Eric Philippe dans sa galerie parisienne Image: Barnebys Eric Philippe dans sa galerie parisienne
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Vous avez ouvert votre galerie en 1979, quels ont été vos débuts ? 

J'ai fait des études de droit, mais j'ai vite arrêté car ce n'était pas du tout pour moi! Je suis entré dans la vie active en faisant différents stages dans la mode, la photographie et dans la décoration. Parallèlement à cela, jetais très intéressé par le design, donc j'allais au marché aux puces, j'allais travailler à la bibliothèque, j'achetais des documents pour m'informer. Puis je me suis installé dans un grand loft aux Buttes-Chaumont, et c'est comme cela que tout a commencé.

J'ai conçu cette galerie de design d'une manière moderne, comme une galerie d'art moderne ou d'art contemporain. À l'époque il y avait beaucoup d'antiquaires avec des choses partout, c'était très chargé. Mon idée était au contraire de présenter une ou deux choses dans une pièce et ça a tout de suite beaucoup plu aux gens. À l'inverse des antiquaires, nous sommes partis sur tout un programme d'expositions dès l'ouverture de notre galerie dans le quartier du Palais-Royal en 1979. En 1980 nous avons organisé notre première exposition dédiée à Jean-Michel Frank. Depuis sa mort en 1941 il n'y avait eu aucune exposition sur son travail; nous avons présenté à cette occasion la première version du livre « Jean-Michel Frank » des Editions du Regard et organisé une soirée au Palace.

Nous avons toujours travaillé dans ce sens avec deux types d'expositions, soit sur un mouvement artistique ou un architecte ou designer, soit sur une collection dans laquelle on présentait un mélange d'objets mis ensemble et accompagné d'un petit catalogue édité.  Nous n'avons pas de rythme particulier quant aux expositions, nous le faisons s'il y a un bon sujet et si un travail élaboré a été réalisé en amont. C'est aujourd'hui encore la colonne vertébrale de la galerie.

Image: courtesy Eric Philippe Image: courtesy Eric Philippe

Quelle a été la ligne artistique et comment celle-ci a-t-elle évolué en quatre décennies ?

Depuis 1980, ce que nous montrons a beaucoup évolué. Au début nous proposions beaucoup d'Art Déco français, mais toujours avec une sélection pour ne pas présenter la même chose que d'autres galeries. Mais dès le milieu des années 1980, nous avons commencé à chercher des choses étrangères, ce qui a donné une physionomie intéressante à la galerie. Les clients venaient voir ici des choses qu'ils ne connaissaient pas.

Aujourd'hui, avec internet, il faut acquérir de la rapidité dans la façon de travailler. Le rythme a changé et cela a aussi orienté notre travail, mais j'ai toujours privilégié la connaissance et l'étude dans ce que je souhaite montrer.

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Êtes vous vous-même collectionneur et si oui vos goûts ont-ils influencé le choix de œuvres présentées par la galerie ?

Mon fil conducteur, ce sont des pièces qui m'attirent, qui m'intriguent et que je n'ai pas vues ailleurs. Cela est bien sûr lié à un ressenti personnel.

Certaines galeries vont se dire que le design scandinave fonctionne très bien, et que c'est ce qu'il faut montrer. Ici nous faisons du design scandinave autrement, nous le faisons parce que nous aimons certaines pièces, sinon nous ne le ferions pas.

Hans Wegner par exemple, nous aimons son travail, mais nous ne faisons pas de business avec son travail. Tout ce qui peut marcher, ca nous est égal car nous faisons toujours une sélection très travaillée. Et quand cela devient trop market, cela ne m'intéresse plus et je suis déjà ailleurs. C'est quelque chose de naturel et d'automatique chez moi.

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Pouvez-vous nous en dire plus sur les « collections » présentées par la galerie et les catalogues que vous éditez à ces occasions ?

Cela fait longtemps que nous existons et ces catalogues que nous éditons permettent de garder en mémoire toutes les collections que nous avons exposées.

C'est un plaisir pour nous de travailler sur ces catalogues, j'ai toujours été proche des livres et très intéressé par les belles publications.

Qui sont vos clients ? Quelles relations entretenez vous avec eux ?

