des ventes de Sotheby's

On termine avec la surprise générale dans la salle de Sotheby’s en octobre, où l’œuvre Girl With Red Balloon de l’artiste urbain Banksy s’est autodétruite quelques secondes après le coup de marteau final. Estimée entre 200 000 et 300 000 livres, l’œuvre a fait l’objet d’une bataille féroce et a vu sa valeur quadrupler, avant d’être adjugée pour 1,04 million de livres. Banksy a lui-même relaté l'incident sur ses réseaux sociaux en expliquant qu'il avait créé et inséré dans le cadre, il y a quelques années, une sorte de déchiqueteuse qui pourrait s’activer à distance si le tableau devait être vendu aux enchères. L’acheteuse a cependant conservé son acquisition, qui a bénéficié d’un nouveau certificat de la part du Pest Control, et qui a été renommée Love is in the bin. La nouvelle propriétaire se dit honorée d’être en possession de la première œuvre créée en direct lors d’une vente aux enchères.

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