A la lecture du synopsis de l'exposition du Petit Palais, on s'attend à beaucoup, sûrement à trop. Il est vrai que le sujet est ambitieux: "interro­ger la persistance d’une fascination" grâce à "400 photographies permettant au public de s’approcher au plus près du processus de création de l’artiste".

C'est donc une immersion totale au coeur de l'intimité des peintres et plasticiens que nous promet le Petit Palais. Ja­mais une exposition n’a traité à grande échelle et de façon aussi spectaculaire ce regard photographique sur l’atelier. Pari risqué donc...

Les ateliers d'artistes: une fascination des photographes

L’exposition "Dans l’atelier" propose de découvrir ce qui se passe derrière la toile des artistes, mais elle nous entraîne également dans le sillage des photographes. De ce côté-là, la rencontre entre les deux médiums (peinture et photographie) est assez réussie. On se prend au jeu de se croire derrière l'objectif d'André Villers, Brassaï ou encore Gautier Deblonde, intimes ou amis des artistes dont ils capturent l'atelier.

On regrette néanmoins l'absence d'Ugo Mulas qui est le seul, comme l'a brillament rappelé Anne-Laure Hérout dans un billet pour Barnebys, à exprimer l'impossibilité de photographier l'artiste au travail.

Ce regard des photographes sur l’atelier des artistes est à la fois originale et enrichissant. Il pâtit cependant du fait que les artistes semblent, sur de nombreux clichés, poser devant l'objectif des photographes. Sûrs d'eux et de leurs talents, prenant la pose, mimant de peindre, les peintres maîtrisent leur image avec brio. A ce petit jeu de la communication maîtrisée, Picasso était roi.

Des vidéos viennent accompagner le témoignage des photographes. Même si l'on devine là aussi une mise en scène de l'artiste, elles donnent un bel aperçu de la complexité de l'acte pictural.

L'atelier: au coeur du processus créatif

Pour ce qui est du processus de création, l'exposition suit trois thématiques ambitieuses: l’artiste majesté, la vie dans l’atelier et l’atelier comme laboratoire du regard. Tout au long de l'exposition, la créativité des peintres transparaît. Leur singularité aussi, comme avec Francis Bacon et son atelier en plein désordre.

L'atelier est certes un lieu de création, mais il est aussi un lieu de partage, de paraître et d'obsession. Ainsi, le modèle (ou plutôt devrions-nous dire la modèle) est très présent dans l'atelier des peintres, il joue le rôle d'inspiration. De nombreuses photographies rendent sans complexes hommage aux muses et autres égéries posant nues devant leurs génies d'artistes.

Finalement, là où on se sent le plus à l'aise, c'est lorsqu'on ne voit plus l'artiste dans le champ de la photographie. La série d'oeuvres d'ateliers vides, ou captant quelques outils de création, est intéressante. Tout comme les quatre ou cinq photographies cadrant sur les mains des plasticiens.

Une offre dense pour une scénographie maladroite

Saluons la densité de l'offre proposée: ce sont plus de 400 photographies qui sont dévoilées au public du Petit Palais. Un vrai défi pour la scénographie.

La multitude des oeuvres présentées donne malheureusement une impression de fouillis à l'ensemble: séries de petits formats, tirages monumentaux, mises en perspective, confrontations…nos yeux ne sont plus habitués à un tel foisonnement. Pour ne pas perdre le visiteur en route, il aurait peut-être fallu délimiter plus clairement les espaces ou proposer un parcours sans détour.

Cependant, tout au long de l'exposition, les différents petits recoins donnent une impression d'intimité, comme si l'on se glissait clandestinement chez les artistes.

Pour conclure, l'exposition ne révèle certes pas les complexités de l'intériorité créatrice, mais elle propose tout de même une jolie ballade dans l’univers des artistes. Vous voilà prévenus.

Dans l'atelier, l'artiste photographié, d'Ingres à Jeff Koons, du 5 avril au 17 juillet 2016 au Petit Palais, Paris 8e.

Plus d'informations sur www.petitpalais.paris.fr