Nous n'avons pas vraiment de collectionneurs qui viennent nous voir, mais plutôt des architectes d'intérieur ou des particuliers qui ont un coup de coeur pour une pièce, qui s'y intéressent et qui achètent chez nous. C'est bien car le panel des clients est du coup très large.

Concernant la nationalité, c'est très varié. Nous vendons beaucoup aux européens (français, anglais, belges, irlandais, suisses, quelques scandinaves et quelques italiens...). C'est très divers dans les âges également! Nous remarquons qu’actuellement nous avons un certain nombre de nouveaux clients assez jeunes.

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Quelle est la réceptivité des collectionneurs français pour le mobilier scandinave ?

Le design scandinave est maintenant présenté dans toutes les ventes aux enchères, les français en voient absolument partout. Cela m'inquiète un peu pour le public qui voit des pièces sans cesse mais sans aucune sélection.

Avec la galerie nous avons toujours été très actifs pour montrer du mobilier scandinave, cela fait longtemps que nous faisons cela et cela a suscité de l'intérêt chez de nombreux clients, notamment français.

Le design est-il une spécialité adaptée à la nouvelle génération ? Si oui, quels conseils donneriez-vous à de jeunes collectionneurs qui souhaitent acquérir leurs premières œuvres ?

Les conseils que je donnerai, c'est de lire, d'étudier, de se renseigner pour se faire une idée de ce qu'ils aiment. Il faut aussi aller visiter les expositions, découvrir les galeries, se déplacer dans les foires... Ensuite, c'est vrai que le côté budget intervient rapidement et que cela va orienter les possibilités.

Il y a deux comportements, il y a ceux qui veulent collectionner des meubles et il y a ceux qui meublent leur appartement. J'ai surtout des clients qui ont plusieurs résidences et qui imaginent telle ou telle pièce chez eux. Dans ces cas précis on les guide et on les conseille.

Cela nous arrive également de nous occuper entièrement du mobilier d’un appartement ou d’une maison, il s’agit de défis très intéressants.

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Souhaiteriez-vous exposer à la FIAC l'année prochaine si celle-ci proposait toujours une section Design ?

La FIAC a été très sollicitée par les galeries d'art moderne et d'art contemporain et ils ont décidé d'arrêter la section design en 2010 . Mais peut-être qu'ils vont la réintroduire, nous y participerions car nous aimons beaucoup cette foire française et cela était toujours un succès.

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La démocratisation du design (Made.com, Ikéa, etc.) vous a-t-elle apporté un nouveau type de clientèle ou au contraire cela vous a-t-il porté préjudice ?

C'est la vie, l'industrie fait de l'argent avec ce qui marche, et nous ne pouvons rien faire contre. C'est pareil avec l'industrie l'industrie de la mode. Evidemment la pièce originale est toujours bien plus intéressante.

Je suis tout de même heureux de voir que des gens avec des moyens réduits peuvent s'offrir des choses plaisantes à des prix accessibles.

Quelle est votre utilisation d’internet ?

J’utilise internet tous les jours. Surtout afin de rechercher des pièces partout dans le monde et pour communiquer avec mes chercheurs et mes clients.

Internet, c'est le nouveau marché aux puces. Cela fait vingt ans que je n'ai pas mis les pieds sur un marché pour chercher des pièces!

J’ajoute que voir les pièces en réalité est toujours mieux, j’ai d’ailleurs décidé depuis quelques temps de voyager un peu plus dorénavant, internet n’est pas tout.

Que pensez-vous de Barnebys? 

Barnebys est un site élégant, clair et facile à consulter, ce qui est très important du point de vue de l'utilisateur. Alors que de plus en plus de sites internet émergent chaque jour, tout le monde est pris par le temps et il faut pouvoir vite trouver l'information que l'on recherche.

Avez-vous une autre passion que le design?

J'ai un jardin secret, je pratique depuis vingt ans un sport japonais qui se nomme le Shintaido. Je le pratique et l’enseigne toutes les semaines, je m'évade ainsi dans un tout autre monde très différent. Cette pratique est très bénéfique et m'aide à affronter les défis.

Eric Philippe, 25 galerie Véro-Dodat, Paris 1er.
Plus d'informations sur www.ericphilippe.com

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