Il n'est pas rare d'entendre des histoires et des rumeurs sur des chefs-d'œuvre redécouverts, qui dormaient patiemment dans le grenier de la maison familiale ou dans les cartons poussiéreux entreposés dans le garage. Barnebys vous présente son top 10.

10. Le Caravage, Judith décapitant Holopherne (c.1600-10)

Caravaggio, « Judith Beheading Holopherne », v. 1600-1610 Le Caravage, « Judith Beheading Holopherne », v. 1600-1610

La toile vieille de 400 ans illustrant la décapitation du général assyrien Holopherne par la figure biblique Judith, a été découverte en 2014 alors que les propriétaires d'une maison située près du sud-ouest de Toulouse enquêtaient sur une fuite.

Découvert dans un état remarquablement bon compte tenu de ses conditions de préservation, les experts pensent que l’œuvre aurait été peinte entre 1600 et 1610 et que sa valeur pourrait s’élever à près de 120 millions d’euros.

La peinture a été nettoyée et analysée à Paris, où les experts ont débattu pour en déterminer la véritable origine. Certains affirment que Louis Finson (un peintre baroque flamand du XVIIe siècle qui a étudié et imité le style du Caravage) est l’auteur de l'œuvre, tandis que d'autres soutiennent que le maître lui-même l’aurait peinte au début des années 1600. (Selon le testament de Finson, le peintre flamand possédait un exemplaire de Judith décapitant Holopherne, mais celui-ci a disparu il y a environ 400 ans.)

L’expert en art Eric Turquin affirme que le Caravage provenant du grenier est authentique, mentionnant les coups de pinceau, les détails complexes, l’utilisation de la lumière et d’un style énergique pour en apporter la preuve. D'autres experts, comme le critique britannique Jonathan Jones, affirment que le tableau est dépourvu de « l'intensité psychologique » ou du réalisme caractéristique du Caravage. Pendant ce temps, le chef-d’œuvre contesté continue d’attirer la controverse. En 2016, l'historien d'art Giovanni Agosti a démissionné du conseil d'administration de la Brera Art Gallery de Milan après avoir vu l'œuvre exposée aux côtés d’autres peintures du Caravage.

Le gouvernement français a formulé l’interdiction d'exporter la toile jusqu'en novembre 2018, afin d'éviter que celle-ci ne soit interceptée par un collectionneur international.

9. Eugène Atget, les photographies de Paris égarées

Un important corpus d’œuvres d’Eugène Atget, l'un des pères fondateurs de la photographie moderne, était considéré perdu jusqu'à sa redécouverte hasardeuse dans les archives de l'artiste André Derain.

Geneviève Taillade, la nièce d’André Derain, a décrit le moment où elle a retrouvé les photos : « J’ai pensé qu’elles étaient belles, mais je n’avais pas réalisé qu’elles avaient été prises par un artiste si prestigieux ». Certains clichés trouvés dans le portfolio révèlent une complicité apparente entre Derain et Atget, qui étaient, selon les experts, de très bons amis.

Composé de 21 lots datant de 1896, l’ensemble de photographies s’est vendu en 2016 entre 1 500 et 122 500 euros pièce, totalisant 830 000 euros.

Né en 1857, Atget a commencé à prendre des photographies en 1890, documentant l'architecture des rues de Paris, des portes aux monuments, en passant par les magasins et la foule.

8. Jackson Pollock, Gouache sans titre (fin des années 1950-1960)

Jackson Pollock, « Gouache sans titre », fin des années 1950-60, image ©Creators Vice Jackson Pollock, « Gouache sans titre », fin des années 1950-60, image ©Creators Vice

En décembre 2015 à Sun City en Arizona, alors qu’un voisin bienveillant prépare le déménagement d’un couple âgé partant en maison de retraite, il repère une affiche des Lakers de Los Angeles dans le garage, signée par Kobe Bryant. Ensemble, ils contactent les experts de J. Levine Auction & Appraisal de Scottsdale pour faire estimer la pièce, mais découvrent avec stupeur que le poster vintage est en réalité l’une des œuvres les moins chères de la maison.  Lors des recherches menées dans ledit garage, le personnel de la maison de ventes tombe sur un tableau qui ressemble étrangement à une œuvre de Jackson Pollock, mais aussi sur un ensemble d’œuvres de Kenneth Noland, de l’artiste abstrait américain Jules Olitski et de la plasticienne Cora Kelley Ward.

Le propriétaire avait hérité du trésor de sa demi-sœur décédée en 1993, la socialiste new-yorkaise Jennifer Gordon Cosgriff. Les investigateurs embauchés pour enquêter sur les œuvres ont déterminé que Cosgriff avait été amie avec Clement Greenberg, le critique d’art moderne et écrivain actif au milieu du XXe siècle, et l’artiste Hazel Guggenheim McKinley, sœur de la philanthrope Peggy Guggenheim.

La peinture de Jackson Pollock est estimée entre 10 et 15 millions de dollars (8,7 à 13 millions d’euros). Grâce à Josh Levine, propriétaire et directeur de J. Levine Auction & Appraisal, sa provenance a été retracée, une opération coutant plusieurs dizaines de milliers de dollars, suite à laquelle les scientifiques ont daté l’œuvre au milieu du XXe siècle.

Les enchères étaient annoncées à 5 millions de dollars (4,4 millions d’euros) le 20 juin 2017, mais ont été être reportées à une date non confirmée en raison d'une « sélection incorrecte et d'une offre abandonnée ».

7. Marie Krøyer, un portfolio de dessins

Marie Krøyer, « Modèle féminin de dos », image ©Bruun Rasmussen Marie Krøyer, « Modèle féminin de dos », image ©Bruun Rasmussen

Il y a environ 20 ans, près de 60 dessins de l’artiste danoise Marie Krøyer, encore inconnus du public, sont retrouvés dans un grenier à Dalarna, en Suède.

En 1962, la fille de Marie Krøyer, Vibeke, touche son héritage et confie le portfolio rempli de dessins et de peintures à un artisan local. Quatre décennies durant, le dossier reste caché dans un grenier, jusqu'à ce qu'il soit retrouvé complètement par hasard. En 2002, Tonni Arnold publie le livre L'Art de la vie de Marie Krøyer, un ouvrage basé sur le contenu du corpus de dessins. Avant la découverte du précieux dossier, le public et les experts ne lui connaissaient que qu’une vingtaine d’œuvres.

Marie Krøyer était une jeune artiste prometteuse, qui a rangé ses pinceaux peu après avoir marié le célèbre peintre danois Peder Severin Krøyer, pour devenir son modèle et régaler le pays de sa beauté légendaire. Leur mariage devenu instable la pousse à déménager pour le Danemark, où elle deviendra bien vite la muse et égérie, ainsi que l’épouse d'Hugo Alfvén.

6. John William Godward, Julia (1914)

Cette œuvre, qui n'avait jamais été enregistrée nulle part auparavant, a constitué un ajout important à l'œuvre du peintre victorien John William Godward, R.B.A. Le premier propriétaire présumé était Julia Sophia Winkelmeyer Straub, fille du brasseur de Saint-Louis Julius Winkelmeyer. La toile avait été passé dans la famille depuis lors.

Julia a été vendue en mai 2017 pour 740 000 euros.

5. Vincent van Gogh, Coucher de soleil à Montmajour (1888)

Vincent van Gogh, « Coucher de soleil à Montmajour », 1888 Vincent van Gogh, « Coucher de soleil à Montmajour », 1888

Ce paysage de Vincent Van Gogh a été conservé dans un grenier norvégien jusqu'en 2013, date à laquelle il a été authentifié par le musée Van Gogh, à l'issue d'une enquête de deux ans. L’œuvre fait incontestablement partie de la plus grande période de Van Gogh, lorsqu'il vivait à Arles, et signe La Maison Jaune et Les tournesols. Il s'agit de la première œuvre grandeur nature de l'artiste à être découverte depuis 1928.

Selon l'International Business Times, la valeur du Coucher de soleil à Montmajour s'élèverait à 50 millions de dollars (43,6 millions d’euros).

4. Raden Saleh, Chasse au taureau sauvage (Bateng) (1855)

Raden Saleh, « Chasse au taureau sauvage (Bateng) », 1855, image via Le Jakarta Post Raden Saleh, « Chasse au taureau sauvage (Bateng) », 1855, image via Le Jakarta Post

Ce tableau du maître indonésien Raden Saleh, resté pendant de nombreuses années dans la cave d'une maison à Auray (dans le Morbihan), a été vendu pour 7,2 millions d'euros en janvier 2018 par la maison Jack-Philippe Ruellan à Vannes, établissant ainsi un nouveau record pour l’artiste. Réalisée en 1855, cette scène de chasse de 1,10 par 1,85 mètre a été acquise par un collectionneur anonyme de Jakarta.

3. Rembrandt Harmensz. van Rijn, Le patient inconscient (Une Allégorie de l’odorat) (c.1624)

Rembrandt Harmensz. van Rijn, « Le patient inconscient (Une Allégorie de l’odorat) », détail, vers 1624, image via Le Getty Rembrandt Harmensz. van Rijn, « Le patient inconscient (Une Allégorie de l’odorat) », détail, vers 1624, image via Le Getty

Produite par Rembrandt quand il était adolescent, la peinture datée aux alentours de 1623 fait partie d'une série d’œuvres que l'artiste aurait créée pour représenter les cinq sens (à ce jour, l'œuvre représentant le goût est toujours absente). Rembrandt y a dépeint un jeune homme inconscient que l’on essaie de ranimer en lui faisant inhaler des sels.

Le chef-d’œuvre a croupi pendant de longues années dans une cave dans le New Jersey, avant d’être estimé entre 500 et 800 USD (430 et 700 euros) lors d’une vente aux enchères chez Nye and Company, à Bloomfield, dans le New Jersey. Les deux marchands d'art parisiens Bertrand Talabardon et Bertrand Gautier (qui gèrent la galerie Talabardon et Gautier) ont bien vite identifié le lot comme l'une des premières toiles du maître hollandais, et font monter les enchères jusqu’à 870 000 dollars (760 000 euros). Le milliardaire américain Thomas S. Kaplan, PDG de la société d'investissement et de gestion new-yorkaise Electrum Group, a fait l’acquisition du tableau en 2016, au prix de 3 à 4 millions de dollars (2,6 à 3,5 euros), et l'a également exposé à TEFAF.

2. Artemisia Gentileschi, Lucrèce (c.1630-45)

Artemisia Gentileschi, « Lucrèce », v. 1630-1645, image ©Dorotheum Artemisia Gentileschi, « Lucrèce », v. 1630-1645, image ©Dorotheum

Présentée pour la première fois aux enchères en octobre 2018, cette œuvre de la peintre baroque Artemisia Gentileschi s’est vendue pour 1,8 million d’euros, soit plus du double de son estimation. La toile avait été consignée dans une collection aristocratique au milieu du XIXe siècle et n’en n’avait pas bougé depuis.

Gentileschi était réputé pour peindre des femmes fortes et héroïques de la mythologie antique et chrétienne. L’artiste a elle-même subi des violences et abus sexuels, un sujet que l’on retrouve souvent dans ses peintures.

1. Léonard de Vinci, Salvator Mundi (v.1500)

En 2005, le Salvator Mundi avait été vendu pour moins de 10 000 dollars (8 700 euros), lors d’une vente aux enchères à la Nouvelle-Orléans par un consortium de marchands d’art. Ayant été lourdement repeinte, l’œuvre avait l’apparence d’une copie, et a nécessité un travail de restauration rigoureux de plusieurs années afin de le faire authentifier.

En 2013, le marchand suisse Yves Bouvier rachète la toile pour un peu plus de 75 millions de dollars (65,4 millions d’euros), puis Dmitry Rybolovlev pour un montant de 127,5 millions de dollars (110 millions d’euros). L’œuvre du maître est exposée à Hong Kong, à Londres, à San Francisco et à New-York en 2017, avant de passer sous le marteau de Christie’s à New-York le 15 novembre 2017, et de changer le court de l’histoire de l’art en établissant le record 450 312 500 dollars (384 millions d’euros).

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